‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 158 sur 333 · DÉBATS SUR LE DISCOURS DE ROBESPIERRE. SI · texte numérisé non relu

DÉBATS SUR LE DISCOURS DE ROBESPIERRE. SI

DébftU à la CoD?ention inr le discours de Robespierre,

Une pareille harangue devait émouvoir tout le monde, et elle excita un vif débat dans l'assemblée. Lecointre de Versailles en demanda l'impression. Bourdon de l'Oise combattit celte motion et Barère Tappuya, sans se prononcer sur le fond, estimant que dans un pays libre, nulle vérité ne devait être cachée : c'était se réserver, jusqu'au dernier moment, la liberté de passer d'un côté ou de Tautre. Cou thon demanda» avec l'impression, l'envoi à toutes les communes, et la Convention donna encore ce gage de sa déférence pour Robespierre. Yadier réclama bien contre les paroles qui attaquaient son rapport sur Catherine Théos, contre celles qui mettaient en cause le Comité de sûreté générale dans ses agents; etCambon, avec plus de vigueur, contre l'étrange imputation qui incriminait non seulement son habileté, mais encore sa probité. Billaud-Yarennes releva d'autres points du discours, et comme Robespierre réclamait la liberté de dire çon opinion :

Robespierre a raison, dit-il, il faut arracher le masque sur quelque visage qu'il se trouve, et s'il est vrai que nous ne jouissions pas de la liberté des opinions, j'aime mieux que mon cadavre serve de trône à un ambitieux que de devenir par mon silence le complice de ses forfaits. Je demande le renvoi aux deux comités.

Celte réplique imprévue, qui était une attaque directe, changeait en même temps le terrain du débat.

21 i CnAP. L. — PRËLIMINAIRES DU 11 THERMIDOR.

Robespierre n'évita pas la lutte :

En jetant mon bouclier, dit-il, je me suis présenté à découvert à mes ennemis. Je n*ai flatté personne, je ne crains personne, je n'ai calomnié personne.

Mais l'envoi de son discours aux communes» remis en question par Eenlabole, fut vainement défendu par Couthon qui l'avait fait adopter. Il ne s'agissait plus que de l'envoi aux comités. Au lieu de l'imposer au public on le soumettait à des juges, et à quels juges! Robespierre s'écria :

Quoi I j'aurais eu le courage de venir déposer dans le sein de la Convention des vérités que je crois nécessaires au salut de la patrie, et l'on renverrait mon discours à l'examen des membres que j'accuse! {On murmure.)

Charlier. Quand on se vante d'avoir le courage de la vertu il faut avoir celui de la vérité. Nommez ceux que vous accusez. (On applaudit.)

Plusieurs voix: Oui! oui! nommez-les.

Robespierre. Je persiste dans ce que j'ai dit, et je déclare que je ne prends aucune part à ce qu'on pourra décider pour empêcher l'envoi de mon discours.

Après de nouvelles] récrimina tiens d'Amar, de Thirion, et une volte-face de Barère qui, cette fois, traita le discours de déclamation, la Convention, sur la proposition de Bréard, rapporta le décret d'envoi aux communes.

La victoire que Robespierre croyait avoir remportée se trouvait remise en question.

ROBESPIERRE AUX JACOBINS. 8 THERMIDOR AU f^OIR. 215

Soirée du 8 thermidor. Robespierre aux Jacobins. — Nuit du 8 au 9 : le Comité de salut public ; préparatifs de la lutte.

Le soir, il vint aux Jacobins, y lui son discours, et après les applaudissements sans mélange qu'il recueillit parmi ces amis dévoués, cédant à de sombres pressentiments, ou plus vraisemblablement prenant à son ordinaire son air de sacrifié pour stimuler leur zèle:

Ce discours, dît-il, est mon testament de mort. Je Tai vu aujourd'hui, la ligue des méchants est tellement forte que je ne puis pas espérer de lui échapper ; je succombe sans regret. Je vous laisse ma mémoire, elle vous sera chère, vous la défendrez.

Et comme ce langage avait produit Teflet dont il ne doutait pas, comme on s'écriait autour de lui que Theure d'un nouveau 31 mai avait sonné, Robespierre saisissant cette parole :

Eh bien, oui, dit-il, séparez les méchants des hommes faibles, délivrez la Convention des scélérats qui l'oppriment, rendez-lui le service qu'elle attend de vous comme aux 31 mai et 2 juin. Marchez, sauvez encore la liberté. Si malgré tous ces efforts il faut succomber, vous me verrez boire la ciguë avec calme.

— Je la boirai avec toi, s'écria David.

Et Gouthon proposa et fit voter l'exclusion immédiate des députés qui avaient fait annuler dans la Convention le vote d'impression du discours de Robespierre. Gollot

d*Herbois et Billaud-Varennes qui se trouvaient dans la salle en furent chassés avec insultes \

Us purent aller dire au Comité de salut public les résolutions qui venaient d*étre prises aux Jacobins. Ils y trouvèrent Saint-Just qui, depuis le commencement de la soirée, était là, composant son discours pour le lendemain, et s'en prirent à lui des outrages que lediscours de Robespierre leur avait valus. Saint-Just répliqua avec aigreur et serra ses papiers, voulant sortir. Mais ils s*en emparèrent, et voyant qu'ils y étaient attaqués, ils le retinrent lui-même, résolus à le garder à vue. Vers le matin pourtant Saint-Just se déroba, et les autres, ayant d'ailleurs à se concerter, ne paraissent pas y avoir fait sérieusement obstacle*.

Selon Gollot d'EIerbois, on le laissa partir sur la promesse que vers onze heures du matin, avant la séance, il viendrait au comité lui donner lecture de son discours.

En dehors du comité, les montagnards menacés avaient songé aux moyens d'achever leur victoire incomplète de la veille et de prévenir un retour oiïensif de Robespierre. On n'ignorait plus ses vues. Un 51 mai I C'est à leurs dépens qu'il devait se faire, et l'on savait comment la masse delà Convention, bien que dominée par la Gironde, avait subi, avait fait le 31 mai ! C'était cette masse inerte quMl fallait remuer. C'està cette plaine que la Montagne se voyait forcée de recourir, à ce marais^ l'objet de tant demépris. Qu'était-ce en effet que le marah? Un des conventionnels qui en étaient nous le dit :

« G'étoientdes têtes froides et lentes, des hommes que

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