Vov. Le Roi, /. /., p
différents émigrés, mais en affirmant que c'était pour jouer de compte à demi. Fouquier-Tinville résume ses explications à cet égard par ces mots :
« Ne peut dire à combien montaient les sommes par elle dépensées à Londres et fournies aux émigrés.
Des sommes fournies aux émigrés, quelle qu'en fût l'importance, c'en était bien assez pour la perdre. Les débats durèrent deux jours. Le tribunal laissait volontiers se dérouler ces dépositions et ces aveux, et Fouquier- Tinville comptait bien profiter d'une si belle occasion pour tonner contre l'ancien régime. Ce n'était pas, sans doute, les scandales du passé qu'il s'agissait de punir, c'était toujours cette grande conspiration dont Pilt était l'âme; mais il était agréable de montrer dans quelle fange elle trouvait ses complices : « L'infâme conspiratrice qui est devant vous, disait Fouquieren terminant, pouvait, au sein de l'opulence acquise par ses honteuses débauches, vivre heureuse au sein d'une patrie qui paraissait avoir enseveli, avec le tyran dont elle avait été la digne compagne, le souvenir de sa prostitution et du scandale de son élévation. Mais la liberté du peuple a été un crime à ses yeux ; il fallait qu'il fût esclave, qu'il rampât sous des maîtres, et que le plus pur de la substance du peuple fût consacré à payer ses plaisirs; cet exemple, ajouté à tant d'autres, prouve de plus en plus que le libertinage et les mauvaises mœurs sont les plus grands ennemis de la liberté et du bonheur des peuples. En frappant du glaive de la loi une Messaline coupable d'une conspiration contre sa patrie, non seulement vous vengerez la République de ses attentats, mais vous arracherez un scandale public et vous affermirez l'empire
le
254 CHAP. XIX. — LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE, des mœurs, qui est la première base de la liberté des peuples 1. »
Dumas, en posant les questions au jury, se donna 1 plaisir de jeter une injure à la face de l'accusée dont il demandait la tête :
1° Est-il constant qu'il a été pratiqué des machinations et entretenu des intelligences avec les ennemis de l'État, etc. ?
2° Jeanne Vaubernier, femme Du Barry, demeurant à Louveciennes, ci-devant courtisane, a-t-elle été auteur ou complice de ces machinations et intelligences * ?
Suivaient les questions pour les trois autres. La réponse fut affirmative pour tous. Ils furent tous les quatre condamnés à mort (17 frimaire, 7 décembre 1793)*.
Mme Du Barry entendit la sentence avec des cris de désespoir. Ramenée presque mourante à la Conciergerie, elle crut assouvir ses juges en leur livrant en pâture ce qu'elle avait d'objets précieux cachés dans son château. La sentence avait été prononcée à onze heures du soir. Dès le lendemain matin, elle déclara qu'elle avait des révélations importantes à faire. Un juge la vint trouver et reçut l'indication détaillée de tous les objets précieux qui se trouvaient cachés en divers endroits de sa demeure. On en dressa minutieusement procès-verbal, et à coup sûr on y donna suite \ Hais