REQUÊTE DE 60ULLIN CONTRE CARRIER
paroisse au tribunal ; les juges, le peuple enfin doivent apprendre que nous ne fûmes que les instruments passifs de ses ordres et de ses fureurs.
Qu'on interpelle tout Nantes : tous vous diront que Carrier seul provoqua, prêcha, commanda toutes les mesures révolutionnaires.
Carrier força le président du tribunal de faire guillotiner, sans jugement, quarante Vendéens pris les armes à la main; Carrier força la commission militaire de fusiller légalement trois mille brigands qui empoisonnoient la cité.
Carrier donna droit de vie et de mort sur les rebelles à Lamberty et Fouquet, qui abusèrent de leur pouvoir pour immoler jusqu'à des femmes enceintes et des enfants.
Carrier, lors d'une insurrection au Bouffay, et de la menace d'une invasion de l'armée catholique, proposa aux administrations réunies de faire périr les prisonniers en masse.
Carrier ordonna de noyer cent quarante-quatre individus, dont le sacrifice importoit, croyoit-il, au repos de la prison et de la cité. Carrier seul donna enfin cette impulsion terrible, qui jeta hors des bornes, des patriotes ardents, mais égarés.
Citoyens jurés, vous dont le maintien calme annonce l'impartialité, vous ne prononcerez pas sur le sort de tant de victimes égarées, sans avoir entendu l'auteur de tous nos maux et de toutes nos fautes. Que Carrier paroisse; qu'il vienne justifier les malheureux agents, ou qu'il ait la grandeur de s'avouer seul coupable K
L'accusateur public demanda que la pièce, signée de Goullin à toutes les pages, fût déposée sur le bureau et envoyée au comité de sûreté générale, et le tribunal, y faisant droit, en ordonna l'envoi séance tenante.
La Convention se trouvait donc officiellement saisie d'une plainte contre Carrier : il n'était pas possible qu^elle tardât plus longtemps à prendre un parti.