PARTICIPATION DE GOULLIN AUX NOYADES
quinze ce soir, me dit Goullin, qu'en as-tu fait? » Je lui réponds qu'ils ont été logés dans les chambres d'en haut: oc Eh bien, répond Goullin, qu'on me les fasse descendre. » J'obéis, ils sont descendus, liés et garrotés comme les autres : au lieu de cent cinquante-cinq, GouUin se contente de cent vingtrneuf ; mais ce nombre n'étant pas encore complété, le sensible, l'équitable GouUin, ordonne de prendre indistinctement les premiers venus, parce que le temps presse. Il jure, il demande ou ont été envoyés les autres ; je réponds que pour cause de maladies, ils ont été transférés aux Frères Quatre-Bras : oc Dépéchons-nous, répète Goullin, la marée baisse, il faut aller prendre les autres à l'hôpital » ; et c'est précisément ce qu'ils oublient, au milieu du désordre et de la confusion qu'ils mettent dans leur eipédition. Enfin, c'est à quatre heures du matin, que s'acheminent ces malheureuses victimes dévouées à la mort, sous le commandement de Goullin et de Grandmaison. Plusieurs de ces détenus n'avoient pas encore subi de jugement, les autres avoient été condamnés par la commission militaire à quelques années de détention, d'autres à quelques mois, et cependant je crois que tous, sans exception, ont été noyés*.
Cette addition de quinze noms à la liste dressée par le comité est un des traits les plus révoltants de cette abominable histoire. Comment les comprendre parmi les prétendus conspirateurs de cette prison? Ils y étaient arrivés de la veille, plusieurs jours après que la liste des conspirateurs avait été arrêtée. Et le fait n'était pas contestable ; il y en avait une preuve toute matérielle : ces quinze noms étaient écrits sur la liste d'une autre main et d'une autre encre. Richard, un des accusés, avait déclaré qu'ils étaient de son écriture; « qu'il les avait écrits sous la dictée de Goullin, à mesure qu'on les
i. Bulletin, p. 271 (audience da 1*' bramaire, 32 octobre 4794).
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faisait descendre »; et GouUin se borne à dire qu'il ne se rappelle pas ce fait \ C'étaient donc quinze hommes que, de sa seule autorité, cette fois, il envoyait à la mort.
(vouUin ne put nier rien de tout cela. Et parfois ses aveux sont d'une singulière impudence. Quand le président demande quel a été le terme de ces noyades, Grandmaison dit : c C'est ce que j'ignore. » Goullin : « Le comité n'a participé qu'à une noyade, je le certiGe sur mon honneur *. »
Cette attestation d'honneur en pareille matière fut assez mal goûtée de l'auditoire.
Il y a dans son interrogatoire d'autres mots où se trahit une âme d'une atrocité qui s'ignore. Comme on '4'accusait d'avoir dit à la tribune de la société de Sainte- Croix : « Prenez garde de recevoir parmi vous des modérés, de faux patriotes. Il ne faut admettre que des révolutionnaires, des patriotes ayant le courage de boire un veire de sang humain )>, il dit :
Qu'on avoit empoisonné ses observations, et que dans tous les cas, il se faisoit gloire de penser comme Marat qui auroit voulu pouvoir s'abreuver du sang de tous les ennemis de la patrie*.
Et un autre jour il dit aux jurés:
Vous aurez pitié de pauvres sans-culottes qui abhorrent à tel point les ennemis de la République qu'ils voudroient n'en former qu*une seule tête pour Tabattre d'un seul coup^.
Chaux était celui qui, après Goullin, avait eu le plus
1. Bulletin, p. 538 (audience du 14 brumaire an III, 4 noTembre 1794;.
2. Ibid,, p. 231 (IG oclobie 1704); cf. p. 271 (audience du 29 rendéiiiiiire 20 octobre).
3. Ibid,, p. 202 (audience du 4 brumaire an III, 25 octobre 1704). 4 Ibid.^ p. 379 (audience du 25 brumaire, 15 notembre 1794).
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de part à tous les excès du comité, à toutes ses inventions homicides; comme, par exemple, la conspiration du 22 brumaire, où Ton impliqua ceux dont on voulait se débarrasser en les envoyant à Paris \ et la conspiration du Bouflay, qui servit de prétexte à la noyade du 24 an 25 frimaire*. Ajoutez la dévastation, le pillage et rincendie des plus opulentes maisons du voisinage ; mais il s'en faisait un titre : a Vous avez donc oublié, s'écriait-il, le décret lancé contre les asiles des riches et desfprivilégiés : < Guerre aux châteaux, paix aux chau- « mières ! ' » — Les chaumières elles-mêmes étaientelles épargnées?
Grandmaison avait eu un rôle particulièrement odieux dans la noyade du 24 au 25 frimaire. Les malheureux avaient été jetés dans une gabare que Ton ferma en clouant des planches. On faisait courir le bruit qu'on les menait à Belle-Ile — mais tout bas on disait : à Tile chaviré (Cheviré) :
Avant d'arriver, dit un témoin envoyé sur la gabare avec cinq autres pour contenir les détenus, j'entendis des cris épouvantables ; ces malheureux crioient : « Sauvez-nous, il est encore temps. » ils s'étoient détacJics, ils passoient leurs mains, et leurs bras entre les planches et crioient miséricorde. J'ai vu Grandmaison avec son sabre abattre les bras de ces victimes... Dix minutes après j'entends des charpentiers placés dans des batclets frapper la gabare à grands coups de hache. La gabare enfonçoit; nous ne fûmes pas avertis. Je me crus perdu, nous sautâmes dans des balelets qui nous conduisirent à terre. Je vis Goullin sur le port.
Affilé me dit qu'on a voit pratiqué à la gabarre deux petits