SON ARRESTATION (6 AVRIL
diquer que d'usurper. Rien ne lui servit d'avoir prodigué ses biens au peuple, envoyé ses fils aux années. Gela même tourna contre lui. A la première nouvelle de la trahison de Dumouriez,il fut rangé avec ses deux fils, les ducs de Chartres et de Monlpensier (Égalité aîné et Égalité cadet), parmi les gens présumés ses complices; et quand, en réponse à cette tentative de restauration monarchique, l'Assemblée rendit le décret que « tous les membres de la famille des Bourbons seraient mis en arrestation pour servir d'otages à la République1 », on n'eut garde de l'excepter. La nouvelle du mandat dont il était l'objet lui parvint comme il était à table, après une partie de jeu, en tète-à-tête avec Monville, « homme d'esprit et de plaisir », qui vivait dans son intimité. Ce fut Merlin de Douai qui l'apporta.
a Grand Dieu! (s'écria le prince en se frappant le c front) est-il possible? Après les preuves de patrio- « tisme que j'ai données, après tous les sacrifices que a j'ai faits, me frapper d'un pareil décret ! Quelle in- « gratitude! quelle horreur! Qu'en dites-vous, Mon- « ville? »
a Celui-ci, dit l'auteur qui a recueilli l'anecdote, dépouillait et assaisonnait une sole, il exprimait le jus d'un citron. Il répond au prince, sans se déranger le moins du monde : « C'est épouvantable, monseigneur. Mais c que voulez-vous ? Ils ont eu de Votre Altesse tout ce « qu'ils pouvaient en avoir ; elle ne peut plus leur servir à a quelque chose, et ils font de Votre Altesse ce que je fais « de ce citron dont tout le jus est exprimé. » M. de Monville jette dans la cheminée les deux moitiés du citron,
1. Décret du 6 avril 1793. Moniteur du 9. Coll. du Louvre, t. XIV, p. 62.
et observe au prince que la sole doit être mangée bien chaude1. »
Conduit à la mairie, il écrivit à la Convention pour lui soumettre les raisons qu'il avait objectées au maire lui-même contre l'application du décret : il n'y était pas compris nominativement, et son titre de député semblait l'en exclure ; il prolestait d'ailleurs que, sûr de son innocence, il y aurait obéi pourtant, s'il n'avail craint de laisser compromettre en lui la dignité de représentant du peuple. Mais l'Assemblée passa à l'ordre du jour, ordre du jour motivé « sur ce qu'elle a bien entendu comprendre Louis-Philippe-Joseph Égalité dans le décret qui ordonne l'arrestation des Bourbons » (7 avril) * : il fut envoyé à l'Abbaye; puis, Marseille ayant été désignée comme le lieu de la détention des membres de la famille royale (excepté ceux que l'on gardait au Temple (8 avril) % il y fut conduit, écroué au château de Notre-Dame de la Garde*, et plus tard au fort Saint-Jean s, avec le duc de Beaujolais son troisième fils, la duchesse de Bourbon sa sœur, et le prince de Conti. Des deux aînés qui étaient aux armées, l'un, le duc de Montpensier, arrêté à l'armée
1. Montgaillard, Histoire de France depuis le règne de Louis XVI, t. IV, p. 144, note. Il garantit l'anecdote.