‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 157 sur 333 · TRIB. RÉVOL.V M · texte numérisé non relu

TRIB. RÉVOL.V M

210 CllAP. L. — PRÉLIMIISAÏKËS DU 9 TilERlIlOOR.

' dan^ l'administration des finances : cette fois, les noms échappent de ses lèvres :

Quels sont les administrateurs suprêmes de nos finances? Des brissotinsy des feuillants, des aristocrates et des fripons connus : ce sont les Cambon, les Mallarmé, les Ramel ; ce sont les compagnons et les successeurs de Chabot, de Fabre et de

Julien (de Toulouse).

On parlait beaucoup des victoires. Il met en garde contre leur danger :

La victoire ne fait qu'armer Tambition, endormir le patriotisme^ éveiller Torgucil et creuser de ses mams brillantes le tombeau de la République. Qu'importe que nos armées chassent devant elles les satellites armés des rois, si nous reculons devant les vices, destructeurs de la liberté publique?

Et s'il n'y a point alors de général qui lui fasse ombrage, il en prend au moins l'occasion de rabaisser l'homme qui avait osé se poser la veille comme un adversaire devant lui, l'homme qui, par des phrases de rhéteur, semblait 'exploiter, au proQtde sa propre gloire, le sang de nos héros.

Il y a d'ailleurs d'autres ennemis à vaincre, d'autres périls à conjurer :

Laissez flotter un moment les rênes de la Révolution, vous verrez le despotisme militaire s'en emparer et le chef des factions renverser la représentation nationale.

Il y a des excès à punir :

Quelle justice avons-nous faite envers les oppresseurs des peuples? Quels sont les patriotes, opprimés par les plus odieux abus de l'autorité nationale, qui ont été vengés? Que dis-je? Quels sont ceux qui ont pu faire entendre impunément la voix de l'innocence opprimée? Les coupables n'ont-ils pas

ROBESPIERRE A LA CONVEiNTION (8 TUERMIDOR). rHl

établi cet affreux principe que dénoncer un représentant infidèle, c'est conspirer contre la représentation nationale * ?

Nouvel avertissement pour les Fouché, les Fréron, les Ja vogues, les Tallien, les Collot-d'Herbois et tant d'autres!

En finissant, il n*hésitait pas à mettre sa propre tète en balance avec les leurs, prêt à la sacrifier si Ton attachait plus de prix à leur vie qu'à la sienne; ils ne peuvent exister ensemble : il faut choisir.

Pour moi, disait-il, dont Texistcnce parait aux ennemis de mon pays un obstacle à leurs odieux projets, je consens volontiers à leur en faire le sacrifice, si leur affreux empire doit durer encore...

Si l'on proposait ici de prononcer une amnistie en faveur des députés perfides, et de mettre les crimes de tout représentant sous la sauvegarde d'un décret| la rougeur couvrirait le front de chacun de nous ; mais laisser sur la tête des représentants fidèles, le devoir de dénoncer les crimes, et cependant d'un autre côté les livrer à la rage d'une ligue insolente s'ils osent le remplir, n'est-ce pas un désordre encore plus révoltant? C'est plus que protéger le crime, c'est lui immoler la vertu.

Qui donc, la question ainsi posée, pourrait hésiter dans le choix? Qui voudrait déserter la cause de la vertu devant le vice triomphant?

Les Verres et les Catilina de la France se croient déjà assez avancés dans la carrière du crime pour exposer sur la tribune aux harangues la tête de leur accusateur. Je conçois qu'il est facile à la ligue des tyrans du monde d'accabler un seul homme, mais je sais aussi quels sont les devoirs d'un homme qui peut mourir en défendant la cause du genre humain..*

i. n l'mil déjà dit aux Jacobiiu.

219 aiAP. L. - PRÉLIMINAIRES DU TUERMIDOR.

Français, ne souffrez pas que yos ennemis cherchent à abaisser vos âmes et à énerver vos vertus par une funeste doctrine! Non, Chaumetle, non, Fauchet, la mort n'est point un sommeil éternel! Citoyens, effacez des tombeaux cette maxime impie, qui jette un crêpe funèbre sur la nature et qui insulte à la mort ; gravez-y plutôt celle-ci : la mort est le comment cernent de V immortalité.

Et joignant à cette péroraison déclamatoire une conclusion pratique :

Que ferons-nous donc? Notre devoir. Que peut-on objecter a celui qui veut dire la vérité, et qui consent à mourir pour elle? Disons donc qu'il existe une conspiration contre la liberté publique ; qu'elle doit sa force à une coalition criminelle qui intrigue au sein mémo de la Convention; que cette coalition a des complices dans le comité de sûreté générale et dans les bureaux de ce comité qu'ils dominent ; que les ennemis de la République ont opposé ce comité au comité de salut public, et constitué ainsi deux gouvernements ; que des membres du comité de salut public entrent dans ce complot; que la coalition ainsi formée cherche à perdre les patriotes et la patrie. Quel est le remède à ce mal? Punir les traîtres, renouveler les bureaux du comité de sûreté générale, épurer ce comité lui-même, et le surbordonner au comité de salut public; épurer le comité de salut public lui-même, constituer l'unité du gouvernement sous l'autorité suprême de la Convention nationale qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l'autorité nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté.

Programme qui se résumait en deux mots : épuration et châtiment, et menaçait tout à la fois le Comité de sûreté générale, le Comité de salut public et une partie de la Convention elle-même.

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