‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 92 sur 451 · On cite Robespierre · texte numérisé non relu

On cite Robespierre

TRIB. BÉVOL. II 9

caution Jl parait que, craignant sa fuite, il lui avait conseillé de se constituer prisonnière. C'est ce qu'on peut induire de ces Gères paroles tracées par elle sur un morceau de papier sans adresse ni sans date :

«Je ne fuis pas; — où fuirais-je, et pourquoi? Quel crime ai-je donc commis?

a Vous me dites que la loi autorise ma détention sous le prétexte de ma naissance, et tous me rappelez votre cautionnement. La loi ne frappe personne comme noble, mais comme suspect d'incivisme ; elle autorise à se justifier. — Ma justification peut se faire avant que d'être emprisonnée; la peine ne doit pas précéder le jugement.

« Votre cautionnement, — je le respecte. Eh bien, indiquez-moi un lieu quelconque où je puisse respirer un air libre, et où vous puissiez me faire prendre, si vous êtes inquiété. Je ne m'en écarterai pas. Avertissez-moi aussitôt que votre tranquillité personnelle sera troublée le moins du monde, et je vous épargnerai la peine d'une dénonciation dont je ne vous crois pas capable, — tant que les effets de votre cautionnement ne la rendront pas nécessaire. — Songez que, d'après la motion tant applaudie de Collot-d'IIerbois, c'est aller à la mort, et à la mort lente préparée par un supplice éternel, que de se rendre en prison. Je le ferai pourtant, plutôt que de compromettre un homme honnête qui m'a promis de me représenter; — mais j'attendrai qu'il juge luimême le moment où je dois mourir1. »

Mmede Charry nese livrant pas, le député montagnard, amoureux avant tout de sa propre personne, prit le parti de la livrer lui-même. Le 25 du 1er mois (16 octobre), il dénonça sa retraite au procureur général du département de Seine-et-Oise, et le 6 du mois suivant il s'en fit donner acte par le comité de surveillance de Versailles.

1. Archives» 1" partie, pièce 24. J'ai conservé les — où ils sont.

Pour plus de sûreté, le 18 du même mois, il remit luimême au comité de la section Mucius Scévola, ci-devant Luxembourg, une expédition de la déclaration qu'il s'était fait donner par l'autre comité1.

Quatre jours auparavant, le 14 brumaire (4 novembre), un ordre d'arrestation contre la citoyenne Charry, Desplasses, la citoyenne Beaumont et Osselin, curé de Saint-Aubin, était signé par le Comité de sûreté générale et exécuté" ; et le 19, la Convention décrétait qu'il y avait lieu à accusation contre Osselin, renvoyant, en même temps, devant le tribunal révolutionnaire, La Gardie, l'autre caution, et les deux administrateurs de police Soulès et Froidure, qui, sur la caution de l'un et de l'autre, avaient mis la citoyenne Charry en liberté5.

Dès le même soir, Osselin était écrouéà la Conciergerie, d'où il écrivait le lendemain à sa mère; il la priait de veiller à ce que la déclaration du comité de Versailles, certifiant sa dénonciation contre l' ex-marquise de Charry, fût transmise sûrement du comité de la section Mucius Scévola au Comité de sûreté générale*. Le même jour il

1. Archives, i'm partie, pièce 11 (lettre à sa mère, 20 brumaire), et 2" partie, pièce 15 (sa déposition).

2. lbid., pièce 40. Cf. 2* partie, pièce 45 : plainte du comité de Versailles contre la forme de cette arrestation, dont on aurait dû lui laisser le soin.

3. Décret du 19 brumaire rendu sur le rapport de Dubarran, membre du Comité de sûreté générale (Moniteur du 21). Cf. l'acte d'accusation rédigé par le même Dubarran et adopté par la Convention le 27 brumaire (Moniteur du 29).

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