‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 102 sur 333 · Arcliives, W 933, dos»icr 071, pièce · texte numérisé non relu

Arcliives, W 933, dos»icr 071, pièce

'i. Sur le chevalier Jean-Simon Avcd de Loizerollos, ancien avocat au parlement, dont le prre, peintre disliuguô, était nù h Douai, voyez un ariicle de M. Alphonse B«»ulé, juge de paix de Saint-Germaîn-en-Laye, Une cause célèbre du tempe de la Terreur, extrait de la France judiciaire (1881) Il y réfute les opinions de ceux qui, après Fouquier-Tioville, veulent excuser le tribunal.

«8 CHAP. XLVm. — CONSPIR. DES PRISONS : SAINT-LAZARE.

a Le 7 thermidor, dit-il, vers les quatre heures du soir, on appelle Loiserolles dans les corridors. Moi, frappé depuis plusieurs jours d^an secret pressentiment qui m'annonçoit que mon tour arriveroit ce jour-là, je ne doute point un moment que ce cri de mort ne s'adresse à moi; je cours dans la chambre de mon père pour lui faire mes derniers adieux. Qu*aperçois-je en y entrant? un guichetier qui lui signifie Tordre de descendre au greffe. Aussitôt je me hâte d'aller avertir ma mère. Elle arrive : déjà mon père alloit être pour toujours arraché de nos bras ; elle l'embrasse avec le cri du désespoir. Mon père entre dans le guichet ; je fais rentrer ma mère jusqu'au milieu du corridor pour lui sauver le tableau de nos déchirants adieux. Il n'y avoit plus qu'une porte à traverser ; alors il me dit ces paroles qui donnent la mesure de son caractère : « Mon ami, con- « sole ta mère, vis pour elle, ils pourront m'égorger, € mais jamais m'avilir. » Mes larmes, ma douleur m'empéchoient de lui répondre. Je voulois l'embrasser pour la dernière fois, quand un guichetier, insultant d'une manière barbare à mes pleurs, me repousse loin de mon père, ferme la porte sur moi en proférant ces mots atroces : c Tu fais l'enfant, demain ce sera ton tour. » Mon père arrive donc à la Conciergerie avec ses trente compagnons d'infortune. A peine y est-il entré qu'on lui signifie l'acte d'accusation ; mais quelle est sa surprise en l'ouvrant*! il voit mon nom à la place du sien... C'est alors que mon père conçut le généreux projet de sacriiîer sa vie pour me la conserver.

« Le 8 thermidor, mon père paroi t à l'audience avec ses trente compagnons d*infortune; on lit l'acte d'accusation ; on prononce le nom de Loiserolles fils ; qu'aper-

LOISEROLLES PÈRE GOiNDAllI^É POUR SON FILS. 159

çoit-on alors? un vieillard vénérable, couvert de cheveux blancs, qui se présente à ses juges; que dis-je? à ses bourreaux*. »

Comment celte erreur avait-elle été possible? Fouquier-Tinville l'explique ainsi :

Après la loi du 22 prairial, on ne fit plus d'interrogatoires ; on envoyoit seulement dans les prisons des individus ou des huissiers qui étoicnt chargés de prendre les noms des détenus et de les amener au tribunal. Celui qui est allé à Lazare a pris le père pour le fils. Mon substitut, ajoutc-t-il, je crois que c'est Liendon, auroit dû faire mettre le père hors des débats *.

Cela n'est pas douteux. De pareilles erreurs devaient être fréquentes, et Ton en a vu des exemples. On a vu aussi, à propos de Mme Mayet, que Ton ne croyait pas toujours utile de réparer Terreur,

Loiserolles père avait donc connu à la Conciergerie la méprise dont il était l'objet, quand on lui remit l'acte d'accusation où il lut, non pas son nom, mais celui de son (ils, François-Simon Loiserolles, âgédevingt-deuxans; et c'est alors, comme l'a dit ce fils, que, de propos délibéré, il résolut de mourir pour lui. Il communiqua son dessein à un ami. Boucher, ancien secrétaire de Bailly, compris comme lui sur la fatale liste : « Vous allez vous perdre et vous ne le sauverez pas, » dit Boucher. Mais Loiserolles persista. « Ces gens-là sont si bêtes, dit- il, ils vont si vite en besogne, qu'ils n'ont pas le temps de regarder derrière eux. II ne leur faut que des têtes; peu leur importe lesquelles, pourvu qu'ils aient leur compte'? )»

\. Procèi Fouquier, n* 43, p. %— 2. Procès Fouquier, n* 21, p. 5. 5. Procès Fouquier, n* 44, p. i. Ces détails furent donnés k Iioixerolles fils par un citoyen PiunTille qui en STsit eu aussi la confidence (Ibid., n* 43, p. 2),

140 CIIAP. XLVni. — £ONSPIR. DES PRISONS : SAINT-LAZARE.

Il ne se (rompait pas. L'acte d'accusation portait < François Simon Loiserolles, âgé de vingt-deux ans, »et le père, Jean-Simon Loiserolles en avait soixante-quatre. Coffinhal substitua le nom de Jean à celui de François, il convertit le chiffre 22 en 64, et tout fut dit*. Ni juges ni substitut, ni jurés ne réclamèrent, — ni le père qui monta pour son (iis sur Téchafaud : sacrifice sublime dont le secret ne fut connu d'abord que de celui qui le subissait volontairement et de ceux qui le consommèrent.

Le fils rignora complètement pendant trois mois.

Ce ne fut qu'après sa mise en liberté (6 brumaire an III, 27 octobre 1794), que rencontrant un vieil ami de la fiimille, confident avec Boucher de la résolution de son père, il sut à quel prix il vivait encore; et le lendemain, il en eut une explication plus complète. Passant sur le pont de l'Hôtel-Dieu, et jetant ses yeux sur un mur couvert d'affiches, il y vit l'arrêt du 8 thermidor, sans les modifications que la main de Coffinhal y avait apportées : c'était lui qui était condamné à mort ^ . La chose, tout étrange qu'elle est, n'est pas impossible : la liste des condamnés aura été prise par le greffier, non sur les questions posées au jury où se trouve le

1. Voyez pièce 44 (questions posées au jury). Dans la pièce 42 (jugement), après le vu par le tribunal, l'énoncé porte parmi les noms des accusés écrits d'une autre encre que le corps de la pièce : « Jenn-Simon. Loizerollc père » ; — c'est ce qui a été écrit pour compléter la pièce après le jugemont; — ma s à la page suivante, dans la reproduction de l'acte d'accusation, on lit : f François (raturé) et en surcharge Jean-Simon Loizerolle (ils, flgé de 22 ans, né i Paris, demeurant à Montigny, département de Seine-et-Marne. > Les copies figurées de CCS pièces («pji existent en original aux Archives) furent dertiandées au nom de Loizerollcs filu après le 9 thermidor par Real, défenseur otlicicux (ibid,, 2* partie, pièce 43). et Tordre fut donné de les expédier le ^29 brumaire an HI (ibid , pièce r>0). Il en fil usage dans la réclamation à la Convention dont nous parlerons plus bas.

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