‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 148 sur 333 · LETTRE DE PAYAN A ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LETTRE DE PAYAN A ROBESPIERRE

ries dont on avait fait une conspiration redoutable.

Il y avait là un vrai péril que Robespierre ne voyait pas, mais qui frappa les yeux de Payan, un de ses satellites les plus dévoués. Robespierre avait été au fond ridiculisé par le rapport du vieux Vadier. Il fallait qu'il y fût répondu et par Robespierre lui-même. C'est sur le même terrain quePayan voulait qu'il s'établit el il lui écrivit une lettre qui lui expose tout un système de défense et d'attaque pour la lutte prête à s'engager. C'est comme le plan de la campagne où le tribunal révolutionnaire aura son rôle.

11 n'hésite pas à dénoncer le comité de sûreté générale comme une entrave pour le gouvernement, et le lieu où l'ennemi se cache encore :

Le comité de sûreté générale, dit-il, soit jalousie, soit peti* tesse des hommes qui le composent, soit tendance naturelle à toutes les autorités de s^élever au-dessus des auti*es, soit qu'il fût piqué de n'avoir pas dénoncé lui-même Hébert et Danton, a voulu dévoiler une conspiration, mais il n'a fait qu*une comédie ridicule et funeste à la patrie.

11 en prend occasion d'attaquer l'esprit de ses rap* ports et il n'épargne pas le caractère de ses membres :

Les membres qui le forment font tout avec légèreté, sans réflexion; ils ont besoin d'être bien guidés et non de diriger en rien. Je ne crains pas de le dire, il vaudroit mieux dans ce comité des hommes avec des talents très médiocres et qui se laisseroient conduire par le gouvernement, que des hommes même de génie. Dans le premier cas, tout iroit bien, et Tunité d'action sauveroit la pairie. Dans le second cas, il y auroit deux centres de gouvernement ; de là le frottement perpétuel de l'un d'eux contre le centre le plus utile, le mieux dessiné, le plus marqué ; et pendant ce temps de tourmente la patrie courroit les plus grands dangers.

i96 GHàP. L. — PRÉLIMINAIRES DU 9 THERMIDOR.

Mais un comité plus nuisible encore, c'est celui qui n*a ni le génie de créer, ni la modestie de se taire et de se laisser diriger.

Et quant au rapport de Vadier :

Quelque jour peut-être nous découvrirons qu'il est le ruit d'une intrigue contre-rcvolutiounaire.

Il n'entend pas diviser les comités et moins encore faire éclater cette division aux yeux du public; mais il veut que l'un reste soumis à 1 aulre; qu'on prépare les esprits au règlement de celte subordination nécessaire, et pour cela il faut que Robespierre frappe un coup de maître :

Je reviens au fait. II faut opposer à une farce qui seroit ridicule, si elle n*avoit été funeste, un rapport intéressant ; il faut d'abord attaquer le fanatisme, donner une nouvelle vie aux principes sublimes développés dans votre rapport sur les idées religieuses, faire disparoitre les dénominations de la superstition, ces palery ces ave^ ces épîtres, prétendus républicains; organiser les fêtes publiques; décréter que les moindres détails de ces fêtes seront détermines avec soin el précision, favoriser surtout l'opinion éclairée du peuple qui prend la mère-dieu pour une folle; frapper néanmoins les auteurs, les imprimeurs, les journalistes et Bouland, qui ont profité de cette circonstance pour défigurer la fête à TËtrcsuprême ; punir aussi quelques défenseurs officieux, Chauveau-Lagarde, par exemple, duquel j'ai une pièce parlante contre Marat ; attaquer tous ceux qui ont essaye de pervertir la morale publique, et renverser enfin Bourdon et ses complices. Le rapport de Vadier a été inspiré par des hommes qui vouloient faire oublier ces derniers : eh bien ! qu'ils revivent un instant pour périr ensuite avec ces journalistes qui ont eu la lâcheté ou la malveillance de ne rien dire de la fameuse séance relative au tribunal révolutionnaire; qu'ils soient

Page 1