‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 122 sur 451 · Ibid., pièce · texte numérisé non relu

Ibid., pièce

i70 CHAP. XVIII. - {« VENDÉMIAIRE-U FRIMAIRE.

.. Quel osf, disait-elle, le mobile qui a dirigé les hommes qui m'ont impliquée dans une affaire criminelle ? La haine et l'imposture.

Robespierre m'a toujours paru un ambitieux sans génie, sans âme ; je l'ai toujours yu prêt à sacrifier la nation entière pour parvenir à la dictature. Je n'ai pu supporter cette ambition folle et sanguinaire, et je l'ai poursuivi, comme j'ai poursuivi les tyrans.

Les loix républicaines nous promettaient qu'aucune autorité illégale ne frapperoit les citoyens; cependant un acte arbitraire, tel que les inquisiteurs mêmes de l'ancien régime auraient rougi d'exercer sur les productions de l'esprit humain, vient de me ravir ma liberté au milieu d'un peuple libre.

Et elle refait pour le public l'histoire de son placard et de son arrestation, comme elle l'avait présentée dans son interrogatoire à son juge1.

Elle n'eut de nouvelles du tribunal que trois mois plus tard pour comparaître devant lui.

L'acte d'accusation lui reprochait d'avoir fait imprimer Les trois unies ou le salut de la patrie , dont nous avons parlé; il lui reprochait en outre d'avoir écrit une pièce : La France sauvée ou le tyran détrôné*, où elle mettait « dans la bouche du monstre qui dépassa les Messaline et les Médicis » ces expressions impies : « Les « faiseurs d'affiches, ces barbouilleurs de papiers, ne « valent pas un Marat, un Robespierre; sous le spécieux « langage du patriotisme, ils renversent tout au nom

1. Archive», W 293, dossier 210, pièce 31. Le 9 septembre c'est à l'accusateur public qu'elle écrit [ibid,, pièce 27) ; le 21, elle adresse ses ouvrages au président pour qu'il les connaisse \ibid., pièce 28).

2. « Dra^mc en quatre actes, comme elle l'appelle (même dossier, pièce 23), où elle parait surtout préoccupée de se mettre en scène. S» visite au château et sa conversation avec Mme de Lamballe y tient une grande place.

« du peuple, ils servent en apparence la propagande, el « jamais chefs de faction n'ont mieux servi la cause des c rois, * etc. On l'accusait en outre d'être l'auteur de deux placards : l'un, Olympe de Gouges, défenseur de Louis Capet, composé à l'époque du procès du roi1; l'autre, Olympe de Gouges au tribunal révolutionnaire, dont on ne dit ni la date ni l'occasion.

On entendit trois témoins et le Bulletin n'en cite qu'un seul : c'est l'afficheur qui dit qu'invité à placarder Les trois urnes, il s'y était refusé, ayant vu ce que c'était. Était-ce un témoin à charge ou à décharge? Il donnait, il est vrai, son opinion sur le placard, mais il constatait en même temps qu'il était resté sans publicité. Olympe de Gouges répète ici qu'elle l'avait composé au mois de mai, voyant l'agitation qui se manifestait à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, dans l'espoir qu'en laissant à chacun de se prononcer sur le gouvernement à établir elle pour* rait réunir tous les partis et prévenir la guerre civile. Elle affirmait qu'elle était pour le gouvernement républicain, et que depuis longtemps elle professait ces principes, comme les jurés le pourraient voir dans son ouvrage : De l'esclavage des noirs. Quant à la pièce du Tyran détrôné, elle disait que, faisant parler la « femme Capet », elle ne pouvait lui mettre dans la bouche le langage d'un sans-culotte.

Elle ajouta pour sa défense « qu'elle s'était ruinée pour propager les principes de la Révolution» qu'elle était la fondatrice des sociétés populaires de son sexe, » etc.

i. On a exposé au Musée des ArchWes (vitrine 208, n» 1330) la lettre d'Olympe de Gouges offrant de défendre Louis XVI, à côté de la lettre signée : « Le républicain Target » qui le refuse (n° 1328).

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