P. SALNT-LAMBERT, COMMIS A LA GUERRE
Qu'avait-on à reprocher encore à l'ancien régime sous ce règne de la liberté ?
Il n'était pas nécessaire, on Ta vu déjà, qu'une opinion fût publiée pour attirer les sévérités du tribunal. Les lettres les plus confidentielles, quand elles étaient saisies, pouvaient conduire à l'échafaud.
Le 14 ventôse (4 mars), le tribunal avait à juger Pacôme Saint-Lambert, commis à la 2e division de la guerre, qui en mars 1792, parlant du serment qu'il venait de prêter, disait à une amie :
Je viens de jurer, oui, il m'a fallu jurer d'être fidèle à une nation dont je suis membre, mais dont In majeure partie ne se plait que dans les meurtres et la dévastation. J'ai frémi en prononçant : oui, je le jure, car je ne sais que trop les maux qu'elle a faits ; mais je n'ai pas eu de peine de jurer d'être fidèle à mon roi...
Et dans une autre lettre :
Je mettrai mon petit gilet aristocrate.
c II est donc évident, s'écrie l'accusateur public, par cette correspondance livrée par la femme Boucher ellemême, que Saint-Lambert professoit les principes et les sentiments les plus contre-révolutionnaires et désiroit l'anéantissement de la Révolution et la perte des patriotes. »
Il était encore suspect d'être dans le complot de la fuite du roi et dans ce qu'on appelait la conspiration du 10 août ; et s'il avait trouvé place dans les bureaux de la guerre, c'était, sans aucun doute, par quelque in* trigue de la faction royaliste
Sa justification ne réussit pas mieux devant le tribunal que devant le juge qui l'avait interrogé 1.
La famille SaintrSouplet.
Le même jour, nouvel exemple d'un cas non moins fréquent: toute une famille victime de l'émigration d'un de ses membres, et un brave serviteur sacrifié parce que l'on sacrifiait ses maîtres : Anne-Nicolas Guillemeau de SàiKT-SotTLET, ancien capitaine de cavalerie, mousquetaire, chevalier de Saint-Louis, ses deux fils, Claude et Anne-Michel, l'un jadis écuyer du roi, l'autre grand vicaire de Montpellier, et Laurent Bruxelles, leur ancien domestique *.
Il y avait un troisième fils, ancien officier aux gardes françaises, qui avait émigré. Il était difficile qu'on ne l'eût pas aidé de quelque argent, qu'on ne fût pas resté en correspondance aveclui, et celasuffisait pour entraîner la perte de toute sa maison. C'est sur ce point tout particulièrement que roule l'interrogatoire des prévenus.
Le père, interrogé le premier, dit que son fils Ta quitté malgré ses instances. Est-il sorti du territoire français? il n'en sait rien. De l'argent lui-a-t-il été donné à son départ? il l'ignore également: c'est sa femme qui tenait les comptes et faisait la dépense, et (fort heureusement pour elle) elle était morte1.
Le fils, à son départ, avait en effet reçu de l'argent. On
' 1. Archive*, W 333, dossier 571, pièces 64 et 92.