Archives, W 430, n* 55, pièce
2. Ibid., pièce 0. — Voici son premier interrogatoire (14 prairial) devant le comité de surveillance d'Aix :
J.-B. Mitre Gonard (29 ans), prêtre catholique desservant l'église de Canet, près Marseille, servant depuis quatre mois dans le 1*' bataillon des PhocéenSi en cantonnement h Cette.
n a quitte son église parce que l'église a été occupée par les sectionnaires.
D. Quelle commune il habiloit pendant le temps de la contre-révolution?
R. Qu'il résidoit dans la commune d'Ansouis, département de Vaucluse.
D. Si pendant le temps de sa résidence il n'a occupé aucune place dans les scellons rebelles ou émanée d'elles?
R. Avoir été député par la section provisoire d'AnsouiM auprès de celles d'Aix et de Marseille et y avoir manifesté des sentiment* opposés à l'aristocratie dans un discours qui est consigné dans les procès- verbaux....
Avoir été de plus membre de la (soi-disant) assemblée électorale et 8*y être
MlTRÈ GONâRD, prêtre. 279
interrogatoire et cet acte de renvoi , si propres à fixer l'attention de Fouquier-Tinviile, passèrent alors comme inaperçus, et TafTaire, quoique recommandée par Robespierre ', ne fut instruite qu'après le 9 thermidor : mais ce fut une des premières dont le tribunal renouvelé s'occupa. Le 2 fructidor, on fit subir au prévenu un interrogatoire où il persista dans toutes ses déclarations', et
opposé autant qu'il éiait en son pouvoir et i sa connoissance à l'éleclion des arialocrates ...
On loi représente ses deux lettres :
R. Reconnottre ces deux lettres ainsi que la signature, qui est au bas, pour la sienne, déclarant de plus que les sentiments exprimés dans ces lettres sont gravés dans son cœur.
L'interrogatoire est suivi de cet arrêté :
c Vu les interrogations et réponses du nommé J.-B. Mitre Gonard...; vu deux lettres datées de Cette et signées Gonard;
< Le comité, considérant que ledit Gonard a, pendant le temps de la contrerévolution, accepté la place d'électeur pour nommer des représentants à l'assemblée illégale et contre-révolutionnaire qui devoit se tenir à Bourges ;
c Considérant que les principes qu'il manifeste dans les deux lettres écrites, l'une à la société populaire et l'autre au comité de surveillance, sont contraires aux lois de la République et que la manifestation de pareils principes enlraineroit infailliblement le peuple à un bouleversement général et à la guerre civile,
c Arrête que le mandat d'arrêt décerné contre ledit Gonard sera maintenu et que le présent procès-verbal sera envoyé à l'administration du district, conformément à la loi du 18 ventôse.
Délibéré à Aix en séance ce jourd'bui.
Sign/ : Guibuii, etc.
(Archives, W 439, n* 35, pièce 8 )
i. Voyez ci-dessus, t. IV, p. 137, la dénonciation eu bureau de surveillance du comité de salut public et la note de Robespierre, à la (in de messidor.
2. D. S'il n*a pas été nommé électeur, et même député à Aix et à Marseille, pendant le temps qu'il s'y tenoit des assemblées soi-disant électorales pour nommer de nouveaux députés à la Convention, d'après la dissolution projetée] par les fédéralistes de la Convention actuellement existante.
A répondu affirmativement, niais qu'il s'y e»t comporté en patriote.... Qu'il a cessé (ses fonctions ecclésiastiques) à la fin de nivôse dernier. Que ne pouvant servir la République comme prôtre, il a voulu la servir comme soldat.
A lui observé que cette intention paroit diamétralement opposée aux principes consacrés dans la lettre du 19 mat dernier, puisqu'il doit savoir que comme prêtre, il lui était défendu de répandre du sang.
R. Qu'ami de la patrie et soumis à ses lois, il n'a pas cru que, combattre les ennemis de la République, fût contraire aux principes de sa rel'gion qui lui ordonne de verser son sang, s'il faut, pour la patrie.
D. S'il n'a pas eu plutôt Tintention de fanatiser le bataillon des Phocéens,
380 CilAP. un. -- LE TRIBlTiAL RÉVOL DC 35 THERMIDOR.
le 5 il comparut en audience publique. L*acte d'accusation insistait principalement sur les lettres. La religion, le fanatisme, comme on disait alors, c^élait Tenncmi :
Leur date, 8*écriait Taccusaleur publia., leur suscrîption, les termes dans lesquels ces lettres sont contenues (conçues?) tout indique que, semblable aux chefs de cette horde de brigands de la Vendée, Taccusé cherchoit à alarmer les consciences timorées, à jeter le trouble dans les âmes faibles, en traitant d'apostats les prêtres constitutionnels, en feignant de déplorer la perte de la religion et la destruction prétendue de tout Fempire.
Et il en donne pour échantillon un extrait qui n'est pas textueP.
C'est sur ces lettres aussi qu^on porte particulièrement h débat à l'audience :
(lanit lequel il s utotl glissé, et l'ciigagfer] i ic réunir aux fédértliatet et aux ïtri^nnA» de la Vendée, que de combattre les eiuiemia de la République?
U. Qu'il per«itte dans sa réponse et qu'il n*a eu d'autre intention que de distendre la patrie et assure que si ses frères d'armes ne l'a voient connu prêtre, ou ne l'auroil jamais reconnu ni dans ses actions ni dans ses discours, qui ont constamment manifesté en lui l'ennemi de toutes les factions, sous quelque masque qu'elles se dirigeassent et surtout de celles qui, sous prétexte de religion, déchiroicnl dans la Vendée les entrailles de la patrie : ce qu'il se fait bon [fort] de prouver par uue attestai ion signée de la grande majorité de son bataillon.
D. A lui représenté deux lettres datées de Cette, du 19 mai de l'an de Vïa* carnation de N.-S. J.-C. dans le sein de la vierge Marie 1794. Sommé de déclarer si ces deux lettres sont de sou écriture et signées de lui?
R. Que ces deux lettres sont de son écriture et signées de lui.
D. S'il a un conseil?
(Archives, ibid.^ pièce 6.)
1. c Religion auguste, et qui doit exciter nos plus profonds respects, te voilà donc détruite! Le plus grand malheur c'est de survivre h tant d'outrages faits à la niajpslc divine. Pauvre patrie! que vas-tu devenir? Je n'ose le dire, le théâtre de toutes les horreurs, de tous les crimes. J'ai prononcé mon arrêt de mort, je m'en réjouis. On me verra monter sur l'échafaud en héros, avec tout le courage digne de l'homme sensible et du chrétien fidèle à ses principes. » Yoyei aux Appendices n* VIII les deux lettres su comité de surveillance d'Aix (19 mai) et à la société des antipolitiques républicains de la même ville, où se trouTe égalo.nicnt reproduite sa lettre à la Gonventioo.
MITRE 60NARD, PRËTR£. 281
D. Que vouliez-vous dire par la suscription d'une de .vos lettres ainsi conçue: a De Fan de Tlncarnation de N.-S. Jésus-Christ dans le sein de la vierge Marie? »
R. Rien autre chose que de dater mes lettres conformément à mes principes religieux et à la tradition admise par le christianisme.
D. Ce mode de computation n*est pas celui des républi* cains, et si vous aimez sincèrement la République pourquoi n*adoptez-YOUs pas dans vos écrits la date de son établissement?
R. Je suis Tami et le partisan du gouvernement républicain autant qu'on peut Tètre, et si j'ai employé un mode de date différent que celui reconnu par les républicains, il faut l'attribuer à une certaine habitude dont il est assez difficile de se défaire, si ce n'est par gradation.
Quant au rôle qu'il avait eu à remplir dans le mouvement de réaction du Midi contre la révolution du 51 mai, il ne le niait pas. Il l'imputait aux fausses nouvelles répandues par le journal de Corsas qui représentait la Convention comme environnée de fer et de baïonnettes. (Était-ce si faux le 31 mai et le 2 juin?) Mais, ajoutait-il :
Mon erreur a été momentanée. A l'arrivée du général Carteaux et des journaux patriotiques, la constitution a été acceptée par moi et d'autres victimes de l'artifice et de l'imposture aussitôt qu'elle a été présentée, et le 25 août nous étions aussi bons républicains que les Parisiens eux-mêmes.
D. Mais depuis l'acceptation de cette constitution, vous vous êtes permis d'écrire des lettres peu propres à faire croire à-votre attachement à la République. Elles sont au contraire dans le sens le plus fanatique et le plus contre-révolutionnaire; et lors même que vous étiez dans le bataillon des Phocéens, vous avez fait tous vos efforts pour fanatiser les défenseurs de la patrie.
283 GHAP. Lin. — LE TRIBUNAL RfiVOL. DU 33 THERMIDOR.
R. J*aYOue que fortemeot pénétré des dogmes fondamentaux de ma religion, j'ai quelque fois témoigné des regrets de les voir attaqués, mais je n'ai fanatisé personne : ferme dans mes principes je n'ai point cherché à les communiquer à d'autres ni à faire des prosélytes.
Les débats ont été fermés, et Gonard condamné» 5 fructidor (22 août 1794)' : exemple qui prouve qu'après comme avant le 9 thermidor la religion pratiquée autrement que ne l'entendait la Convention était un crime digne de mort.
L'échafaud à partir de ce jour fut rétabli place de Grève'.
Avec les religieux, les émigrés ou leurs complices, les délits de parole, quand il s'agissait des assignats ou du recrutement, rencontraient toujours la plus grande rigueur au tribunal.
Par exemple :
Le 6 (23 août), Pierre-Thomas Bailleiiokt, agent de change, accusé d'avoir procuré de faux certificats à des émigrés; pris au piège par un homme de la police qui se faisait passer pour teP.
Le 11 (28 août), Jean Servin, ancien notaire à Étampes, âgé de 70 ans, pour avoir mal parlé des assignats; dit que la banqueroute était inévitable ; détourné les volontaires de partir en leur disant : « Pourquoi allezvous vous battre? Gomment est-il possible qu'un tas d'imbéciles se fassent égorger sans savoir pour qui? »
i. Bulletin du trib, révoL, n» 6, p. 21-23.