LE CRÉOLE LÉON DUFRESNE
l'un sur l'autre, c'était admettre une autorité supérieure à la Convention.
Interrogé de répondre sur cette question,
À répondu qu'il ne connoissoit d'autre autorité supérieure que la Convention, mais qu'on espéroit par le secours des puissances étrangères, qu'il y auroit une autorité future, supérieure à la Convention l.
Tous les neuf furent condamnés et exécutés.
Dans la môme audience, était condamné pour le même délit, Léon Dcfresne, officier de santé, âgé de trente-deux ans, nouvellement arrivé de Saint-Domingue. Il osait bien écrire à ses amis d'outre-mer qu'en venant à Paris il était tombé de Charybde en Scylla. Ses lettres écrites, du 23 au 28 juillet, ne donnaient pas beaucoup de larmes à Marat et ne faisaient pas, il faut en convenir, un tableau flatté de la situation ; encore ne se chargeait-il pas de tout dire :
... Je n'ose vous en dire davantage, car la liberté est modifiée de manière qu'on n'ose dire ce qu'on pense : c'est au point que malgré que je sois très satisfait de mon mariage, j'ai bien des fois regretté d'avoir quitté Saint-Domingue ; au moins on n'est pas égorgé par ses frères. La guillotine travaille ici comme on n'a pas d'idée, jusqu'à douze, quinze et vingt hommes à la fois1; dans un clin d'œil c'est fini. Il n'est pas pour un bourreau de plus belle invention au monde. Vous savez peut-être déjà que Marat a été assassiné le i 7 du courant par une fille du Calvados. Les obsèques ont été faits à l'un et à l'autre avec la pompe dont ils étaient
1. Pièce 54. Extrait du registre des délibérations du comité de surveillance établi en la Tille de Jlosoy par le représentant du peuple Dubouchet (séance du A9 jour de la 5« décade du 1" mois de l'an II).
2. 11 doit faire allusion i la famille Laguyomarais (conjuration de Bretagne) et aux préfendus assassins de Léonard Bourdon.
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dignes. Si Marat eût pu être conservé plus longtemps, on l'auroit fait ; mais on a craint que cet apôtre de la liberté ne cause, par les exhalaisons putrides de son cadavre, le plus grand préjudice à tous ses amis de Paris. Il a été embaumé et enterré au bout de trois jours, dans le jardin des Cordeliers de Paris. Voilà la fin tragique du phénix de la liberté1.
C'était hardi pour un homme qui écrivait à quelques jours de là :
Il est impossible de rien dire ou écrire sans s'exposer à être guillotiné \
Et encore :
Il y auroit bien des choses à vous dire sur l'état actuel de la France, mais je ne me permettrai rien, vous en devinerez aisément la cause : quelque douce que soit la guillotine, quand on s'y prête bien, et quel que soit le courage qu'ont fait voir jusqu'à présent les héros de cette invention révolutionnaire, je n'ai nulle envie d'en tâter".
Cela suffit bien pour qu'on l'y envoyât.
Le 13 frimaire, Étienne-PierreGoRNEAU, commis auxiliaire à la 2e division du ministère de l'intérieur, demeurant rue des Martyrs-Mont-ifaraJ \ A l'occasion des députés qui allaient «promener leur panache et leur écharpe en province, » il avait, dans une lettre à un habitant de Bordeaux, exprimé avec une amere ironie tout ce que lui inspiraillespectacledontilétaittémoin (1er juillet 1793):