Pelloutier, Vie ouvrière, p
Soit, par jour, 1,60 à 1,75 pour la nourriture, ou
Moyenne minimum 600 fr. par an.
Lumière 35 —
Chauffage 35 • —
Blanchissage 62 —
Loyer d'une chambre 180 —
1 manteau 30 —
2 robes à 20 fr 40 —
4 paires de chaussures à 8 fr. . . ,. . 32 —
2 chapeaux à 4 f r 8 —
Linge 40 —
Parapluies 4 —
Divers 40 —
Total 1.106 —
Et ce budget ne comporte aucune dépense de distractions, ni les imprévus, ni l'omnibus, le bouquet de fleurs, etc. Qu'arriverait-il si cette ouvrière privilégiée était frappée par le chômage ou par la maladie ?
Une de celles que nous avons questionnées, dit M. de Seilhac, nous a avoué qu'elle portait à la caisse d'épargne quelques économies amassées sou à sou, en se privant tantôt d'un plat, tantôt d'une paire de chaussures. Sur la question que nous lui posâmes : « Combien avezvous en ce moment à la caisse d'épargne? » elle parut fort étonnée et nous répondit simplement : « Absolument rien. Ce que nous pouvons mettre à la caisse pendant la saison, nous allons le chercher pendant les périodes de chômage, et c'est avec cela que nous existons alors. »
Après un budget équilibré à grand'peine, voici maintenant des budgets en déficit.
Première ouvrière : 3 fr. 75 par jour; — 45 jours de chômage, 260 jours de travail; — 975 francs par an. Elle dépense :
Nourriture 670 fr.
Loyer 150
Vêtements, robes, chapeaux 110
Linge 33,60
A reporter 963,60
Report 963,60
3 paires de chaussures 29
Chauffage et éclairage 12,65
Blanchissage 60
Menus frais 50
Total 1.115,25
Déficit : 140 fr. 25.
Deuxième ouvrière : 3 francs par jour; — 5 mois de chômage, 150 jours de travail; — 465 francs par an. Elle dépense :
Nourriture . . 511 fr.
Loyer « . . . 120
Vêtements, robes, chapeaux.... 55
Linge 33
3 paires de chaussures 30
Chauffage et éclairage 25
Blanchissage 48
Menus frais 40
Total 862 fr.
Déficit : 397 fr.
La misère de certaines ouvrières de Paris, souvent narrée, reste inénarrable.
Le plus luxueux repas que nous ait révélé notre enquête, disent les frères Pelloutier, est celui d'une ouvrière mécanicienne qui y consacre 90 centimes : une livre de pain, 20 cent. ; un plat de viande, 25 cent. ; un plat de légumes, 15 cent.; une demi-chopine de vin, 20 cent.; une tasse de café (un luxe!), 10 cent.
Mais combien ne dépensent pas même 90 centimes pour leur nourriture journalière!
Deux jeunes femmes, disent les mêmes auteurs, décidèrent un jour de s'associer pour prendre le repas de midi. Leur dépense quotidienne se solde ainsi : autorisées à déjeuner dans leur magasin, elles achètent de compte à demi, dans un des bouillons qui entourent les Halles, une portion et demie de viande garnie qui leur revient à 50 centimes, soit pour chacune d'elles 25 centimes ; elles consomment par semaine 2 litres de vin à 60 centimes (1,20) et un pot de confitures du même prix, soit 15 centimes par jour; elles
LA FEMME ET L'ENFANT DANS L'iNDUSTRIE 439
partagent enfin une livre de pain de 20 centimes. Ainsi composé, le repas leur coûte individuellement 20 centimes.
D'autres (et c'est, hélas! le plus grand nombre) ont renoncé au vin et se contentent d'un plat de charcuterie ou de veau rôti payé 3 sous, d'un cornet de pommes déterre qui coûte 2 sous, et de 2 sous de pain. Total : 7 sous. La fontaine Wallace fournit le liquide.
Il existe rue du Cygne un comptoir des plus modestes où l'on ne prépare que du bœuf et des légumes assaisonnés avec de la graisse de viande. Plat de bœuf ou plat de légumes ne coûte que 10 centimes. Un de ces plats et 2 sous de pain, tel est l'ordinaire de beaucoup d'apprenties et même d'ouvrières des ateliers du voisinage.
Et beaucoup, le soir, n'ayant ni la force ni l'argent pour se préparer un repas, dînent d'une soupe maigre et de quelques fruits achetés au rabais.
Dans l'industrie textile du Nord, les ouvrières consomment de la bière, du pain (fourni souvent par la coopérative), du beurre salé, du lait battu, quelquefois des légumes, presque jamais de viande. Elles habitent des taudis malpropres, sans air et sans lumière.
Dans le Centre, les journalières se nourrissent de soupes maigres, de fromage, de pommes de terre et de fruits. Elles boivent de l'eau. Quand elles prennent de l'âge, elles tombent à la charge des communes pour le pain et le logement.
La vie de l'ouvrière.
Pour étudier toutes ces questions de travail, de salaires, etc., il faudrait pouvoir procéder par monographies : un volume pour chaque corporation. C'est peut-être lent, mais pour celui qui cherche à épier la vie sociale, c'est encore ce qu'il y a de plus « scientifique », et pour ceux dont la vie ouvrière est prétexte à littérature, c'est ce qu'il y a de plus pittoresque et de plus suggestif.
On aurait alors la nette sensation de la détresse qu'il y a au fond de l'existence de la femme qui travaille et qui parfois cache sa misère sous des fleurs et des rubans. Encore n'est-ce pas dans les livres qu'il faut regarder, mais dans la vie elle-même.
Nous avons pu, dit M. Dagan, interroger quelques ouvrières qui
nous connaissaient assez pour ne pas mentir et ne rien dissimuler. Leurs réponses se ressemblent beaucoup. Nous les résumons :
Comment prenez-vous vos repas pendant la morte saison ? — Chez le crémier ou chez moi. — Etes-vous seule dans cette nécessité? — Non pas, nous sommes nombreuses ; chez le crémier on peut se passer de viande, se nourrir de chocolat, de riz ou de café au lait. — Prenez-vous delà charcuterie? — Trop sauvent, cela fatigue. Il nous arrive aussi d'acheter des cornets de frites et d'aller aux Tuileries ou au Palais-Royal pour les manger, cela fait une promenade. — Quels moyens avez- vous de tromper la faim? — On achète un journal et on reste couchée, cela économise les forces. — Avez-vous essayé l'acool? — Quelquefois, cela chasse les idées noires. Mais nous prenons de l'eau-de-vie pour nous tenir éveillées au travail, principalement l'été, car on étouffe dans les ateliers. — Qu'est-ce qui vous chagrine le plus dans votre existence? — De ne pas nous amuser, d'être privées de plaisir, d'être seules, de nous ennuyer.
La même cloche sonna un jour à la Chambre des députés, révélant d'autres détresses1. Ecoutons-la :
Vous savez que le travail de nuit, dans les ateliers de couture, à Paris et dans les grandes villes, c'est ce qu'on appelle la veillée, c'est-à-dire un travail qui commence après 7 heures et demie du soir et se continue jusqu'à 11 heures, minuit, une heure du matin... A 7 heures ou 7 heures et demie, au moment où les ouvrières vont quitter l'atelier, on annonce qu'il y aura veillée. On n'a pas été prévenu auparavant; très souvent on a déjà le chapeau sur la tête. On a un quart d'heure pour prendre un petit repas, ce qu'on appelle le goûter, et pour le prendre à l'atelier.
Une des ouvrières descend, va acheter du chocolat, du pain, ou de la charcuterie, et hâtivement, quelquefois tout en travaillant, on mange ce goûter qu'on a payé de sa poche, puis on travaille jusqu'au heures, 11 heures et demie et minuit. Alors, )\ faut s'en aller... S'en aller, comment? pour aller où? Les ouvrières demeurent à trois quarts d'heure, une heure de chemin, quelquefois plus. Il y en a qui préfèrent ne pas s'en aller du tout. Alors elles passent la nuit là. Y a-t-il des dortoirs, des matelas par terre ? Non, elles sont libres de passer la nuit sur une chaise. Le lendemain, le travail recommence à la même heure. Quand on arrive en retard, — on a cinq minutes de grâce, quelquefois un peu plus, — la porte est fermée, et la demi-journée est perdue jusqu'à midi...
Pour celles qui partent, comment s'en vont-elles? L'omnibus ne passe plus; il faut prendre une voiture et la payer, car il est fort
1. Chambre des députés, discours de M. Albert de Mun, 2 février 1891. — V. aussi V Apprentie, par Gustave Geffroy.
rare que la maison la paye. Quand on n'en trouve plus, il faut s'en aller à pied, faire une heure de chemin. Ce sont souvent des jeunes filles de dix-huit, dix-sept, seize ans même.
Et pendant ce temps-là, pour celles qui sont mariées, que fait le mari ? Il s'est lassé d'attendre, il est allé au cabaret, il y reste un peu d'abord, davantage ensuite; peu à peu, il en a pris l'habitude; il a déserté le foyer désert.
Le travail de la femme désorganise la famille, — et ce n'est pas une des moindres tristesses de la société présente.
La race compromise : poisons industriels
et maladies professionnelles.
Trop souvent aussi le travail ruine la santé.
Le saturnisme, intoxication par le plomb1, atteint les blanchisseuses (par les poussières et crasses plombifères), les couturières (par la manipulation de fils et tissus chargés d'acétate et de sulfure de plomb), les dentellières (par le saupoudrage de céruse), les ouvrières en fleurs artificielles (poussières plombifères), les piqueuses de bottines (par l'affilage avec les lèvres de fils chargés de sels de plomb), les empaqueteuses de tabac, de chocolat, de thé (manipulation de feuilles plombifères), les ouvrières des filatures (par le chromate de plomb; d'après l'O/fîce du travail. Poisons industriels, il y a 44 p. 100 de chromate de plomb dans la poussière lourde ramassée sur le sol des ateliers!), les tisseuses, les typographes, les ouvrières des fabriques de céruse, les broyeuses de couleurs, les lamineuses de plomb, les ouvrières de rétamage, du plombage, de la chaudronnerie, etc.
\J hydrargyrisme, intoxication par le mercure, produit des accidents nerveux, le « tremblement mercuriel », des
1, « Je vis ceux qu'empoisonne l'atelier : le plomb les paralyse, et leur ventre se tord dans des étreintes atroces, qu'ils calment en y plongeant leurs paumes calleuses et rouges. A d'autres, le phosphore a dévoré les os. Chez d'autres, le mercure, s'insinuant comme une vapeur subtile, a tari les sources vitales, et ils ont l'air de cadavres qui marchent, d'un bleu livide et les yeux caves. » (Léon Daudet, les Horticoles.)
convulsions, l'altération de l'intelligence, la paralysie, des troubles nutritifs, des vomissements, de la diarrhée, etc.
Les malheureuses atteintes par ce terrible ennemi sont : les ouvrières des fabriques de produits chimiques, les ouvrières des fabriques de jouets coloriés, les étameuses de glaces et polisseuses de miroirs, les coloristes de fleurs artificielles, les ouvrières de la bijouterie et de l'orfèvrerie, les teinturières, les coupeuses de poils de lapin dans la chapellerie, etc. L'empoisonnement se produit par les éclaboussures, crasses, poussières et vapeurs qui véhiculent des sels de mercure.
\J arsenicisme est caractérisé « par de l'inappétence, de la céphalalgie, des nausées, quelquefois des vomissements, des selles diarrhéiques, parfois sanguinolentes, des douleurs erratiques, de l'affaiblissement, de la pâleur, des vertiges, une paralysie incomplète du mouvement, etc. » (Docteur Proust, Traité d'hygiène.)
Les ouvrières ravagées par l'arsenic appartiennent aux fabriques de papiers peints, de feuilles et de bouquets artificiels, d'abat-jour, de crayons colorés, à la teinturerie, à l'apprêtage des étoffes, à la bijouterie, etc., en général à toutes les industries où l'on manipule des couleurs vertes.
Les ouvrières des fabriques d'allumettes ont été victimes du phosphore jusqu'en 1898, époque à laquelle on a substitué à l'emploi du phosphore blanc celui du sesquisulfure de phosphore, beaucoup moins dangereux.
Les cuisinières, les teinturières, les fileuses, les étameuses, les repasseuses, les tailleuses, etc=, sont en proie à l'oxyde de carbone et à l'acide carbonique.
La nicotine exerce ses ravages parmi les ouvrières des manufactures de tabac. Leurs enfants viennent avant terme, meurent ou sont frappés de débilité congénitale.
Mais il faut borner cette statistique funèbre, qui serait interminable. Pourtant, il n'est pas possible de passer sous silence la plus terrible maladie des travailleurs : la
tuberculose. La tuberculose est surtout une maladie ouvrière, parce qu'elle est engendrée par le sweating-system, c'est-à-dire les bas salaires, les longues journées, le manque d'air et de lumière, les ateliers et les logements insalubres, l'insuffisance de la nourriture et la trop grande fatigue, toutes causes qui, affaiblissant l'organisme, préparent la victoire du bacille de Koch.
Les ouvrières de l'industrie textile sont particulièrement éprouvées. Il faut les voir, dans les villes du Nord, au sortir des filatures et des tissages, le corps chétif, maigre et déformé, le teint pâle, les yeux enfoncés, les joues creuses, les lèvres exsangues ; elles sont vieilles avant d'être jeunes : c'est de la misère et de la phtisie qui passent et qui s'en vont vers la mort qui les attend au coin d'une rue, où souffle le vent fatal, ou bien dans leur misérable taudis, sans air, sans viande, sans réconfortant.
Tous ceux qui ont vu les ouvriers (et les ouvrières) des filatures, des tissages et des teintureries d'Armentières, de Bailleul, de Roubaix, de Lille, ont frissonné devant ces ombres et pensé que l'industrie textile — et malheureusement beaucoup d'autres avec elles — sont en train de compromettre l'avenir et de pousser la race vers les dégénérescences1...
1. Tout ce que nous avons dit des ouvrières au point de vue de la morbidité professionnelle s'applique aux ouvriers, bien entendu. Comme elles, ils s'empoisonnent; comme elles, ils sont aux prises avec la tuberculose et avec l'anémie, maladies de pauvres mal nourris, mal vêtus, mal logés, trop fatigués. Plus qu'elles, peut-être, ils sont victimes des accidents : il meurt ainsi un mineur sur 476 (en mars 1887, il y eut, au puits Chatelus [Loire],93 victimes d'un coup de grisou), un ouvrier des chemins de fer sur 365, un pêcheur sur 65. Aux terribles coups de grisou correspondent les naufrages d'Islande. On n'a jamais su le nombre d'ouvriers qui sont tombés de la tour Eiffel et de la Galerie des Machines, parce qu'ils « tombaient comme des mouches ». Tous les jours, les journaux signalent de mortels accidents du travail, plus terribles encore lorsqu'ils ne font que briser à jamais la machine humaine, sans en emporter le souffle.
(( Prenez les enfants, »
« Prenez les enfants, » avait dit William Pitt aux industriels d'Angleterre qui se plaignaient.
Et les Anglais prirent les enfants; les Français en firent autant, et l'Amérique et tous les peuples industriels, si bien qu'aujourd'hui les usines sont des « geôles de jeunesse captive ». Le nombre des enfants industrialisés augmente sans cesse. En 1890 il yen avait environ 242,000 en Allemagne ; deux ans auparavant 192,000 seulement, ce qui accuse un accroissement de 50,000 en deux ans.
« Dans le Connecticut, sur 70,000 ouvriers, 5,000 (7 p. 100) ont moins de quinze ans. Sur 100 employés des fabriques de cigares, dans New York City, 25 sont des enfants... » (Paul Bourget, Outre-Mer.)
En France, d'après les chiffres officiels, il y a environ 350,000 enfants employés à la production. Ils sont admis dans les usines dès l'âge de treize ans; en Suisse, à quatorze ans; Allemagne, Autriche, Russie', Belgique, Hollande, Suède, douze ans; Angleterre et Hongrie, dix ans.
Mais la plupart de ces Etats, excepté la Suisse, permettent l'emploi des enfants au-dessous de l'âge minimum; la durée maxima de leur travail est alors fixée par la loi : en Angleterre, à 6 heures pour les enfants de dix à quatorze ans, à 10 heures pour ceux de quatorze à dix-huit ans; en Allemagne, 6 heures de douze à quatorze ans, 10 heures de quatorze à seize ans ; en Autriche, 8 heures de douze à quatorze ans ; en France, depuis le 1er avril 1904, la durée du travail dans les ateliers mixtes (hommes, femmes, enfants) étant réduite à 10 heures, conformément à la loi du 30 mars 1900, les enfants ne peuvent travailler plus de 10 heures ; exceptionnellement, ils peuvent entrer dans l'industrie à douze ans, à condition d'être pourvus d'un certificat d'études primaires et d'un certificat
médical constatant leur aptitude au travail pour lequel ils sont engagés.
Les industriels ont pris les enfants pour deux raisons : d'abord parce qu'ils réalisaient ainsi une économie considérable (qu'on se souvienne des enfants qui gagnaient 2 sous par jour dans certaines papeteries du Dauphiné), ensuite parce que la misère ou la pauvreté obligeaient les parents à emprisonner de bonne heure leurs enfants dans les usines, afin d'augmenter le salaire familial. Est-il nécessaire d'ajouter que l'enfant est un ouvrier docile qui ne se met pas en grève, et que les bas salaires payés à la jeunesse permettent d'abaisser le taux général des salaires industriels?
En Angleterre.
En 1802, les Anglais avaient tellement suivi le conseil de Pitt, qu'un bill était devenu nécessaire et fut voté pour protéger l'enfance. 11 était d'ailleurs bien timide : il interdisait le travail des enfants pendant la nuit, de 9 heures du soir à 6 heures du matin ; il réduisait à 12 heures la durée de leur travail et prescrivait de prélever en outre le temps nécessaire à l'instruction élémentaire et religieuse.
Mais les industriels anglais respectèrent la loi en la tournant. En 1819, nouveau bill : la journée des enfants de neuf ans comme de seize ans restait fixée à 12 heures de travail effectif.
Ce redoutable minimum, dit le baron Dupin, aurait dû satisfaire l'avidité des maîtres les plus exigeants, il n'en fut rien. Ce fut un successeur de Fox à la représentation de Westminster, M. J. C. Hobhouse, qui, s'inspirant des sentiments généreux du grand orateur, attaqua, dès 1825, les excès de travail qu'exigeaient à nouveau les manufacturiers anglais. Il déclara dans la Chambre des communes que les dispositions tutélaires des actes de 1802 et de 1819 étaient indignement foulées aux pieds.
On comprend que Robert Peel se soit écrié plus tard : « Sauvons les enfants! »
En France.
La France marchait sur les traces de l'Angleterre. En 1837, le ministère du commerce signalait des enfants de six ans dans les manufactures; dans l'Aisne, l'Ain, la Marne, les Vosges et quelques autres départements, on les recevait à sept ans !
Et voici comment, quatre ans plus tard, dans la séance du 12 janvier 1841, le ministre du commerce justifiait cette terrible exploitation :
Il faut surtout ne pas perdre de vue que l'admission des enfants dans les fabriques dès l'âge de huit ans est, pour les parents, un moyen de surveillance, pour les enfants un commencement" d'apprentissage, pour la famille une ressource... L'habitude de l'ordre, de la discipline et du travail doit s'acquérir de bonne heure ^ et la plupart des mains-d'œuvre industrielles exigent une dextérité, une prestesse qui ne s'obtiennent que par une pratique assez longue et qui ne peut être commencée trop tôt... L'enfant entré à huit ans dans l'atelier, façonné au travail, ayant acquis l'habitude de l'obéissance, et possédant les premiers éléments de l'instruction primaire (?). arrivera à dix ans plus capable de supporter la fatigue, plus habile et plus instruit qu'un enfant du même âge élevé jusquelà dans l'oisiveté et prenant pour la première fois le tablier de travail.
Mais comme la loi ne fixait pas d'âge minimum pour l'entrée dans les usines, ce n'est pas seulement à huit ans qu'on admettait les enfants; c'est avant. Vers 1840, il y avait, à Sainte-Marie-aux-Mines, des dévideurs de trames de quatre à cinq ans qui tombaient épuisés sur le métier.
La durée moyenne du travail des enfants n'était pas seulement de 12 heures, mais de 14 ; encore cette moyenne était-elle souvent dépassée, puisque les tisserands de coton de la région rouennaise travaillaient jusqu'à seize et dix-sept heures par jour! Or les enfants travaillaient aussi longtemps que les hommes.
Les résultats sociaux d'un régime industriel aussi barbare se dégagent des tables de mortalité et des statisti-
ques de recrutement : à Mulhouse, la durée moyenne de la vie de l'ouvrier de fabrique était de vingt-cinq ans, tandis qu'elle était de trente-six ans pour le reste de la population; dans les centres industriels de Normandie, pour 100 conscrits « bons pour le service » il y en avait 166 d'impropres audit service. Il est vrai qu'à la même époque, à Manchester, d'après le baron Dupin, la moitié des individus qui mouraient n'avaient pas dix ans!
Le 22 mars 1841 fut promulguée la première loi française1 réglementant la journée de travail dans l'industrie; cette loi, insignifiante et inappliquée, autorisait, selon le vœu du ministre, l'entrée des enfants dans les manufactures depuis l'âge de huit ans. D'ailleurs, les établissements occupant moins de 20 ouvriers restaient en dehors de la loi, qui ne se trouvait applicable qu'à 70,000 enfants.
Il n'est donc pas étonnant de trouver dans les Mémoires des instituteurs de 1861 des témoignages d'une précision éloquente sur l'exploitation de enfants « industrialisés » dès l'âge de huit ans!
Nous connaissons, disent les instituteurs de la Somme, des pères de famille qui, pour le plus mince salaire qu'ils en retirent, attachent leurs enfants à un métier dès l'âge de neuf ans et les forcent à travailler plus de douze heures par jour, soit en fabrique, soit à la main.
Il faut être placé comme nous, disent ceux du Nord, près du foyer du mal, pour juger de ses irrémédiables effets. A dix ans, quelquefois même à neuf ou à huit, de tout chétifs enfants nous sont enlevés pour aller se perdre corps et âme dans la poussière et le désordre des fabriques, moyennant quelques sous par jour! J'ai
1. La France est précédée par l'Angleterre: bills de 1802, 1819, 1825, 1833, etc. : par la Prusse (loi du 9 mars 1839) ; par l'Autriche (loi du 16 juillet 1839) ; par la Bavière (loi du 15 janvier 1840); par le grand-duché de Bade (loi du 4 mars 1840). La même cause, l'exploitation de l'enfance menaçant l'avenu* de la race, produisait le même effet : la protection légale de l'enfance.
La loi française autorisait 8 heures de travail de huit à douze ans, 12 heures de douze à seize ans ; jamais de travail de nuit au-dessous de treize ans ; de treize à seize ans, travail de nuit par exception ; jusqu'à douze ans, les enfants devaient suivre l'école ; des inspecteurs du travail devaient assurer l'exécution de la loi ; mais ils étaient choisis parmi les manufacturiers qui avaient intérêt à l'étouffer. La loi n'était pas appliquée.
vu quinze petits garçons employés à une machine à dévider. Ils étaient assis sur des tabourets très élevés pour les empêcher de descendre et tenir leur attention plus éveillée. Chacun avait devant soi trois ou quatre bobines et en aspirait sans relâche les flocons. L'un d'eux, un peu moins jeune, tournait la roue, et on voyait son pauvre corps se dévier et la sueur perler sur son visage à l'expression assombrie...
Et l'on a continué à employer les enfants dans l'industrie1.
Conséquences du surmenage des enfants.
Ainsi, telle est l'influence néfaste du travail industriel prématuré, qu'en débilitant l'enfant il compromet dans son germe l'avenir des générations de travailleurs. C'est ce qu'un hygiéniste, en des paroles précises, rapportées par M. Dagan dans la Condition du peuple au vingtième siècle, a démontré fortement au Congrès international de la protection ouvrière de Zurich en 1897. Il disait :
Entre toutes les causes qui exercent un effet délétère sur l'organisme de l'enfant ou de l'adolescent, la plus importante est l'excès du travail. Tout corps qui travaille a besoin d'un certain temps de repos pour pouvoir éliminer du sang les déchets toxiques produits par les contractions musculaires et les autres faits physiologiques, et pour remplacer les matériaux consommés. Lui refuse-t-on le repos nécessaire, des troubles se produisent dans le système nerveux et, par suite, "dans la digestion et dans la nutrition. Chez l'enfant les troubles sont d'autant plus graves que son corps ne réclame pas seulement le remplacement des substances qui ont été consommées par le fait du travail, mais exige de nouveaux matériaux en vue de la formation de nouvelles cellules... Aussi l'excès de fatigue se manifestera- t-il rapidement chez l'enfant par
1. « Au Bon-Pasteur, on ne donne rien aux jeunes filles, même après qu'elles ont gagné beaucoup d'argent à la maison pendant 5, 10, 15, 20 ans. On les met à la porte sans ressources, sans s'occuper de leur trouver une place... Les religieuses n'ont d'autre but que de gagner de l'argent... On fait travailler ces jeunes filles... chaque jour plus longtemps que ne le permettent les lois civiles, et quand l'inspecteur du travail demande à visiter la maison, on fait disparaître des salles de travail les jeunes filles qui n'ont pas douze ans. On demande à d'autres de sacrifier, pendant plusieurs mois de l'année, une partie de leurs récréations, sous prétexte que le travail est pressant, et on leur fait à cette occasion des promesses qu'on ne leur tient pas... » (Extrait d'une lettre de l'évèque de Nancy à la cour de Rome.)
le ralentissement de la croissance, par la transformation du caractère devenu chagrin , maussade , par la diminution de l'intelligence, etc. En dernier lieu, on verra parfois se produire de véritables psychoses; certaines maladies mentales, qui se rencontrent le plus souvent chez les jeunes gens, ont été désignées, d'après leur origine, du nom de psychoses d'épuisement.
Aussi l'intérêt de l'industrie elle-même était-il de « sauver les enfants » pour sauver les futurs ouvriers. C'est pourquoi, l'Etat et les humanitaires aidant, on essaya de protéger l'enfance contre le Moloch contemporain.
La loi de 1841 était restée lettre morte. En 1868, d'après une enquête officielle, il y avait 99,212 enfants dans les usines à feu (5,005 de huit à dix ans, 17,471 de dix à douze ans, 76,736 de douze à seize ans), 26,503 de huit à seize ans dans les ateliers occupant moins de 20 ouvriers, 100,000 travaillant comme aides ou apprentis dans les petits ateliers. En tout environ 225,000 enfants dans l'industrie.
Le péril était grave. Mais le gouvernement impérial demeura impassible, malgré les abus criants stigmatisés par Jules Simon. Il faudra attendre la troisième République pour organiser la protection de l'enfance.
La crise de l'apprentissage.
L'apprentissage, qui était, sous l'ancien régime, comme la « clef de voûte » du système industriel que réglementaient minutieusement les statuts des' corporations, l'apprentissage s'en va. Depuis longtemps, on gémit sur sa disparition.
La principale cause de cette décadence, c'est le développement du machinisme et de la grande industrie; l'apprentissage n'existe plus que dans les petits ateliers; dans les grandes usines, l'enfant est embauché immédiatement comme ouvrier. La machine, docile, lui obéit et ménage ses forces. Il suffit du faible geste d'un enfant pour mettre en mouvement la masse énorme d'un marteau-pilon de 100,000 kilos. Mais ce n'est pas la seule
cause : la dissolution des corporations, gardiennes de l'apprenti, en est une autre.
Et c'est aussi dans la petite industrie elle-même, qui semblait devoir servir d'asile à l'apprentissage, la répugnance des artisans à se créer eux-mêmes des concurrents. Ils cherchent, non à s'instruire, ces apprentis qui, sitôt formés, les quittent pour élever boutique contre boutique, mais simplement à les utiliser pendant le temps qu'ils passent chez eux1.
C'est l'impatience chez les parents de voir leur enfant gagner le plus tôt possible de quoi grossir leur pauvre budget, et chez les enfants eux-mêmes le désir d'être payés « comme des hommes ». Les uns et les autres sacrifient facilement l'avenir à un gain immédiat.
C'est la difficulté juridique2 de donner une sanction efficace au contrat d'apprentissage. Généralement, il n'est pas écrit.; et même, le serait-il, que les engagements réciproques qu'il crée ont un caractère trop personnel pour pouvoir être imposés manu militari, ou même pour pouvoir se résoudre en dommages et intérêts d'ailleurs irrecouvrables. (Ch. Gide, Rapport sur l'économie sociale à l'Exposition de 1900.)
Ainsi l'apprentissage se meurt. Et pourtant la machineoutil ne transforme point l'ouvrier en simple surveillant dont l'automatisme vivant participerait de l'automatisme mécanique. On l'a cru, on est revenu de cette erreur. Et si la majorité des patrons partage encore le préjugé commun, les industriels éclairés reconnaissent aujourd'hui que, pour le travail à la machine, comme pour le travail à la main3, l'habileté professionnelle est un facteur
1. Pour vaincre cette mauvaise volonté patronale, dans le grand-duché de Bade, depuis 1888, et dans le Wurtemberg, l'Etat subventionne les patrons qui « l'ont des apprentis ». La subvention est de 150 à 500 francs pour trois ans. En Belgique, même chose, mais alors ce sont les écoles industrielles qui versent les subventions.
2. Pourtant, si le code civil est muet sur le contrat d apprentissage, celui-ci a été réglementé par la loi du 22 février 1851, modifiée sur plusieurs points par les lois du 2 novembre 1892 et du 30 mars 1900 (V. Paul Pic, Traité des législations industrielles , p. 1215 et suiv.). Mais c'est une loi vieille, qui devrait être refaite. Pour assurer la fidèle exécution du contrat d'apprentissage, la loi du canton suisse de Neufchâtel (21 nov. 1890) confie aux conseils de prud'hommes la surveillance dudit contrat. En France, le conseil des prud'hommes de Nîmes pratique avec succès la même surveillance.
3. V. Levasseur, le Travail à la machine et le travail a la main.
LA FEMME ET l'eNFANT DANS L'INDUSTRIE 451
précieux de vitesse, de perfection et — ce qui ne gâte rien en nos temps d'âpre concurrence — de bon marché. Ils se plaignent de ne pas pouvoir toujours recruter de « bons ouvriers », et, comme les grands industriels d'Allemagne, ils organisent eux-mêmes l'apprentissage : Compagnies de chemins de fer, imprimerie Ghaix, cristallerie de Baccarat, etc.1.
De même les Bourses de travail et les syndicats ouvriers s'engagent de plus en plus dans la voie de l'éducation professionnelle : à ce titre, les syndicats des industries du papier, du papier peint, des fleurs et plumes, de la bijouterie et orfèvrerie, des chauffeurs et mécaniciens, ont obtenu de hautes récompenses à l'Exposition universelle de 1900.
Si les syndicats organisent eux-mêmes l'apprentissage, c'est qu'ils savent que plus l'ouvrier est habile, mieux il peut défendre son salaire et son indépendance, c'est qu'ils ont le sentiment qu'au moins en partie « l'avenir des classes ouvrières est entre les mains des syndiqués » . (G. Sorel.)
L'enseignement technique : historique.
Il y a déjà bien longtemps qu'on a jeté le cri d'alarme à propos de la décadence de l'apprentissage. H y a une quarantaine d'années, dans toute l'Europe, de nombreux cours de dessin [et d'enseignement technique furent ouverts par les associations, — seules ou en collaboration avec les pouvoirs publics. En Allemagne, ces cours prirent un grand développement et donnèrent bientôt d'excellents résultats.
En France, où l'on compte trop sur l'Etat, il n'en fut pas de même. Les cours, non encouragés, non subventionnés, dénigrés, combattus, périclitèrent et disparurent. Ce fut la débâcle. Seuls survécurent les cours du soir, organisés dans quelques grandes villes par de puis-
1. V. Fouqué, la Crise de l'apprentissage et les progrès de l'enseignement professionnel, p. 245 et suiv.
santés sociétés d'enseignement populaire : Sociétés philotechnique et polytechnique de Paris, Société philomatique de Bordeaux, Société d'enseignement professionnel du Rhône, Société industrielle de Saint-Quentin, etc.
L'Exposition universelle de 1878 avait révélé, comme celle de 1867, l'insuffisance et même la décadence de la production industrielle française. Economistes et industriels ouvrirent les yeux. Une vigoureuse campagne fut menée contre l'enseignement universitaire, accusé de préparer des générations de bureaucrates et de fonctionnaires. L'administration de l'instruction publique se décida à étudier sérieusement le problème de l'enseignement professionnel. Les communes et les départements avaient déjà créé des écoles d'apprentissage. La loi du 11 décembre 1880, sur les écoles manuelles d'apprentissage, les mit au compte de l'Etat.
Cette loi ne fut votée qu'après des rapports alarmants de Nadaud et de Tolain, à la Chambre et au Sénat, constatant que l'apprentissage n'existait presque plus en France.
Il ne pourra être remédié à cette situation — dit un rapport adressé le 1er août 1881 au ministre de l'instruction publique, par une commission spéciale présidée par Tolain — qu'en provoquant la création, dans les centres industriels, d'écoles professionnelles spéciales pour chaque branche d'industrie, pouvant remplacer, et même remplacer avec avantage, ce qu'était pour les jeunes gens l'apprentissage d'autrefois. L'utilité de la création de pareils établissements n'est plus d'ailleurs à démontrer; nombre de villes industrielles l'ont reconnue et ont pris à cet égard une louable initiative; c'est ainsi qu'ont été fondées : à Paris, l'école municipale du boulevard de la Villette et l'école d'horlogerie; à Reims, l'école municipale professionnelle, où la teinture, la filature et le tissage occupent une place prépondérante; à Nîmes, l'école-fabrique pour les tissus divers qui ont fait la fortune de cette ville; à Limoges, l'école de céramique; à Douai, au Havre, les écoles d'apprentissage, etc.
C'est à la suite de ce rapport que le gouvernement, pour donner une impulsion nouvelle et montrer la voie à
suivre, décida successivement la création de trois écoles nationales professionnelles, à Vierzon, à Armentières et à Voiron (décrets de 1881 et 1882). Ces écoles, comme les écoles manuelles d'apprentissage, relevaient à la fois du ministère de l'instruction publique et du ministère du commerce. Ce régime a duré jusqu'en 1900. Ces écoles sont alors passées entièrement au ministère du commerce, comme y avaient passé, en 1892, les écoles pratiques : heureuse réforme, qui allait les diriger vers la vie pratique de la production.
La deuxième loi constitutive de l'enseignement professionnel en France est la loi du 26 janvier 1892, portant création et organisation des écoles pratiques d'industrie et de commerce.
Ces écoles existaient, pour la plupart, avant 1892. Elles étaient sous le régime de la loi du 11 décembre 1880 et dépendaient depuis 1888 des deux ministères de l'instruction publique et du commerce. La loi des finances de janvier 1892 les transféra au seul ministère du commerce, leur donna leur nom actuel et permit d'accentuer leur caractère technique. Ce dernier point ressort d'une circulaire ministérielle caractéristique (20 juin 1893) :
Les écoles pratiques diffèrent essentiellement des écoles primaires supérieures dans lesquelles une part est faite à l'enseignement professionnel et qui ont simplement pour objet la préparation ù l'apprentissage. Pour éviter toute confusion, il importe de préciser le caractère des premières : elles sont destinées à former des employés de commerce et des ouvriers aptes à être immédiatement utilisés au comptoir et à l'atelier.
On ne saurait assurément contester les bienfaits de l'enseignement général : c'est une base solide, qui augmente la valeur de l'homme et rend plus profitables les connaissances professionnelles qu il a acquises... Aussi ne s'agit-il pas de le proscrire de l'école pratique. Les élèves y recevront nécessairement un complément d'enseignement primaire. Mais il convient de se préoccuper aussi des besoins du commerce et de l'industrie. Chaque jour, en effet, la lutte commerciale entre les peuples devient plus ardente, et la difficulté des affaires plus grande. L'industrie a subi une transformation profonde : tout est sacrifié au but à atteindre, qui est de produire vite et à bon marché, et, par suite de la [division du travail
et de leraploi de la machine, l'apprentissage à l'atelier n'existe plus guère aujourd'hui qu'à l'état d'exception. Jamais, cependant, en raison des changements fréquents qui doivent être apportés dans l'outillage, n'a été plus clairement démontrée la nécessité de posséder des ouvriers ayant des connaissances théoriques suffisantes et rompus à la pratique de l'atelier... C'est à l'école pratique qu'il appartient de remplir cette tâche.
L'enseignement technique, à tous ses degrés, et le Conseil supérieur de l'enseignement technique ont été l'objet, ces dernières années, de nombreuses dispositions législatives et réglementaires. Gela prouve que l'Etat lui-même a compris que là est l'avenir, là est la vie.
Pour que ce bref historique ne soit pas trop incomplet, il faut signaler le vœu récemment émis (octobre 1902) par le Conseil supérieur du travail concernant l'apprentissage et l'enseignement technique : 1° le contrat d'apprentissage doit être libre, mais tout contrat de ce genre doit être écrit; les apprentis doivent être placés sous la surveillance des conseils de prud'hommes1 ou de commissions locales, composées mi-partie de patrons et mipartie d'ouvriers; — 2° (et ce vœu est tout à fait significatif) l'enseignement technique doit être généralisé et rendu obligatoire jusqu'à dix-huit ans.
Enfin — autre fait significatif — il a été fondé en 1902 une Association française pour le développement de l'enseignement technique. Cette association se propose d'ajouter son action à celle des pouvoirs publics, des sociétés diverses d'enseignement professionnel, des syndicats patronaux et des syndicats ouvriers.
Donc, on peut observer de tous côtés une orientation très nette des préoccupations et de l'enseignement vers les nécessités pratiques de la production. C'est la bonne voie.
Les écoles.
A quels résultats ont abouti tous ces efforts ? Et d'abord
1. Déjà plusieurs conseils de prud'hommes ont pris l'initiative, soit d'instituer des examens d'apprentis (celui de Nîmes), soit même d'exercer leur contrôle sur les apprentis de leur circonscription (celui de Lyon).
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quelles sont, à l'heure actuelle, les diverses écoles nationales, municipales, syndicales et privées, où l'on donne soit l'enseignement technique, c'est-à-dire théorique, soit l'enseignement professionnel, c'est-à-dire pratique, manuel, soit les deux à la fois ? Nous voudrions en dresser la liste approximative, car beaucoup d'entre elles sont inconnues et doivent être connues. On reconnaîtra aisément les trois degrés : le primaire et primaire supérieur (écoles manuelles, écoles pratiques et écoles nationales), le secondaire (écoles d'arts et métiers), le supérieur (Ecole centrale). Il est bien entendu que ce sont surtout les écoles du premier degré qui doivent nous préoccuper, puisque nous nous plaçons au point de vue de l'apprentissage et de la classe ouvrière.
1° Écoles d'industrie et de commerce.