‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 46 sur 333 · W.,pU'eesl4,i5ctïO · texte numérisé non relu

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62 CHÀP. XLYI. — COxNSPIR. DES PRISONS : LES CARMES.

aristocrate, ne sachant seulement pas ce que c'était qu'aristocrate, comme elle l'avoue dans l'interrogatoire qu'elle subit en la maison de la Providence où elle était détenue (23 floréal). Mais elle en dit assez pour t}u'on la pût juger vraie aristocrate. Elle convient qu'elle a porté une cocarde blanche, il y a environ sept mois :

D. Si elle n*a pas dit dans certaines occasions qu'elle s^ faisoit honneur d'être aristocrate et qu'elle porterait la cocarde blanche?

R. Qu'elle ne sait pas ce que c'est que d'être aristocrate ou démocrate, mais qu'elTectivement elle a dit qu'elle se faisoit honneur d'être aristocrate.

D. Dans quelle occasion elle a tenu ce propos.

R. Qu'elle croit que c'est pour la meilleure raison que quand une personne, comme elle, est portée pour son roi, elle doit faire son devoir.

D. Pourquoi elle a porté une cocarde blanche ?

R. Que c étoit une idée qu'elle a eue de porter plutdt cellelà qu'une autre.

A elle représenté que la cocarde blanche étoit la cocarde royale, et que d'ailleurs la loi défcndoit de porter une cocarde blanche^ et prescrivoit au contraire d'en porter une aux trois couleurs nationales.

R. Qu'elle ne sait pour quelle raison on porte une cocarde et qu'elle ne croit pas qu'il appartient aux femmes d'en porter.

D. Pourquoi, ne sachant pas ce que c'est d'être aristocratCi elle a dit qu'elle se faisoit honneur d'être aristocrate?

R. Que sur ce qu'on l'ctourJissoit continuellement en la traitant d'aristocrate, elle a répondu qu'elle s'en faisoit bon* neur, ou plutôt : « Eh bien! oui, je m'en fais honneur,» qnoi qu'elle ne sache pas ce que c'est d'être aristocrate.

D. Quelle raison elle a de dire qu'elle doit être portée pour le roi?

UNE PAUVRE FILEUSË, ARISTOCRATE : AU6. OUYIER. 63

R. Qu'étant d*une famille comme elle est, elle doit plutôt tenir pour le roi que pour toute autre personne.

D. Ce que faisoicnt ses parents et si elle en a encore quet qu'un ?

R. Que son père étoit marchand brasseur en cette commune et sa mère marchande de clair |(linon?) et de dentelles; qu'ils sont morts Tun et l'autre; que quant à ses autres parents, elle les regarde comme n'existant pas, parce qu'ils ont atTccté de la méconnoilre.

A elle représenté que si ses parents avoient été ce qu'on appelle des ci-devant, des nobles par exemple, on pourroit peut-être concevoir une raison des sentiments qu'elle manifeste* parce que c'est un préjugé plus invétéré dans cette caste que dans toute autre personne; mais qu'étant de la classe du peuple elle a plutôt à s'applaudir du nouvel ordre de choses qu'à s'en plaindre.

R* Que ses sentiments ne font de tort à personne.

A elle observé que peut-être ils ne feront de tort à personne, si elle les retenoit en elle-même ; mais qu'en les manifestant ils deviennent fort nuisibles.

R. Quelle n'a jamais parlé de ses sentiments; à moins qu'on ne la fit parler et qu'on no Tinterrogeât; qu'au reste, elle ne parlcroit plus, puisqu'on répétoit ce qu'elle disoit.

D. Si elle auroit été engagée à tenir de pareils propos ou si elle les répétcroit parce qu'elle les auroit entendus ?

R. Que ce qu'elle a dit est d'elle-même, que personne ne Ta engagée à dire ce qu elle a dit et qu'elle n'a entendu de personne les propos qu'elle a tenus... qu'elle ne se rappelle pas les avoir tenus ailleurs que dans la maison d'arrêt où elle est retenue.

A elle représenté encore une fois qu'il est bien étonnant qu'étant née dans la classe que l'on appeloit ci-devant le tiers-état, elle manifeste de pareils sentiments et qu'elle ne peut ignorer qu'elle se rend coupable en manifestant de l^attachement pour le roi, tandis que le peuple français, re-

prenant ses droits^ Ta fait mourir sur un échafaud comme un tyran digne de tous les supplices.

— La réponse est caractéristique :

R. Que n*ayant jamais entendu sonner comme on faisoit ci-devant la mort d*un roi, ni vu qu'on lui rendit aucun honneur, elle ne sauroit croire, quoiqu'on lui répétât que la chose fût vraie : parce qu'elle ne croit pas qu'on puisse punir un maître.

D. Comment, elle qui se dit assez ignorante pour ne point savoir ce que c'est d'être aristocrate ou démocrate, elle se croit néanmoins assez instruite pour faire une assertion pareille et dire que l'on ne puisse pas punir un maître?

R. Que c'est ce qu'elle croit et qu*elle pense qu'on ne peut pas punir le roi, parce qu'il est notre maître à tous K

Leçon de droit constitutionnel un peu arriéré, qui la fit envoyer au tribunal et du tribunal à Téchafaud*.

2 (20 juillet}. Le jeune démagogue Rousselin et tes compagnons, acquitté»; nombreux préTenus de province : quatorze condamnés, treize acquittés; un prétfe, omis dans la condamnation et compris dans l'exécution

(20 juillet). Dans la première section (salle de TÉgalilé), seize accusés, tous acquittés; mais c'étaient des enragés qui avaient fatigué la ville de Troyes de leurs excès et dont on avait espéré bien à tort se délivrer par le tribunal révolutionnaire' ; Le jeune démagogue Alexandre RoussELiN, le chef de la bande n'y trouvait que des admirateurs et des amis. Il en sortit donc avec les hon-

i. ArchÎTCS, yi 422, dossier 857, 3* partie, pièce 6.

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