‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 13 sur 451 · SON JUGEMENT · texte numérisé non relu

SON JUGEMENT

diction, ce lien entre lui et les Girondins étant établi, on s'était abstenu de le faire comparaître avec ses prétendus complices. Par une autre insulte au bon sens comme aux règles judiciaires, ce fut le rapport contre les Girondins, où il n'était pas question de lui comme accusé, qui fut lu en forme d'acte d'accusation.

Son interrogatoire public, analogue à celui qu'il avait subi devantle juge, achève de montrer comment on prétendait le rattacher aux Girondins récemment condamnés. Il avait dans son intimité Sillery, qui était ami des Girondins. Il avait consenti que Pétion accompagnât la femme de Sillery (Mme de Genlis) dans un voyage qu'elle fit en Angleterre avec sa fille à lui, la princesse Louise-Eugénie- Adélaïde. Il convenait de ces faits; il en avait donné et il en renouvelait l'explication, niant tout autre rapport, soit avec les autres Girondins, soit avec Dumouricz. Mais il avait vu Pitt : — c'était au cours d'une mission qui lui avait été donnée pour Londres en 1789, avec approbation de l'Assemblée nationale, dans le dessein ou sous le prétexte de prévenir une rupture avec l'Angleterre ; — et puis n'était-il pas prince, quoi qu'il eût fait pour se dépouiller de son titre, de son nom? N'était-il pas riche, et n'avait-il pas fait des largesses? C'est par là que son interrogatoire se termine.

D. Pourquoi dans la République souflriez-vous qu'on vous appelât prince?

R. J'ai fait ce qui dépendait de moi pour l'empêcher ; je l'avais même fait afficher à la porte de ma chambre, en observant que ceux qui me traiteraient ainsi seraient condamnés a F amende en faveur des pauvres.

D. Quelles étaient les vues des grandes largesses que vous avez laites pendant la révolution ?

R. Je n'ai point fait de grandes largesses ; j'ai été assez heureux pour soulager mes coucitoyens indigents au milieu d'un hiver rigoureux, en vendant une petite portion de mes propriétés * ,

Quant à Coustard, ancien lieutenant des maréchaux, commandant de la garde nationale de Nantes et député à la Convention1, ses rapports avec les Girondins étaient encore bien moins établis. Aucun fait n'était cité. On en était réduit à lui reprocher d'être resté à Nantes après la mission qu'il avait reçue, au lieu de revenir au sein de la Convention. Il répondait :

J'étais dans l'alternative d'opter entre le poste de représentant du peuple et celui de servir dans l'armée de la République ; je n'ai pas voulu revenir, parce qu'il aurait semblé qu'il y avait lâcheté de ma part, d'autant plus que les rebelles à cette époque menaçaient Nantes.

D. Un homme de plus ou de moins n'était pas dans le cas d'empêcher les rebelles démarcher sur Nantes.

R. Un homme fait beaucoup, lorsqu'il a la confiance de ses concitoyens pour les mener aux combats.

D. N'êtes-vous pas, au contraire, resté à Nantes dans l'intention de favoriser les projets hostiles des brigands de la Vendée, et ne leur avez-vous pas fait passer des munitions de guerre et de bouche ?

R. Je ne suis resté à Nantes que pour les combattre.

D. Quel genre de conduite y teniez-vous ? ' R. Ma conduite était publique, les généraux Canclaux et Merlin pourront le certifier5.

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