‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 318 sur 333 · Y. ROBESPIERRE, ETC. RAMENÉS DE L'HOTEL-DË-YILLE · texte numérisé non relu

Y. ROBESPIERRE, ETC. RAMENÉS DE L'HOTEL-DË-YILLE

lui tira un coup de pistolet au corps. On est à la recherche des autres conjurés.

5^ On amène Robespierre au comité de salut public, il est toujours porté de la même manière par les mêmes hommes. Il se cache la figure avec son bras droit. L'espèce de cortège s'arrête un instant au pied du grand escalier; des curieux viennent augmenter la foule ; plusieurs d*entre eux qui en étaient le plus près lèvent son bras pour voir sa figure. L'un dit : // n'est pas mort^ car il est encore chaud. Un autre dit : Ne vVà't4l pas un beau roi? Un autre dit : Quand ce seroit le corps de César! Pourquoi ne pas V avoir jette à la voierie? Les porleurs ne veulent pas qu'on le touche et ceux qui tiennent les pieds disent à ceux qui sont à la tête de la tenir bien élevée, dans Tintention de lui conserver le peu de vie qui lui reste.

L'on monte enfin avec le fardeau jusque dans la grande salie du comité ; on le dépose sur une grande table, à l'opposé du jour ; oh pose sa tête sur une boite remplie de mor« ceaux de pain de munition moisis.

Il ne remue pas ; mais il respire beaucoup, il pose sa main droite sur son front; on voit qu'il cherche à se cacher le visage; quoique défiguré il donne encore quelques signes d'affectation. Quelques fois les muscles frontaux se rapprochent et son front devient ridé. Quoique ayant l'air assoupi, l'on voit que ses blessures lui font ressentir de grandes douleurs.

Il entre du monde pour voir Robespierre, chacun en dit ce qui lui vient à l'idée.

Parmi ceux qui l'avaient amené il y avait un pompier et un canonnier qui ne cessaient de lui parler. Us avaient toujours quelques mots plaisants à lui adresser. L'un lui disait: Sire^ Votre Majesté souffre. L'autre : Eh bien, il me semble que tu as perdu la parole^ tu n'achèves pas ta motion^ elle était bien commencée. Ah il faut que je dise la vérité : tu m'as bien trompé, scélérat. Un autre citoyen a dit : Je ne connais qu'un homme qui ait bien connu fart des tyrans ; cet homme est Robespierre.

4i2 APPBfDiCES

On amène SamlnJost, Domaâ, Payan» Ions trois garoUés ; ce sont des gendarmes qui les escortent. Os restent nn bon quart d'heure debout à la porte de la salle dn comité ; on les fait asseoir dans Tembrasure d'une fenêtre ; ils n'ont encore proféré aucune parole, fies plaisants font écarter les personnes qui environnaient ces trois hommes et disent : Retirez-vous donc que ces me$$ieur$ voient leur roi dormir sur une table tout comme un homme. Saint-Just a tourné la t^ pour voir Robespierre. Saint-Just avait une figure abattue, humiliée, ses yeux grossis peignaient le chagrin.

Dumas dont la figure est naturellement maigre et décharnée, et nullement colorée, ne paraissait pas très affecté ; il avait un air rêveur, un regard fixe et ne faisait aucun mouvement. Il agitait seulement ses doigts proche de sa cuisse.

Payan avait un air quelquefois moqueur; on le voyait sourire ; étant assis, il fit un signe de tête comme pour dire, je ne crains pas la mort. Mais ce sentiment ne reste pas long* temps peint sur sa figure ; la peur se répand parmi ses traits, et son visage devient abattu.

Dumas dit : Pourrais-je avoir un verre d^eaUy gendarme? On lui va chercher ce qu'il demande et Payan regardant Saint-Just : Vous pouvez bien en apporter trois. Il n'y avait d*eau que pour deux; et il se passe quelque temps avant d'en avoir donné autant à SainfrJust. C'est alors que ce dernier parle. Il avait depuis quelques instants les yeux fixés sur l'acte constitutionnel qui est affiché dans la salle. Il avance le bras comme pour le montrer et dit d'un ton de voix fort bas : Voilà pourtant mon ouvrage... et le gouvernement révolutionnaire aussi. Il en dit davantage et proféra même une phrase d'assez longue haleine, mais il ne fut entendu que par le gendarme qui était le plus proche de lui. Le gendarme lui répondit sur un ton assez ironique. On lui apporte un verre d'eau, il n'en boit qu'une petite partie et rend le verre en disant : merci.

Peu de temps après, Ëlie Lacoste arrive, ou lui montre les captifs, il dit : // faut les mener à la Conciergerie ^ Us sont hors de la loi. On les emmène.

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