I. — LES GRÈVES
Causes des grèves.
« Sous l'ancien régime, les ouvriers parisiens en quête de travail se réunissaient sur la place de Grève, devant l'hôtel de ville. Ce marché d'ouvriers inactifs a donné son nom à l'acte des ouvriers qui se réunissent pour s'embauchera des conditions nouvelles. » (L. de Seilhac.)
La grève, c'est le refus du travail concerté par les ouvriers. La grève patronale, c'est-à-dire le refus des moyens de production f ateliers, machines, outillage, matières premières, etc.), s'appelle lock-out2 (fermeture).
1. Consulter : L. de Seilhac, les Grèves, 1903. — Drioux, les Coalitions d'ouvriers et de patrons de 1189 à nos jours, 1883. — Smith, les Coalitions et les Grèves, '1886. — Jourdain, la Législation française sur les coalitions, son évolution au dix-neuvième siècle, 1898. — Vaille, la Coalition ouvrière et les Grèves, étude historique, 1901. — Ch. Renault, Histoire des grèves. — Arth. Fontaine, les Grèves et la Conciliation ; sur les grèves de ces dernières années, V. la collection du Mouvement socialiste, 1899-1904, etc. — Pour la statistique des grèves, V. Bulletin de l'Office du travail (ministère du commerce) et Statistique des grèves de iS40 à 1899 (publication officielle du ministère du commerce). — J. Uhry, les Grèves en France ; etc.
2. « Quand on étudie le mécanisme de la productivité, on constate que la
Grève ouvrière et grève patronale constituent l'état de guerre dans le régime économique.
La principale cause des grèves ouvrières est la défense du salaire. En 1900, près de 72 p. 100 des grèves, d'après le Bulletin de l'Office du travail, ont eu pour but d'empêcher la baisse ou d'obtenir la hausse des salaires.
Mais d'autres causes interviennent. Ainsi, en 1900 : demandes de réduction de la journée de travail avec maintien des salaires (11 p. 100 des grèves); demandes de renvoi d'ouvriers, contremaîtres ou directeurs (11,5 p. 100), ou, à l'inverse, demandes de réintégration d'ouvriers congédiés (10 p. 100). Enfin, parmi les causes secondaires : suppression du travail aux pièces» mode de payement, retenues pour assurances et caisses de secours, suppression des amendes, limitation du nombre des apprentis, repos du dimanche, règlements d'atelier, etc.
On peut ramener toutes les grèves, et notamment les grèves françaises du siècle passé, à quelques types généraux. Il y a la grève des salaires, la plus fréquente; la grève de la journée de travail; la grève politique pour la reconnaissance du syndicat ou l'oppression patronale politique et religieuse (métallurgistes du Greusot, 1899; mineurs de Montceau, 1901, au cri de :«Plus de liberté ! »); il y a la grève de légalité pour l'application des lois ouvrières violées par le patronat; il y a enfin la grève de
grève, la cessation du travail, ne résulte pas uniquement d'une action concertée des salariés, mais aussi, et fréquemment, d'une préméditation individuelle ou d'une entente collective de patrons, de commerçants, de grands et petits exploitants. En général, ils ont pour objet soit de s'opposer à une baisse des prix de vente, soit de diminuer les frais généraux en réduisant les salaires, soit, plus carrément, de fermer des usines et des ateliers... Jamais les grèves patronales n'ont été aussi fréquentes, aussi violentes, aussi générales. On peut même affirmer que la plupart des grandes grèves qui ont éclaté en France, en Angleterre et en Amérique dans ces dernières années ont été des grèves suscitées par les employeurs, en tout cas, des grèves presque toujours favorables aux capitalistes. En effet, l'ère des industries monopolisées (pools, cartells, trusts, syndicats) a marqué le commencement des coupes sombres depuis une vingtaine d'années. » Et M. Dagan cite des centaines d'exemples (Dagan, De la Condition du peuple au vingtième siècle).
l'action OUVRIÈRE AU XIXe SIÈCLE 487
solidarité, de plus en plus fréquente aujourd'hui que les grèves partielles font place à des grèves générales, plus ou moins étendues, des ouvriers d'un même métier ou d'une même ville.
La diversité de ces grèves révèle la diversité des maux dont souffre la classe ouvrière, à cause de l'inégalité sociale et du salariat où elles prennent leur source.
Les grèves opposent nettement la classe des travailleurs et la classe des employeurs. Elles sont un aspect de ce qu'un sociologue, Karl Marx, a appelé la « lutte des classes », et elles constituent, selon lui, « une des formes sous lesquelles les prolétaires effectuent leur organisation comme classe1 ».
Le droit de grève.
On fait ordinairement remonter la reconnaissance légale du droit de coalition ou de grève à la loi du 25 mai 1864, qui a supprimé le délit de coalition. Mais on oublie que ce que le législateur donnait d'une main, il le reprenait de l'autre, puisqu'il remplaçait le délit de coalition par le délit d'atteinte à la liberté du travail, puni par les art. 414, 415 et 416 du Code pénal2. D'autre part, le droit d'association restait interdit, de même que le droit de réunion.
Le droit de coalition n'était qu'un mot. Ils le virent