‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 169 sur 451 · Archives, /. /., pièce · texte numérisé non relu

Archives, /. /., pièce

3. Voyez le Moniteur du 20 frimaire (10 décembre 1793). Le jugement extrait du dossier 307 est exposé au Musée des archives, vitrine 217. n* 1393 La réquisition en vue de l'exécution est datée du 17 pour le lendemain à onxe heures. (Archives A F, u, 48, pièce 04 (armoire de fer).

4. Archives, W 303, dossier 351, pièce 2. Ce procès -verbsl est reproduit par M. Campardon, /. /., p. 211-215. Au n* 3, au lieu de ces mots : « des chaînes douillet aussi en perles, » il faut lire, comme dans l'original, c des chaînes d'oreilles s (boucles d'oreilles).

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ces déclarations ne firent que compromettre son valet de chambre Morin, qui l'avait aidée à cacher ses trésors. Immédiatement après elle fut livrée au bourreau.

Les récils du temps racontent avec quels efforts elle cherchait, sur la fatale charrette, à se raccrocher à la vie ; quelles supplications, quelle terreur, quelle lutte désespérée jusque sous le couteau! (18 frimaire, 8 décembre 1793) l.

1. Archives, ibid.„ pièces 10-13. On lit dans un de ces récits :

« Arrivé au Pont-au-Change, j'y trouvai une assez grande foule rassemblée. Je iiVus pas besoin de demander l'explication de ce rassemblement ; elle ne se fit pas attendre. J'entendis au loin des cris déchirants, et aussitôt je vis sortir de la cour du Palais de-Justice cette fatale charrette que Barrère. dans un de ces accès de gaieté qui lui étaient si familiers, avait appelée la bière des vivants. Une femme était sur cette charrette qui approcha lentement de l'endroit où je m'étais arrêté. Sa figure, son attitude, ses gestes exprimaient le désespoir arrivé au plus haut paroxysme. Alternativement d'un rouge foncé et d'une pâleur enrayante, se débattant au milieu de l'exécuteur et de ses deux aides, qui avaient peine à la maintenir sur son banc, et poussant de ces cris affreux que je disais tout à l'heure, elle invoquait tour à tour leur pitié et celle des assistants. C'était Unie Du Barryque l'on conduisait au supplice...

t Entièrement vêtue de blanc, comme Marie-Antoinette qui l'avait, quelques semaines auparavant, précédée sur la môme route, ses cheveux, du plus beau noir, formaient un contraste pareil à celui que présente le drap funéraire jeté sur un cercueil. Coupés sur la nuque, ainsi que cela se pratique en pareil cas, ceux de devant étaient ramenés à chaque instant sur le front par ses mouvements désordonnés et lui cachaient une partie du visage, s Au nom du ciel, mes amis, « s'ccriait-elle au milieu des sanglots et des larmes, au nom du ciel, sauvez-moi ; € je n'ai jamais fait de mal à personne ; sauvez-moi ! »

« La frayeur délirante de cette malheureuse femme produisait une telle impression parmi le peuple qu'aucun de ceux qui étaient venus là pour insulter à ses derniers moments ne se sentit le courage de lui adresser une parole d'injure. Autour d'elle tout semblait stupéfié et l'on n'entendait d'autres cris que les siens; mais ces cris étaient si perçants qu'ils auraient, je n'en doute pas, dominé ceux de la multitude, si elle en eût proféré.

« J'ai dit tout à l'heure, je crois, que personne ne s'était senti le courage de l'injurier. Si fait. Un homme, un seul, vêtu avec une certaine recherche, éleva la voix au moment où, la charrette passant vis-à-vis moi, la patiente, toujourss'adrcssant au peuple, s'écriait : a La vie I la vie ! qu'on me laisse la vie et je donne tous mes c biens à la nation. » — ce Tu ne donnes à la nation que ce qui lui appartient, a dit cet homme, puisque le tribunal vient de les confisquer, tes biens. » Un charbonnier, qui était placé devant lui, se retourne et lui donne un soufflet. J'en éprouvai un sentiment de plaisir.

€ On sait que pendant toute la route elle continua à pousser les mêmes cris et à s'agiter dans des convulsions frénétiques pour fuir la mort qui l'avait déjà

Jusqu'au dernier jour, sans le chercher, elle avait su séduire. Un membre du district de Versailles à qui elle s'était adressée, quand on la voulut traiter comme émigrée, s'était occupé de son affaire avec un zèle dont on trouve l'expression dans cette lettre :

.... Soyez convaincue que s'il est des occasions où je désire donner du prix à mon travail, vous avez droit à les faire naître. Votre sexe vous donne le droit de désirer la tranquillité, et votre amabilité...

Mille pardons, citoyenne, un républicain et un inconnu ne doit parler que la langue des affaires,

Làvallery.

Quelques jours après son exécution, il se suicida *.

Prudhomme prit tout autrement la chose. Le supplice de Mme Du Barry lui inspire, dans ses Révolutions de Paris, des réflexions qui nous révèlent sous un bien triste aspect l'esprit public et les habitudes populaires au milieu de ces exécutions. Il a d'abord un mot pour la condamnée qui lui donne le prétexte de tomber sur une tout autre victime :

<c Tant que cette femme, que nous répugnons à nommer, eut l'espoir de racheter sa vie en restituant ses biens à la nation, elle garda un maintien assez ferme. Mais tout son courage l'abandonna quand elle eut entendu sa sentence. Elle alla au supplice à moitié morte, (ant l'idée de la mort la frappait. Sur la route, elle n'inspira aucun sentiment de pitié ; d'ailleurs sa physionomie

saisie ; on fait aussi qu'arrivée à l'échataud, il fallut user de violence pour l'attacher à la fatale planche, et que ses derniers mots furent ceux-ci : c Grâce 1 grâce! monsieur le bourreau I Encore une minute, monsieur le bourreau 1 encore... et lout fut dit. 9 (Art. delà Nouvelle Minerve, intitulé Soutenir* de la Hr'volulion ; Le Roi, /. /., p. 503.) 1. Le Roi, /. l.„ p. 352.

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l'eût repousse. Elle portait encore sur sa figure les empreintes du vice. Le rapprochement d'Antoinette et de la Dubarry, conduites toutes deux dans la même charrette, achevant leur vie infâme sur le même éehafaud, fut saisi par tout le monde; il prouva que le règne de l'égalité et de la justice avait enfin succédé aux monstruosités de la tyrannie. »

La Dubarry et Marie-Antoinette, justice et égalité !

Mais voici le Irait à noter :

« Nous le répétons encore ici : point de miséricorde pour les méchants; mais une fois condamnés, il ne faut pas qu'un peuple qui se dit républicain se dégrade jusqu'à faire dégénérer en petites vengeances les actes de justice nationale. Pourquoi, au contraire, ne pas donner les formes les plus imposantes aux détails du supplice? Nous voudrions que les condamnés fussent conduits à l'échafaud dans une voiture bien suspendue, alin que les cahots de la route ne fissent rien perdre des impressions que ce moment terrible fait ordinairement sur l'âme. Cette voiture devrait être chargée d'inscriptions analogues, qui rappelassent à la multitude ce "qu'elle se doit à elle-même, et ce qu'elle doit aux individus que la loi frappe de son glaive. Pourquoi lier les mains aux suppliciés? C'est de leur (été seule qu'ils doivent payer leurs forfaits. Pourquoi aussi le peuple se permet-il une infinité de choses qui n'annoncent pas la hauteur de ses principes? Un silence profond et des hymnes graves et sentencieuses conviendraient beaucoup mieux, ce semble, et concourraient davantage au but moral que l'on doit se proposer dans les exécutions. Le spectacle du crime sur Féchafaud laisserait un souvenir plus profond et plus terrible dans les esprits. El d'ailleurs, le criminel

qui entend chanter la Carmagnole autour de lui en prend occasion pour se donner plus de morgue ; il affecte une sorte de dignité et profite de sa situation pour se procurer la seule jouissance qui lui reste, l'idée qu'il sera plaint, et qu'on lui saura gré de sa résignation; au lieu que si l'on ne paraissait pas s'acharner à lui, on le verrait livré tout entier à ses remords, et son supplice commencerait beaucoup plus tôt... (Révolutions de Paris,

Je ne sais si ces raffinements ne marquent pas plus de férocité que les brutalités populaires. Ces théoriciens de l'échafaud regrettent évidemment et voudraient pouvoir faire revivre les solennités des autodafés.

Le conventionnel Noël. — Suicide de Clavière; application des décrets sur la confiscation des biens de ceux qui auraient pu être condamnés.

Avec Mme Du Barry et les trois Vandenyver, fut conduit à la mort un député à la Convention, Jean Noël complice de la conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la République.

Compris dans le décret qui frappait les Girondins, il n'avait pas attendu qu'on s'emparât de sa personne ; et tandis que d'autres allaient à Caen organiser la résistance il s'était borné à chercher un refuge au voisinage de son pays. On l'arrêta, et voici en quels termes un des proconsuls de la Convention en province, son ancien collègue, Bernard de Saintes, Pioche- fer Bernard, l'ex-

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