‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 33 sur 451 · SON ARRESTATION · texte numérisé non relu

SON ARRESTATION

Arrestation de Bailly et information contre lui.

Le 8 septembre il avait été arrêtée Melun, trois jours après qu'il y était venu fixer son domicile. On en trouve le récit dans une lettre où il réclame sa libération en des termes qui témoignent de sa candeur et de sa simplicité * :

J'ai loué au 1er juillet dernier une maison à Melun, et je suis venu avec ma femme pour y établir mon domicile jeudi 5 septembre. J'ai fait le lendemain au maire et à la municipalité ma déclaration de ce domicile. Dimanche j'ai été arrêté dans la rue par des citoïens qui, sans énoncer d'autres raisons, m'ont conduit au comité de surveillance comme homme suspect. Mon intention était de me présenter à ce comité. Le citoïen maire, à qui je l'avais dit précédemment, peut en rendre témoignage. Je ne crains pas, je désire même d'être surveillé. Le Comité m'a consigné chez moi sous la garde de deux gendarmes et a ordonné la visite de mes papiers. Je suis bien aise que cet examen ait été fait; on n'a trouvé aucune relation suspecte. Je vous demande, citoïens, de me faire rendre ma liberté. Mon caractère, mes principes et ma conduite sont connus. Je n'ai pas varié un instant depuis le commencement de la Révolution. Mon existence et mon bonheur sont liés à son succès. Comme homme public, je n'ai été mêlé dans aucun parti, je n'ai eu part à aucune intrigue, j'ai toujours marché seul et sur la ligne de mon devoir. Comme citoïen, j'ai vécu, et on peut s'en informer, paisible et retiré, n'ayant conservé aucune relation que pour mes affaires personnelles et avec quelques amis. Je m'adresse donc avec confiance à votre justice, citoïens, mais je sollicite surtout de votre hu-

1. Lettre écrite, sans doute, au comité de surveillance de la ville, après l'examen qu'on avait fait de ses papiers. (Archives \V 294, dossier 235, pièce 3.)

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manité, la plus prompte décision possible, tant pour me tirer d'un état pénible à un honnête homme et à un citoïen libre, que pour la santé d'une femme qui m'est chère, affligée d'une maladie de dix mois, qui compte les moments et à qui l'inquiétude pourrait devenir funeste.

Votre concitoïon,

Baillt.

Melun, 9 septembre, an II de la République une et indivisible.

Comme si les grandes popularités n'avaient pas leur lendemain ! comme si c'était impunément qu'on pouvait, en temps de révolution, exercer le pouvoir l II allait en avoir bientôt la preuve. Le Ht la nouvelle en arriva à la Société des Jacobins et l'on ajoutait, dit Beaulieu dans son journal, que Ton n'avait trouvé sur lui aucun papier qui pût le compromettre. Cette observation indigna la Société ; on s'écria de toutes parts que les victimes du Champ de Mars étaient des témoins suffisants pour demander vengeance : « Nous irons à Meluu, dit le député Maure, nous l'enverrons tout vivant et vous verrez ce que vous aurez à faire \ » Cela ne tarda point. Le 14, le représentant Duboucher donna ordre au comité de Melun de faire traduire à Paris son prisonnier sous bonne escorte*, et le 16 on apprenait qu'il avait été conduit à la Force. Grande joie dans la multitude. Cet homme, qui rappelait pourtant les plus grands souvenirs de la Révolution, était livré à Paris : on était sûr qu'il n'échapperait pas.

En attendant qu'on procédât contre lui, il avait paru comme témoin dans le procès de Marie-Antoinette, et

i. Dauban, La démagogie en 1793, à Pari*, p. 383. 2. Archives, W 294, dossier 235.

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