ROBESPIERRE AUX JACOBINS (1» THERMIDOR
d*évacualion des prisons, sous prétexte de complot^ par la grande exécution du Luxembourg. On continuait par les Carmes, par Saint-Lazare; et les membres des comités qui mettaient si complaisamment leurs signatures au bas de ces listes, de ces arrêts de mort, étaient de moins en moins rassurés pour eux-mêmes. Si Robespierre au milieu de ces hécatombes eût désigné cinq ou six, dix ou douze têtes de députés à y joindre, — des têtes de ceux qui avaient été jusque-là ses complices dans la Terreur, — la majorité de la Convention s'y serait-elle opposée? On ne le peut croire. Mais il ne le fit pas : il laissa par le mystère de ses projets le glaive suspendu sur toutes les têtes, et dès lors il devait avoir la majorité contre lui.
L'action se précipite dans cette première décade de thermidor.
U 1*" décade de tlicnnidor : 1 (19 juillet 1794) Robespierre aux Jacobins. — 3 (21 juillet). Querelle au Comilé. — 4 (22 juillet). Rapprochement. — 5 (23 juillet). Barère i la Convention. — (24 juillet). Arrêté sur les quatre commissions populaires pour étendre Taction du tribunal ; Couthou aux Jacobins. — 7 (25 juillet). Les Jacobins à la Convention; rupture secrète dans le Comité; discours de Barère.
Robespierre, le 1'^ thermidor aux Jacobins, avait à peine dissimulé ses projets. Il n*était bruit que des représentants menacés. Un représentant coupable ne pouvait-il donc être atteint sans qu'on fût convaincu de conspirer contre la représentation nationale? Il signalait cette prétention comme c un principe affreux et tyranniquc, » ajoutant ces paroles significatives : a La Convention est pure, en général. Elle est au-dessus de la crainte comme du crime. Elle n'a rien de commua
avec une poignée de conjurés^ » — C'était mal rassurer ceux qui redoulaient de nouvelles proscriptions.
Un simple juge au tribunal révolutionnaire» Naulin, avait dit : c II faut chasser de la Convention tous les hommes corrompus \ » Un juré, Vilate, dans le vestibule même de la Convention : c Le tribunal révolutionnaire attend une vingtaine de députés'. » Naulin avait été arrêté et écroué aux Carmes, le 15 messidor; Vilale, le 5 thermidor, fut envoyé à la Force*. Ce n'étaient que des comparses dont la Convention pouvait avoir raison facilement. Mais ce qu'ils avaient dit, Robespierre était là, ayant le pouvoir de le faire.
Il y eut pourtant alors, entre les deux fractions du comité en présence, une sorte d'hésitation avant la rupture. Saint-Just, hautain et tranchant comme il Tétait toujours, ayant dit que « tout ce qui ne ressemblerait pas au pur amour du peuple aurait sa haine, t ces paroles avaient été prises comme une déclaration de guerre, et Billaud-Varennes, prenant à partie le chef du triumvirat, prononça le nom de Pisistrate. Mais le len-