K. Marx, le Capital, chap. v
statistique de l'empire d'Allemagne, il y avait 7 millions et demi de travailleurs allemands, parmi lesquels on comptait 4 millions et demi de femmes. Rien qu'en Prusse, en 1892, il y avait près de 600,000 ouvrières. Des statistiques prouvent également l'accroissement de la maind'œuvre féminine en Angleterre (22 p. 100 en 1890), en Belgique (13 p. 100 en 1880), en Suisse (40,5 p. 100 en 1895), en Hongrie (6 p. 100 en 1890), en Suède (19 p. 100 en 1897), aux États-Unis (jusqu'à 38 p. 100 dans certaines industries en 1890).
En France, la proportion du travail féminin à l'ensemble de la main-d'œuvre a été fixée sans précision de 24 à 35 p. 100. A prendre un chiffre moyen, le nombre de femmes employées dans tous les travaux atteindrait presque un tiers du nombre total des travailleurs. C'est une concurrence terrible pour l'homme.
On s'explique alors les longs chômages et les bas salaires. Elles sont trop!... et, de même qu'à Waterloo le trop grand nombre des Anglais coucha les soldats de la vieille garde sur le champ de bataille, de même le trop grand nombre des ouvrières baisse les salaires vers des niveaux de misère.
Salaires de misère.
C'est que, en effet, les ouvrières sont en général mal payées, sous prétexte qu'elles dépensent moins que l'homme, et qu'elles font moins de travail. Même quand elles produisent autant et plus que lui, comme dans les filatures et l'industrie du vêtement, elles reçoivent un salaire sensiblement moindre. Aux prises avec l'âpre concurrence nationale et internationale, comment l'industriel résisterait -il à la tentation de payer à une femme 1,50, 2 fr. ou 2,50, alors qu'il devrait donner pour le même travail 3,50, 4 fr. ou 4,50 à un homme?
Aussi dans l'Aveyron, la Creuse, l'Aude, l'Ariège, l'Hérault, l'Ille-et- Vilaine, la Somme, la Haute-Vienne, le Puy-de-Dôme, le Gard, trouve-t-on fréquemment dans
les documents officiels des salaires de 1,50, 1 fr. et même 75 centimes par jour.
Dans les filatures du Nord, d'après l'enquête officielle de 1891-93, consignée dans Y Office du travail, les salaires féminins vont de 1,25 à 2,50 et 2,75. L'ouvrière y remplace de plus en plus l'ouvrier. Mais, depuis cette époque, les salaires ont beaucoup diminué dans l'industrie textile.
Dans la couture, si l'on tient compte des dimanches, fêtes et chômages, les « ouvrières du noyau », celles qui sont le plus occupées, ont un salaire réel de 2,15 environ à 2,85; les « intermédiaires », de 1,60 à 2,15; les « supplémentaires », de 1,25 à 1,70. Il y a des journées de 2 et 4 francs, mais des années de 480 à 1,120 francs seulement. Il y a aussi des salaires réels de 1 fr. et audessous.
Dans la confection, l'ouvrière travaille pour le compte d'un entrepreneur. Les monographies officielles citent des salaires de 1 franc et 1 fr. 25 par jour. L'ouvrière fournit le fil et les aiguilles. Elle travaille de 7 heures du matin à 7 heures du soir, quelquefois la moitié de la nuit. Les grands couturiers et les grands magasins diminuent leurs prix de façon : les entrepreneurs se rattrapent sur le salaire des « ouvrières ». De là ces salaires effrayants qui ont avili l'ouvrière moderne. (Dagan. )
Le travail à domicile.
On a chanté les avantages du travail à domicile. Or voici, d'après M. Bonnevay, avocat à la Cour d'appel de Lyon (cité par M. Dagan), les tristes résultats de ce travail, à Lyon :
L'ouvrière chenillease d'habileté moyenne peut faire 200 mouchetages à l'heure. Le mouehetage est payé par l'entrepreneuse à l'ouvrière à raison de 0,18 à 0,20 le mille. Pour 12 heures de travail, le salaire sera donc de 1,08 à 1,20. Lanière de famille qui a des enfants à soigner et son ménage à faire, ne travaillant que huit heures par jour, n'arrivera qu'à un salaire de 0,72 à 0,80. Deux mois de morte saison pendant laquelle la production est restreinte de moitié, ce
qui ramène le salaire annuel à 200 francs environ. Tel est le prix de l'ornement des voilettes !
La décoiipeuse de tulle se fait 0,75, 1,30 ou 1,50.
Le salaire moyen de la culottière et de la giletière oscille entre 1,50 et 1,85. Elle est obligée d'acheter une machine de 250 fr. et de payer 10 et 15 francs de réparations par an.
La culottière qui fait le pantalon de treillis pour les grands fournisseurs de l'armée ne gagne que 90 centimes par jour.
L'ouvrière en résille, qui remplace des fils ordinaires par des fils élastiques, gagne 10 centimes par heure. Elle subit la concurrence d'enfants de huit à douze ans.
Lingères : 1,75, 1,25, 1 fr. et 0,90. Leur machine coûte 200 francs.
La boutonniériste reçoit 40 centimes pour 36 boutonnières ; salaire, 1 fr., 1,20.
La cravatière gagnait autrefois 7 à 8 francs. Aujourd'hui, 75 centimes en 10 heures, voire même 65! Et sa machine coûte, 200 fr. (10 à 15 fr. de réparations par an) !
L 'empailleuse de chaises : de 40 à 70 centimes par chaise ; il faut 4 ou 5 heures pour en faire une.
Salaire moyen réel dans les 45 professions à domicile, 390 fr. par an.
Gomment vivre?
Et M. Leroy-Beaulieu a dit quelque part « qu'il y a dans le centre de la France 200,000 ouvrières qui gagnent moins de 50 centimes par jour1 . » Comment vivent-elles?. ..
Le budget de l'ouvrière.
Voici comment vit, à Paris, une ouvrière qui reçoit 1,125 francs par an et dépense 1,106 francs. Dans V Industrie de la couture et de la confection à Paris, M. Léon de Seilhac établit comme suit le budget de cette privilégiée :
Soupe du matin , . . 0,15
Pain 0,10
Viande 0,25 à 0,40
Déjeuner { Vin 0,15 ) 0,75 à 0,90.
Légumes 0,15
Dessert 0,10
Soupe 0,15
Pain 0,10
Dîner {Légumes 0,20 ) 0,70.
Vin 0,15
Fromage et dessert . . 0,10