TRI*. RÉVOL
peur de lui-même. Il a peur de la Constitution qu'il a faite: il la tient à l'écart comme un danger pour la République. Il a peur de tous ceux qu'il emploie, à tous les degrés et dans tous les ordres de service : peur des administrateurs; peur des généraux : je ne sais quel instinct lui dit que c'est par l'épée qu'il périra ; et il a beau les immoler plus que ne fait l'ennemi, il en restera toujours assez pour accomplir ce funeste présage. 11 a peur des ministres : on finira par les supprimer aussi ; peur de la Convention d'où il émane et qu'il décimera sans acception de côté, la droite, la gauche, la plaine, la montagne: les Girondins ne sont qu'un commencement ; et c'est ainsi que, sous l'influence de la peur, le parti dominant, se resserrant de plus en plus, va se cantonner dans les grands comités sans se trouver plus rassuré : car la défiance siège avec les chefs dans le Conseil, présidant à leurs délibérations, les animant les uns contre les autres de son esprit ; et ce n'était pas sans raison : une moitié ne sauveront leurs têtes qu'en faisant tomber celles de l'autre, avec le concours toujours docile et indifféremment empressé du tribunal révolutionnaire de Paris.
Ce sentiment de défiance universelle qui est la forme haineuse delà peur, Saint-Just l'exprime avec une clarté sinistre dans le rapport qui servit d'introduction au gouvernement révolutionnaire, dès le premier mois de l'an II. C'est un réquisitoire, article par article, non point tant contre l'ancien régime que contre le régime présent; un acle d'accusation général dont Fouquier-Tinville n'aura plus à faire que des applications particulières selon les cas*
C'est, comme toujours, au nom de la liberté qu'il réclame des mesures exterminatrices.