CODTHON AUX JACOBINS (6 THERMIDOR
pas ses membres : ils ont les intentions pures, mais je dirai que ce comité a été entouré de scélérats.
Il s'en prenait à ses agents — agents de Pitt et de Cobourg ; — et pour la Convenlion il allait plus loin :
Je le dis à regret, mais c'est la vérité, vous avez jusque dans votre sein des agents de cette Faction infernale de Tétranger; il en existe jusque dans le sein de la Convention nationale. Heureusement qu'ils y sont en bien petit nombre et que la verlu et l'énergie de la Convention nationale peuvent écraser à volonté les cinq ou six petites figures humaines, dont les mains sont pleines des richesses de la République et dégouttantes du sang des innocents qu'ils ont immolés ^
Cinq ou six : disait-il tout? et combien de représentants revenus de mission, se reconnaissant à ces traits> uc pouvaient-ils pas dire : Est-ce moi?
Couthon veut aller au-devant des craintes qu'il éveille :
Et qu'ils ne prennent pas occasion, ces hommes infâmes, de ce que je dis ici, pour répéter que c'est à la Convention nationale que nous en voulons. Moi, proposer une mesure contre la représentation nationale, moi qui sacrifierais dix mille vies pour elle.,.
Mais insistant pourtant sur ce qui était le fond do sa pensée et le but de son discours :
Il y a ici et dans la Convention quelques hommes impurs qui cherchent à corrompre la morale publique et à élever un trône au crime sur le tombeau des mœurs et de la vertu. Je ne propose ici aucune mesure particulière contre les ennemis les plus vils, mais les plus dangereux de la liberté publique ; je demande seulement que les hommes de bien se rallient, que des représentants purs se détachent de ces cinq ou six
1. Dans son discours du 5, à la môme tribune, il avait déjà dit : cla Convention ne se laissera pas subjuguer par quatre i cinq scélérats. {Moniteur du thermidor = 27 juillet 17U4.)
êtres turbulents, et que, dès ce jour, ils décrivent la ligne de démarcation entre eux et les méchants ^
Ce discours provoqua de la part des Jacobins une démarche auprès de la Convention (7 thermidor) : ils y apportaient comme un écho des paroles de Couthon contre la faction des indulgents et les nouveaux traîtres qu^il s'agissait d'atteindre :
Représentants du peuple, disaient-ils, c*est la justice que vous avez mise à l'ordre du jour et non Tindulgence; vous savez que l'indulgence augmente l'audace des conspirateurs; vous savez que l'homme juste, même après des erreui*s, des fautes, ne demande encore que justice.
La justice fera trembler les traîtres, les fripons, les intrigants ; elle consolera, elle rassurera l'homme de bien. Vous maintiendrez cette union qui fait votre force, qui désespère vos ennemis : il n'y aura de ligne de démarcation qu'entre le crime et la vertu '.
Ainsi le pacte était scellé entre le triumvirat et les Jacobins; et le peuple des tribunes semblait tout prêt à suivre. On disait dans les groupes qui environnaient l'assemblée : « Il faut faire un 31 mai''. » L'accord pourtant n'était pas si complet entre les comités que l'avait dit Couthon, et ses paroles mcines prouvaient qu'il ne pouvait pas l'être ; même après la démarche de Billaud- Yarennes, il ne s'était pas refait au sein du Comité de salut public. Dans une nouvelle conférence sur les nécessités de la situation, Saint-Just ayant dit qu'il
1. Ce discours, qui ne se trouve pas au Moniteur, a été donné le 10 thermidor, dans son n'' 92, parle Journal de la Montagne, d'où MM. Bûchez et Roux Vont extrait : Biêt. parlent., t. XXXHI, p. 389 et suit.
2. Séance du 7 thermidor. [Moniteur du 8 ?= 26 juillet 1794.)
3. Rappelé dans le discours de Barère du 7. Voyei Buchei et Roux, Histoire parlent,, t. UXUI, p. 386.
BARËRE A U CONVENTION (7 THERMIDOR) 205
fallait donner plus d'unité au pouvoir, tout le monde comprit que, sous un nom ou sous un autre, il s'agissait de dictature et de l'abdication de tous enfre les mains de Robespierre. La rupture, sans se déclarer, s'acheva ; et c'est la pensée de la majorité dissidente que Barère, dans cette même séance du 7, à la suite de la députation des Jacobins, apportait à la Convention. Le comité se déclarait contre toute nouvelle atteinte portée à l'intégralité de la Convention. // faut wi nouveau 51 mail C'est le bruit qui courait : mais c'est le but qu'Hébert avait poursuivi autrefois; c'est pour cela qu'on l'avait abattu, et c'est au même destin que l'on vouait ceux qui, répétant sa maxime, se rangeaient sous son drapeau :
Hébert n'est plus, mais son esprit vit encore ; ses partisans sont cachés, mais leurs maximes circulent toujours. Il faut donc encore se détourner un instant de la route de la liberté pour le combattre, et les deux comités se sont réunis pour présenter au peuple français un état comparatif de notre situation à répoque du 31 mai 1793, et de notre situation le 7 thermidor de la seconde année républicaine ^
Laissons ce long factum. Lés esprits n'étaient pas au passé. On avait devant les yeux les deux drapeaux déployés en face l'un de l'autre. Qu'allait faire la Convention? Robespierre comptait l'entraîner par son intervention personnelle. Ce fut l'objet de son grand discours dans la séance du 8 thermidor.
i. Moftiteur du 8 thermidor (26 juillet 1794).
m CHAP. L. — PRÉLIMINAIRES DU 9 THERMIDOR.
8 tliermidor (26 juillet). Discours de Robespierre à la Convention.
Ce discours, acte suprême de Robes[)ieiTe,n'est point au Monileîir. C'est le 10 thermidor qu'il aurait dû y paraître : ce jour-là le Moniteur avait d'autres choses à insérer. Mais il a été retrouvé dans ses papiers publiés par ordre de la Convention, et ainsi rien n'en est perdu, pas même les ratures \ Il répondait à celui que Barère avait prononcé la veille, et il tranche sur le ion habituel de l'orateur par quelques traits plus vifs que lui inspire la gravité exceptionnelle de la situation.
Robespierre commence encore par les banalités qui l'avaient défrayéjusque-là, sur rétablissement de la République, sur les conspirations auxquelles elle avait été en butte, sur le zèle qu'il avait mis à la défendre, sur les persécutions qu'il avait subies, qu'il endurait encore pour elle, calomnies, assassinats. Les actes de violence qui, par le fait du régime dont il était l'auteur, se continuaient, rendant son nom odieux, il en voudrait faire comme des machinations de ses ennemis :
Partout les actes d'oppression avaient été multipliés pour étendre le système de terreur et de calomnies : des agents impurs prodiguaient les arrestations injustes; des projets de finance destructeurs menaçaient toutes les fortunes modiques et portaient le désespoir dans une multitude innombrable de familles attachées à la révolution; on épouvantait les nobles et les prêtres par des motions concertées ; les paiements des
4. Voyes Dudietet Roux, Hial» parlent. ^ t. XXXIII, p. 400 et suiv.
ftÔBESPIËRRË A LA CONVENTION (9 THERMIDOR). 20?
créanciers de Tétat et des fonctionnaires publics étaient suspendus ; on surprenait au comité de salut public un arrêté qui renouvelait les poursuites contre les membres de la commune du 10 août, sous le prétexte d'une reddition de comptes ; au sein de la Convention, on prétendait que la Montagne était menacée, parce que quelques membres siégeant en cette partie de la salle se croyaient en danger...
Le croyaient-ils à tort ? Ce n'était pas les rassurer que de dire uprès avoir parlé des soixante-treize dont il avait pris la défense :
A l'égard des autres, je me suis expliqué sur quelquesuns avec franchise; j'ai cru remplir mon devoir,., sans vouloir absoudre le crime, sans vouloir justiBer en elles-mêmes les erreurs funestes de plusieurs. Je dis que tous les représentants du peuple dont le cœur est pur doivent reprendre la confiance et la dignité qui leur convient. Je ne connais que deux partis : celui des bons et celui des mauvais citoyens.
Toujours un vague menaçant et une distinction redou table : mais l'éclair va jaillir du nuage. On parlait de dictature: — outrage au peuple et à la Convention, avilissement de la République ! On parlait de tyran :
Us m'appellent tyran... Si je l'étais, ils ramperaient à mes pieds... Si je Tétais, les rois que nous avons vaincus... me prêteraient leur coupable appui. On arrive à la tyrannie par le secours des (ripons : où courent ceux qui les combattent? au tombeau et à l'immortalité. Quel est le tyran qui me protège? Quelle est la faction à qui j'appartiens? C'est vousmêmes... c'est vous qu'on persécute, c'est la patrie, ce sont tous les amis de la patrie.., Mais quelle dérision cruelle d'ériger en despotes des citoyens toujours proscrits! La République a triomphé, jamais ses défenseurs. Qui suis-jc, moi qu'on accuse? Un esclave de la liberté, un martyr vivant de la République, la victime autant que l'ennemi du crime. Tous les fripons m'outragent.
Voilà un signe pour reconnaître les fripons.
C'est ici, ajoutait-il, que je dois laisser échapper la yérité et dévoiler les véritables plaies de la République. Les affaires publiques reprennent une marche perfide et alarmante. Le système combiné des Hébert et des Fabre d'Églantine est poursuivi maintenant avec une audace inouïe; les contre-révolutionnaires sont protégés ; ceux qui déshonorent la révolution avec les formes de Thébertisme le sont ouvertement; les autres, avec plus de réserve... On veut détruire le gouvernement révolutionnaire pour immoler la patrie aux scélérats qui la déchirent, et Ton marche à ce but odieux par deux routes différentes : ici on calomnie ouvertement les institutions révolutionnaires; là on cherche à les rendre odieuses par des excès. On tourmente les hommes nuls ou paisibles ; on plonge chaque jour les patriotes dans les cachots, et l'on favorise l'aristocratie de tout son pouvoir : c'est là ce qu'on appelle indulgence, humanité. Est-ce là le gouvernement révolutionnaire que nous avons institué et défendu? Non! ce gouvernement est la marche rapide et sûre de la justice ; c'est la foudre lancée par la main de la liberté contre le crime; ce n'est pas le despotisme des fripons et de l'aristocratie ; ce n'est pas l'indépendance du crime de toutes les lois divines et humaines^ Sans le gouvernement révolutionnaire, la République ne peut s'affermir, et les factions l'étoufferont dans son berceau ; mais s'il tombe en des mains perfides, il devient lui-même l'instrument de la contre-révolution.
Et il s'attache à retracer le plan de la contre-révolution : c'était de lui rapporter tout comme à un dictateur et de le rendre responsable de ce que chacun souffrait:
On disait aux nobles : « C'est lui seul qui vous a proscrits : D On disait en même temps aux patriotes : «c II veut sauver les nobles, x) On s'est attaché particulièrement à prouver que le tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang,
i. Affranchi àe toutes les lois divines et humaines.