CIIÂP. LU. — LES SUITES DU 9 THERMIDOR
prisonniers étaient décidés à faire arme de tout pour dérendre leur vie. Au Plessis, il y avait même eu tout un plan de résistance à Tinvasion : les femmes et les enfants devaient être abrités derrière une muraille de matelas, tandis que les hommes, armés du bois des lits, tiendraient télé aux assaillants. Mais la nuit s'était passée sans qu'on eût à relever rien autre chose que le mouvement des troupes, le tocsin, le tambour, jusqu*à une heure avancée, et le roulement des canons. Cependant le malin, un changement sensible s'était manifesté dans l'attitude des geôliers. Ils semblaient se dire qu'il se pourrait bien que d'autres vinssent prendre leurs clefs et les enfermer à leur tour. Et dans la ville c'était bien autre chose ! On ne tarda point à le savoir dans les prisons qui avaient vue sur le dehors : des correspondances par signes s'établissaient sans que personne y fît obstacle, et c'est ainsi qu'au Plessis, au Luxembourg, on apprit qoe Robespierre était abattu, qu'il allait être guillotiné*. Ce fut une immense explosion de joie dans les prisons. Partout on semblait renaître à la vie; on comptait les instants où les porles s'ouvriraient. La chute de Robespierre devait avoir, en effet, ce résultat. La terreur s'était incarnée en sa personne. Lui mort, comment pouvait-elle lui survivre? Il y avait là une force de logique qui devait finir par triompher.
Mais celle révolution n'était pas dans les vues de ceux qui venaient de renverser Robespierre. Le gouvernement révolutionnaire était toujours leur système, avec la Terreur pour âme et le tribunal du 10 mars pour instru-
1. Voyez Courtois, Rapport sur let événements du 9 thermidor^ p. 3, notes, etc. J*ai décrit plus au long celte situation dans la Terreur^ t. U, p. 326 et suivantes.
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ment ; seulement ils avaient d'autres victimes à frapper d'abord. Robespierre et ses vingt et un compagnons avaient remplacé devant le tribunal les deux listes qui étaient déjà préparées pour la première audience ^ Le lendemain, ce fut une tout autre fournée. Jamais on n'avait vu encore pareille hécatombe. Quelques membres de la Commune, ceux qu'on avait sous la main, étaient morts le 10 avec Robespierre. Le H, on avait eu le temps de ramasser presque tous les autres V Soixante-dix furent envoyés à Téchafaud'. Ils avaient comparu en deux séries de trenle-cinq devant les deux sections du tribunal, et ils furent jugés comme les vingt-deux premiers, sur la simple constatation de leur identité \ Le lendemain, nouvelle série de douze, qui achève le triomphe de la Convention sur les rebelles de la Commune^. £t Fouquier-Tinville, au rapport d*un témoin, disait : c Le peuple doit être content ; la guillotine marche, elle marchera et cela ira encore mieux'. »
Parmi les soixante-dix condamnés du 11 thermidor signalons le second aide de camp d'Hanriot, Roullanger, compagnon joaillier, général dans l'armée révolutionnaire, et les administrateurs de police Wiltciieritz, Faro
i. On en trouvera les noms au Journal.
2. Voy. dÎTers rapports du 11 thermidor dcnoni;aiit ceux qui ont provoqué à farrc serment à la Commune. (Archives F 7 4437.) On imprima une Liste deê nom$ et domiciles des individus convaincus et prévenus d^ avoir pris part à la conspiration de V infâme Robespierre, Ils sont donnés par section.