‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 240 sur 333 · A. Lallié, le Sans-culot le Goullin, p · texte numérisé non relu

A. Lallié, le Sans-culot le Goullin, p

54Ï CIIAP. LIV. — LE OMITÊ RÊVOL. DB NANTES ET CARRIER.

nale. Si leur arrestation da reste avait suivi de près le rappel de Carrier, leur condamnalion se Gt attendre. Ce ne fut qu'après le supplice du père Duchesue et de Ronsin, quand il fut prouvé qu'il était permis de s'attaquer à celle sorte de patriotes que leur procès fut engagé et se termina brusquement par une condamnation à mort. Carrier ne put qu'en témoigner son ressentiment par des fureurs dont Vaugeois et Goullin, venus à Paris pour diverses affaires, ont rendu témoignage^

Lorsque Goullin revint à Nantes, il avait trouvé la situation singulièrement changée. Si le comité s'était vengé de Fouquet et de Lamberty, il trouvait un ennemi non moins acharné à perdre ses' principaux membres dans Phelippes-TronjoUy, ancien président du tribunal révolutionnaire, que Carrier, sur leurs instances, avait destitué de ses fonctions. Phelippes-TronjoUy, par des réclamations incessantes, pressait le comité de rendre ses comptes. Le comité usait de représailles en évoquant le souvenir du passé fédéraliste de Phelippes-TronjoUy*. Le débat devait se résoudre ailleurs. A Prieur de In Marne, du comité de salut public, avaient succédé Bô et Bourbotie, qui avaient vraiment clos, à Nantes au moins, l'ère de la Terreur, telle que Carrier l'avait inaugurée. Ils prirent une mesure qui semblait inspirée de la fable :

Car toi, loup, tu te plains, quoiqu'on ne t*ait rien pris. Et toi, renard, as pris ce que Ton te demande.

Le 24 prairial ils firent deux arrêtés dont l'un ordon-

1. A. Lnilié, le Sans-culotte Goullin^ p. 104 et suivantes. L'auteur suppose que, nin1;4rc co5 fureurs de parade, Cirrier ne fut pns fUché de la mort de Lani« licrty comme d'un liomme sur qui il pourrait désormais tout rejeter cl qui no n'clamcrnit plus {ibid., p 107).

%, Id.f iOid.y p. 100 et suivantes,

PHEI.IPP£S-TRONJOLLY ET LES MEUBRES DU COMITÉ. 543

nnil rarrestation de Goullîn et de plusieurs membres du comité, et l'autre renvoyait Phelippes-Tronjolly devant le tribunal révolutionnaire ^ La mesure qui frappait ce dernier était plus grave que celle qui atteignait les autres. Ce n'était pas impunément qu'on, pouvait comparaître alors devant le redoutable tribunal. Mais i'arrestation des premiers dissipa les craintes qu'ils inspiraient toujours, et alors les dépositions contre eux affluèrent à la municipalité. Les registres ouverts à cet effet en sont remplis ; et c'est un des. plus précieux monuments qui soient restés de cette époque : une main habile y a largement puisé les traits dont plusieurs sont ici reproduits*. La conséquence fut que. les membres du comité furent envoyés à leur tour au tribunal révolutionnaire (6 thermidor)'.

Quand ils arrivèrent à Versailles, on y parlait de la chute de Robespierre. Ils avaient dans leur compagnie un capitaine de navire, nommé Âbram, qui était, lui, envoyé au tribunal pour tout autre chose. On l'accusait d*avoir arboré la cocarde blanche et tenu des propos qu*on ne pardonnait guère, Robespierre étant au pouvoir. C'est par lui que l'on sait la vive impression que leur fit cette nouvelle. Goullin, se prenant la tcte à deux mains, et la laissant retomber sur ses genoux, s'écria : « Abl ciel! est-ce possible, Grandmaison? Si cela est,

nous sommes perdus. » Chaux s'arrachait les cheveux, pleurant, poussant des cris. Et comme Âbram, qui n'avait pas lieu de partager ces sentiments, leur en demandait les motifs : <c Robespierre, dit Chaux, est

1. A. Lallîé, le Sanê-culotU Goullin, p. 127 et 128. S. Id., ibid.^ p. 1*20 et sui?.

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