‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 231 sur 451 · W 506, dowier 376, pièce · texte numérisé non relu

W 506, dowier 376, pièce

Le jeune Gustine.

Le 14 (3 janvier 1794),nous revenons à Pun des noms compris dans le décret du 5 : le jeune Cusline.

Le jeune Cusline était coupable d'être le fils de son père. Le jour où le général quitta Cambrai, mandé par le Comité de salut public (l'arrêté, du 12 juillet 1795, lui arriva sans doute le lendemain), le jeune homme lui avait écrit :

Paris, le 1 3 au soir.

Le courier qui m'a apporté voire lettre, mon cher papa, dit qu'il va être réexpédié et qu'il passera demain de grand matin prendre ma réponse. Je ne veux pas qu'il parte sans vous porter au moins l'expression de ma participation aux sentiments pénibles que vous éprouvez, le ne sais si mes deux dernières lettres vous sont parvenues. Je vous y entretenois de plusieurs des choses dont vous me parlez. Au surplus rien n'est plus juste et même plus indispensable que vos démarches actuelles et projettées. Je gémirai pour la chose publique du parti auquel peut-être vous serez bientôt obligé; mais il sera nécessaire dans l'hypothèse que vous établissez. 11 ne sera peut-être même pas perdu pour elle ; et ce que (du moins pour vous) je désire, c'est que l'exposé de vos motif* soit clairement, méthodiquement, fortement, mais prudemment rédigé. C'est un objet digne de la plus grande attention.

Vous savez le renouvellement et la composition actuelle du Comité de salut public. II semble qu'il veut garder le silence sur vos dépêches et sur la nouvelle fâcheuse que vous leur donnez. Du moins le journal du soir ne fait-il pas mention qu'il en ait été donné connoissance à la Convention.

Adieu, mon cher papa, je vous embrasse tendrement.

LK JKUNE CUSTINE. 317

N'oubliez pas un fils qui souffre de toutes vos peines et jouiroit plus que vous-même du bonheur que vous méritez et que peut-être la fortune ne vous refusera pas toujours,1 .

Cette lettre, qui ne trouva plus Custine à Cambrai, fut renvoyée à Paris et tomba entre les mains du secrétaire général de la guerre, le jeune Vincent. L'instinct féroce de ce jeune homme y flaira une nouvelle victime. Il l'adressa à Fouquier-Tinville avec ces mots :

Je t'envoie, Républicain, une lettre originale écrite de Paris, datée du 15 au soir et adressée à Cambrai à Fex-général Custine par son fils. Cette lettre, parvenue à Cambrai le jour que Custine venoit de quitter l'armée pour se rendre au Comité de salut public où il étoit mandé, a été saisie par moi dans le paquet de renvoi qui lui étoit adressé à la maison Grange-Batelière où il étoit descendu et que j'ouvris parce qu'il fut appporté à la maison de la guerre.

Comme le cabinet des ministres (et surtout celui de Beurnonville) a souvent servi à voiler les intrigues et les trahisons, j'ai cru remplir un devoir patriotique en surveillant de près tout ce qui tenoit à la correspondance. Je le fais encore, je le ferai constamment tant que je serai condamné à être ici.

Tu jugeras, Républicain, combien la lettre de Custine doit paroitre suspecte, puisqu'elle a été écrite à la veille de la trahison, au moment où le Comité de salut public l'a arrêté dans ses complots. Chaque mot de cette lettre étoit alors une énigme; mais elle ne l'est plus actuellement. Viw:est\

Cette lettre, qui n'a point de date, précéda sans doule de bien peu le décret qui ordonnait nominativement le jugement du jeune Custine.

Le 12 nivôse (1er janvier 1794), il comparut devant le

1 . Archives, \V 506, dossier 380, pièce 5. Voyez une autre lettre du 5 juillet aux Appendices n* VI.

Page 1