‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 75 sur 333 · LES DÉUTEURS ET FAISEURS DE LISTES · texte numérisé non relu

LES DÉUTEURS ET FAISEURS DE LISTES

Maaini, homme de lettres, assigné comme témoin au procès de Fouquier-Tinville, ose soutenir devant ces nouveaux juges la réalité du complot qu'il dénonça :

Coquery, dit-il, mon camarade de chambre à Saint-Lazare, éioit dans la misère; il partageoit mes haricots, et servoit dans la prison des individus contre-révolutionnaires, qui ienoient ouvertement des propos contre la Convention pendant leurs repas; il m'en informa. Je lui dis qu'il falloit s'assurer du fait avant d'en instruire le gouvernement. Je me mis aux écoutes à la porte d'une chambre, et j'entendis moimême le complot. J'écrivis au comité de sûreté générale pour Pinformer de ce qui se passoit ; je crois que ma lettre fut envoyée à la police, j'ignore où elle est. Nous courions des dangers; il est de principe qu'ils vouloient descendre et assassiner les factionnaires, d'autres menaçoient de tirer sur nous; voilà pourquoi j'ai reçu la dénonciation de Coquery; je l'ai acceptée, vérifiée, et rédigée.

Je pressai bien ce petit bulletin, je le mis au fond d'une boite de fer-blanc, je mis du sucre par dessus pour mes enfants, et je chargeai ma femme de le remettre au comité de sûreté générale, qui a dû le faire parvenir à Fouquier. Lanne est venu m'interroger ainsi que d'autres ; il me demanda s'il existoit une conspiration à Lazare. Je répondis affirmativement.

Je donnai la liste des noms ; elle est signée de Coquery, dénonciateur, et de moi ; je dis à Lanne que le danger étoit en dehors et non en dedans. Je vins ici en déposition les 6, 7 et 8 thermidor. Je déclarai que les chefs de la conspiration étoient AUain, Deselle, Isnard et Gauthier; je déclarai les autres comme complices directs ou indirects, je disois : « Je crois qu'un tel est complice. » Lorsque je parlai contre l'un des chefs, qui étoii un officier municipal, il avoua qu'il ne pouvoit m'en vouloir; que ce que je disois étoit vrai. Je demande la lettre que Fouquier doit avoir ; c'est Prainpret qui l'a écrite.

104 GHÂP. XLYIIL — GONSPIR. DES PRISONS : SAINT-LAZARE.

Un juré au témoin. Quels sont les propos que vous avez dit avoir entendus à la porle d'une chambre?

Le témoin. Leur objet était de descendre avec des cordes» d*assassiner le factionnaire, etc. Aliain disoit que la Convention étoit une bande de scélérats.

Cambon, substitut. Comment avez-vous imaginé que ces quatre individus pouvoient assassiner la Convention?

Le témoin. Le dehors étoit plus dangereux que le dedans ; ils disoient : «( Nous avons du monde en dehors. » Dans le mois de nivôse, Aliain dit : a Je suis secrétaire du fédéralisme de Caen; nous nous vengerons. » Il y avoit vingt ou trente complices : tous ces individus n*ont pas été jugés pour conspiration, mais pour des délits particuliers. Je n'ai pas indiqué les témoins, je crois que c'est Pépin Desgrouettes.

Fouquier. Je n'ai pas reçu la lettre dont a parlé le témoin, je n'ai pas été à Saint-Lazare, je n'ai eu nulle correspondance avec Coquery et Maiigny (Manini) ni avec Pépin. Les listes m'ont été envoyées par le gouvernement, signées des membres du comité. Les noms des témoins m'ont été transmis par la même voie^

Verney fut moins franc devant le tribunal, mais assez d'autres Pavaient entendu à Saint-Lazare ; car il trahissait sa participation au complot par son langage. Selon le témoin Boucher', il disait à une femme Desfossés (de Fossé) y qui demandait d'autre nourriture que des aliments salés à cause de sa grossesse : c II faut bien que tu en manges, tu n'as pas si longtemps à en manger ; » c'était le 6 : elle fut guillotinée le 8 ; et à un autre : c La guillotine n^alloit pas mal au Luxembourg, elle ne va pas mal dans cette maison depuis que j'y suis. Je porte bonheur à la maison*. » Coquery n'était pas seulement du

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