CONSPIRATION DE SAINT-LAZARE
Saint-Lazare. Dans cette prison, inaugurée seulement comme maison de suspects le 29 nivôse an II, la dureté de l'administrateur de police Michel et de son successeur Gagnant avait été tempérée par l'humanité du concierge Naudet. Mais Bergot, succédant à Gagnant, avait rem^ placé Naudet par Semé, un homme de sa trempe, et tous les deux semblaient s'entendre pour opprimer les malheureux, les injuriant, les volant, et ne les volant pas seulement pour les voler, mais pour leur imposer les privations les plus cruelles, a Ces monstres, » disait Bergot, en enlevant à un prisonnier une tabatière où était le portrait de sa femme, a ces monstres se consolent avec les portraits d'être privés des originaux, et ils ne s'aperçoivent plus qu'ils sont en prison \ » -—Et les dé-tenus ne conspiraient pas.
11 fallut donc, là aussi, aider à la conspiration, inventer un complot. L'Italien Manini, dénonciateur émérite, et le serrurier Coquery en furent, l'un l'organisateur, l'autre l'instrument aveugle. Il s'agissait d'un projet d'évasion ainsi combiné : on devait d'abord scier le barreau d'une fenêtre (c'était l'affaire du serrurier Coquery) ; de cette fenêtre à la terrasse du jardin il y avait vingt-cinq pieds, et sous la fenêtre la guérite d'une sentinelle. C'est pardessus la guérite de la sentinelle que l'on aurait, au moyen d'une planche, établi, de la fenêtre à la terrasse, un pont par où tous les prisonniers s'échapperaient. Voilà le complot de Saint-Lazare. Il est bien entendu que les
i . Voyei sur U prison de Saint-Lazare une relation d'un détenu sous ce titre : Auauinaia commis iur 81 prifonniers de la prison dite Saint-Lazare, les 7, 8 el 9 thermidor par le tribunal révolutionnaire ^ les moutons et les fabricateurs de conspirations dans ladite prison ; ensemble les horreurs gui furent exercées envers les détenus de ce tombeau des vivants (3 p. in-S; signé Kon^t dite).
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prisonniers, une fois sortis» devaient a assassiner les membres du comité. ^
Dès le 23 messidor, le surlendemain de la troisième fournée du Luxembourg, on attaqua Saint-Lazare sur ce fondement, et l'administrateur de police Faro (que nous avons vu aux Carmes), fut chargé d'y faire une enquête où il entendit un certain nombre de détenus : Manini et Goquery, les principaux auxiliaires de l'administration en cette affaire. Scelle, Gauthier, Desisnard, Àllain et le concierge Semé; enquête dont le procès-verbal est resté au dossier ^
Ces déclarations recueillies et le plan dressé, il n'y avait plus qu'à former les listes des conspirateurs, c'està-dire des victimes.
On commença par établir comme concierge à Saint- Lazare, en remplacement de Semé, un peu compromis par l'enquête^ Yerney que nous avons trouvé guichetier auLuxembourg, homme éprouvé, on Ta vu, dans ces sortes de manœuvres; et il brûlait de se signaler dans son rôle de premier sujet sur ce nouveau théâtre : a Je les ai f... au pas au Luxembourg, disait-il fièrement, je lés f... de même au pas ici*. »
On trouva facilement à lui adjoindre des racoleurs de noms, des agents provocateurs, parmi les patriotes du lieu. Un ancien détenu de Saint-Lazare, Boucher, dont le frère fut victimeen ces journées, signale particulièrement, avec Yerney, le concierge, et Manini, que nous avons nommés, quelques autres détenus :Jobert le Belge, Pépin Desgrouettes, Roger La Pointe, Lepêcheux, Robinet, Horace Molin'.
i. Voyes rappeodioe n* III, à la fin du volame.