LE GÉNÉRAL BRUNET
sur Marseille, refoulant les principaux chefs de l'insurrection dans Toulon, ne les poussât à livrer la ville aux Anglais, et que, dès lors, une coalition ne se formât entre Gênes, Florence et Naples : ce qui s'était réalisé. On lui opposait les lettresque lui avaient écrites les villes de Marseille et de Toulon ; mais on n'en citait aucune de lui, et quant au vote de la Constitution, s'il avait présenté des observations aux représentants, c'était au nom de la discipline et de l'intérêt qu'il y avait à tenir l'armée toute à son devoir contre l'ennemi. À cet égard, on ne peut mieux faire que de citer la lettre dont l'accusateur public se faisait une arme pour le combattre :
Citoyens, j'ai reçu les exemplaires de la Constitution que vous m'ayez adressés, pour la faire accepter par mes soldats. C'est une mesure bien dangereuse, selon moi, que d'accoutumer les armées à délibérer et à êtreconsultées. Avcz-vous bien réfléchi que si deux partis se présentaient parmi mes soldats il pourrait éclater la plus grande commotion, en résulter les plus grands inconvénients ? J'estime que les bataillonsdoivent être libres dans leur acceptation ; que toute violence et contrainte doivent en être écartées. Voussavezque la force armée est essentiellement agissante et jamais délibérante ; plus les temps sont difficiles, plus il faut marcher lentement. La Vendée veut un roi, il faut la combattre et la soumettre Les
départements méridionaux veulent, d'une volonté ferme, la république ; deux partis existent dans la Convention. La majorité, acceptant la constitution, forcera bientôt la minorité à suivre son exemple, et cette minorité n'aura que peu de partisans attendu les dangers qu'il y aura à la servir. D'ailleurs un accommodement entre les deux partis ne serait-il pas praticable ? Ne pourrait-on pas remettre à des temps plus calmes l'acceptation de la Constitution ? voilà les réflexions queje soumets à votre sagacité.