CHAP. LV. — LES QUATRE-VINGT-QUATOBZE NANTAIS, ETC
C'était en effet une véritable instruction que ce procès, une instruction contre les témoins, à Taide des accusés qui ne devaient pas tarder à leur céder la place. L'accusé Phelippes, reprenant la parole, dit encore :
Lors de la réunion des autorités constituées pour délihcrer, par oui ou par non, si on fcroit périr en masse les détenus, y a-t-ilcu un procès-verbal rédigé?
Le témolx. Il n*a été pris que des notes en cette occasion.
Le président. Quoi ! lorsque vous vous proposez de lixer, d'une manière irrévocable, le sort de vos concitoyens; quoi! lorsque vous mettez en question leur existence, et que, peutêtre, vous allez prononcer leur arrêt de mort, vous ne procédez qu'avec des notes à une délibération aussi sérieuse! Il faut convenir que la vie de vos concitoyens est à vos yeux d'une bien faible importance, et que le plaisir cruel de les sacrifier les uns après les autres, quoique [cj fût] la jouissance des Néron, des Tibère, des Caligula, éloit peut-être celle (lu comité! D'après des délibérations aussi lestes dans des cas aussi graves, quelle idée voulez-vous que nous nous fassions de votre justice, de votre humanité ; comment parviendrez-vous à nous persuader que vous n'avez pas participé aux noyades?
Le témoln. La vérité est cependant que je n'ai pris aucune part directe ni indirecte à ces actes barbares et iniques.
Le présuent. Vous m'ol>ligez de venir au secours de votre mémoire, et de vous représenter le reçu du 25 frimaire, par vous donné, des cent vingt-neuf détenus noyés, l'ordre de route donné par le commandant de la place : ces pièces prouvent que les noyades ne vous étoient pas inconnues, et que vous y avez peut-être participé plus qu'un autre.
L'accusé Phelippes. J'observe que dans ces noyades ont été enveloppés des enfants de guillotinés, de l'âge de 10, 12 et 13 ans; en vain de toutes parts demandait-on à s'embarquer, presque tous ont été refusés. Bachelier, homme fourbe et artificieux, mcnoit tout le comité; c'est lui qui a fait empri-