X!. LETTRE DE LA SŒUR A. VOTASSE SUR SON PROCES
serment; sur son refus, ils passèrent à ma sœur Joséphine et ne lui en demandèrent pas davantage; ils avaient l'air de se dépécher comme si on les attendait. Us passèrent à ma sœur Philippine. Le président : «c Quel est votre confesseur? — Il y a plusieurs mois qu'il est parti. — Quoi ! point de confesseur?— Quand on n'en a point, on s'en passe. — Qui vous a suggéré de ne point faire le serment ? — Dieu et ma conscience. — Sont-cc vos compagnes? — Il n'y avait qu'un mois que j'étais avec ces citoyennes, et j'étais parfaitement décidée à ne pas faire le serment avant de me réunir à elles.
— Voulez-vous donc être rebelle à la loi? — Je serai toujours soumise à la loi dans tout ce qui ne sera que civil, mais
— Celle-ci est théologienne, passons à une autre. Et, voyant que Mme Chenet était sourde, ils dirent [à la sœur Philippine] : ci Demandez à celle qui vous suitsi elle veut faire le serment? » Philippine : « Le président demande si vous voulez faire le serment, Madame Chenet? — Je ne l'ai jamais fait et ne le ferai jamais. »11 passe à moi, Angélique. Le président : « Ne voulez-vous donc pas regarder tous les hommes comme vos frères? — Oui. — Vous parlez plus raison que les autres ; pourquoi ne voulez-vous donc pas faire le serment? — La liberté telle que vous la définissez anéantit tout engagement indissoluble; j'ai fait des vœux qui m'engagent jusqu'à la mort, je ne puis pas faire le serment qui les anéantit. » Le président reste quelques instants en silence, et ensuite, très faiblement : « Qui vous empêche de pratiquer vos vœux? Ne voulez-vous pas être soumise à la loi? — J'aime tous les hommes comme mes frères, je veux le bien de tous, je serai soumise à la République dans tout ce qui ne sera pas contraire à ma conscience et à mes vœux ; mais pour des serments je n'en ferai pas. »
Alors on donna au défenseur la permission de parler ; je ne sais pas s'il avait la volonté de prendre notre défense, mais il ne le fit pas. Il commença par dire aux juges qu'il n'y avait pas de lois assez rigoureuses pour nous; il leur fit entendre que, quand ils nous jugeraient selon toute la rigueur
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des lois, ce serait un acte de justice; que cependant, à cause de notre vie retirée, qui donnait lieu de croire que nous n'avions fait aucune cabale, il serait grand de leur part de nous faire quelque grâce et de ne pas nous juger selon toute retendue de la sévérité des lois. Ensuite, il demanda la permission de nous faire un sermon républicain ; il se retourna de notre côté et y mit une force et une véhémence extrêmes. Il avait mis dans sa tête de nous faire ses prosélytes ; mais, malheureusement pour lui, Dieu nous parlait encore plus fortement au cœur ; et nous n'entendîmes pas grand' chose de tout ce qu'il nous débitait. Son sermon fini, il monta à notre tribune avec quatre ou cinq autres pour nous engager à faire le serment; nous n'entendîmes de tous côtés que ces cris : « Faites le serment, on veut bien vous en donner le temps ; faites le serment, vous êtes les premières à qui Ton ait fait de semblables grâces; jamais au tribunal on n'a laissé les grâces dans les mains des accusés, et vous voyez que les juges veulent bien faire cela pour vous ; faites le serment, et l'on vous enverra chez vous ; vous serez comblées d'honneurs et vous recevrez vos pensions. » Le gendarme qui était à côté de moi me disait avec beaucoup de douceur : « Faites le serment, vous le pouvez. » Je lui dis que, si j'avais pu, je n'aurais pas attendu à ce moment à le faire. Les juges et le président attendirent avec beaucoup de patience pour voir si nous ferions le serment; mais, lorsqu'ils virent que tout cela était inutile et que nous persévérions toujours à le refuser, ils donnèrent le signal pour nous faire retirer. Les gendarmes nous conduisirent dans une petite chambre peu éloignée du tribunal. Pendant ce temps op détermina notre jugement. Toutes les personnes qui nous avaient suivies à la tribune nous suivirent et recommencèrent leurs exhortations. Plusieurs personnes s'attachèrent plus fortement à moi, et ils disaient que j'étais la plus jeune, que j'avais l'air moins entêtée que les autres, et qu'ils étaient bien sûrs que je ferais le serment si je ne craignais pas mes sœurs; ils me dirent de ne point avoir peur de ces vieilles entêtées, qu'elles seraient la dupe de leur