‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 43 sur 333 · FEMME CONDAMNÉE SUR LES GRIEFS IMPUTES AU MARI · texte numérisé non relu

FEMME CONDAMNÉE SUR LES GRIEFS IMPUTES AU MARI

qui, avec la sentence du fils, reproduit Taccusation contre le père est une pièce où l'iniquité du tribunal est inscrite en caractères de sang.

Le fils a été condamné sur l'acte d'accusation de son père; mais la fille, la sœur du jeune Saint-Pern a été condamnée elle-même sur l'acte d'accusation de son mari. On lit en effet dans cette même pièce (et ici tout l'odieux retombe sur l'accusateur public) :

Comuillicr, gendre de Saint-Pern, et sa femme était aussi complice de la conspiration Magon et Tun des assassins du peuple dans la journée du 10 août.

L'imputation ne peut s'appliquer qu'à Gornuiller, et c'est lui seul que le fait concerne; mais les mots et sa femmôt dont l'addition rend la phrase incorrecte, ont suffi pour y impliquer sa femme et la faire condamner avec lui I

Elle ne fut pas exécutée, quoiqu'on dise la Liste très exacte qui la porte au n"" 2322 de ses victimes : elle était grosse de sept mois. Elle put ainsi l'année suivante reparaître dans la même salle, à l'audience où l'on jugeait ses juges et leur demander compte de cet assassinat. Les jurés auraient pu en décliner la responsabilité. Qui se souvenait de lesavoirvussiégeant ce jour-là?et le procès-verbal couvrait leurs noms par son silence : il est resté en blanc. Mais pour elle, elle n'avait pas oublié Renaudin, Ghâtelet, Prieur, rangés en ce moment avec Fouquier-Tinville, au banc des accusés : et elle avait pour les convaincre une preuve accablante, c'est le papier dans lequel son mari lui avait envoyé ses cheveux avant de marcher au supplice : ce papier se trouvait être la liste des jurés. Quant aux juges, ils auraient nié en vain : leurs noms

58 GHAP. XLYI. — CONSPIR. DES PRISONS : LES CARNES.

sont apposés à la sentence: Dumas, Harny, Lohier. Dumas avait expié ses crimes avec Robespierre. Harny et Lohier étaient compris dans le procès de Fouquier-Tinville.

Fouquier dit : « Je n*ai pas siégé. Luhier : « L'acte d'accusation ne me regarde pas. Harny : c Après le 22 prairial les juges étaient comme des bûches. »

— Mais c'est aussi avec des bûches qu'on avait massacré à la Conciergerie au 2 septembre, — témoin le cachot de a la bûche nationale; » et des juges de celte espèce sont plus redoutables encore que ces bûches-là.

Avec eux Ggurait comme conspirateur aussi, mais dans un autre genre, un ultra-révolutionnaire, le citoyen DucuESNE dit DuQUESNE qui pourtant n'avait négligé aucune manifestation publique de son patriotisme. On lisait dans le procès-verbal de la Convention nationale du 27 septembre 1793 :

Le citoyen Duchesne dit Duquesne, membre de la société des sans-culottes de Versailles, fait hommage à la République de quinze livres en numéraire, le seul qui lui reste, ne voulant, dit-il, rien conserver qui puisse lui rappeler le souvenir d*un tyran dont le nom seul est un crime.

Mention honorable^ insertion du procès-verbalK

Le 18 ventôse, autre offrande avec un autre sacrifice :

Le citoyen Duchéne dit Duquesnc sans-culottes et homme libre dépose ses lettres d*avocat, qu'il brûle de voir la proie des flammes. Il y joint dix pièces d'argent qu'il consacre aux frais de la guerre et invite la Convention à no quitter son poste que quand elle sera entièrement terminée, c'est-à-dire après la chute complète des tyrans couronnés.

Mention honorable du don et insertion de la lettre par extrait ati Bulletin ^

1. ArchiTes, W 423, dossier 058, 2* partie, pièce 25. — 2. ttfid., pièce 50.

LE PATRIOTE DUCRESNE, LE GREFFIER LEGR1S. 59

Et c*esl ce grand patriote qui était traduit devant le tribunal comme conspirateur, ni plus ni moins qu'un simple contre-révolutionnaire. Il adressa à ses juges un mémoire en neuf grandes pages où il racontait la part active qu'il avait prise à la révolution depuis 1789 :

J'ai toujours été, disait-il, et je suis encore un des plus chauds apologistes des journées mémorables du 14 juillet, du 31 mai et du 20 juin ^ J'ai été assez heureux pour me trouver à celle du 10 août et mille fois, dans le fort de l'action, j'ai formé le vœu de voir le sang du Néron français se mêler a celui des infirmes satellites qu'il avait soudoyés pour égorger les pères, les colonnes et les défenseurs de la plus sage et de la plus belle des révolutions *.

II produisait une attestation de son perruquier :

Un patriote se devant tout entier à un patriote opprimé, je soussigné déclare en mon âme et conscience que depuis cinq ans que je suis le perruquier du feu (sic) Duchesne dit Duquéne, je l'ai toujours vu l'ami le plus chaud de la Révolution '.

De plus, écrivant au citoyen Taschereau pour qu'il prit sa défense, il lui disait en post-scriptum :

Fais-moi le plaisir, mon bon ami, de communiquer ma lettre aux incorruptibles Robespierre et CoUot d'Herbois \

Mais il y avait une autre manière d'être conlre-révolulionnaire : c'était de passer la limite marquée à la Révolution par « l'incorruptible Robespierre » : et c'est à ce titre que Duchesne était confondu parmi les autres.

Un homme que l'on était bien étonné aussi de trouver là et en pareille compagnie, ce fut le commis greffier

i. 31 mai 1795 et SO juin 1792.

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