Séances des 21 et 22 brumaire (Moniteur des 23 et
5. Récit de Bailleul, reproduit par H. Dauban : La démagogie en 1705 à Pari», p. 543.
On ne dit pas qu'il ait eu les mêmes attentions pour Mme de Charry •
H essaya encore de se soustraire au procès, en demandant qu'il fût sursis à son interrogatoire (c'était le premier engrenage de la fatale machine) jusqu'à ce que la Convention eût prononcé sur sa demande. Le juge obtempéra à son désir (21 brumaire)1. Mais la réponse de la Convention ne se fit pas attendre. Ce ne fut qu'un retard de deux jours.
Dans cet interrogatoire (23 brumaire), le malheureux, pour échapper à l'application de sa propre loi, se fait assurément plus vil encore qu'il ne s'est montré en dénonçant la femme dont il était l'amant.
Après avoir raconté à sa manière pourquoi il s'était trouvé chez elle, et comment il avait été amené à lui servir de caution, il ajoute :
La loi du 17 septembre (loi des suspects) comprenait la femme Charry : et la crainte d'être arrêtée l'ayant fait disparaître de son domicile, le répondant qui était chargé de la représenter fit toutes les démarches nécessaires pour la fixer dans un lieu où il serait sûr de la trouver, et il lui proposa, sous prétexte de la soustraire à l'arrestation, de la conduire chez son frère, curé marié, à Saint-Aubin, village très isolé dans l'arrondissement de Seine-et-Oise ; qu'elle accepta cette retraite, et que le répondant et son frère convinrent des moyens de la garder jusqu'à ce que, par le fait d'une dénonciation que lui répondant ferait au département, elle pourrait être incarcérée et lui déchargé de sa caution...
Ainsi, quand il la conduisait, quand il la retenait au presbytère de son frère, le curé marié, dans cette re-
1* Archrre», ibid., 2* partie, pièce 43.
traite où elle le recevait lui-même, où elle put dire qu'il Pavait rendue mère, c'était un guet-apens !
« Qu'effectivement, après que la femme Charry eut pris confiance dans cette retraite, lui répondant la dénonça au procureur général syndic du département par une lettre en date du 25 du 1er mois (15 octobre, vieuxstyle), dans laquelle lettre le répondant indique ladite retraite, les noms, les qualités de la femme Charry, et requiert qu'elle soit arrêtée1. »
Pour que rien ne manque à cet amas de turpitudes, cet homme qui livrait sa maîtresse était livré lui-même par son frère. Le curé Osselin était allé dénoncer Mme de Charry à la section Mucius Scévola, et c'est alors que la section, mal édifiée sur sa démarche, l'avait fait arrêter lui-même (15 brumaire), quatre jours avant que la Convention le renvoyât, avec les autres, au tribunal révolutionnaire. Le 19 il avait écrit, probablement à ses paroissiens, pour leur annoncer sa détention :
« C'est un tribut que je paie avec le cœur le plus pur à la piété fraternelle et à l'obéissance aux lois, dont je vous ai toujours prêché l'amour. »
Il leur demandait un certificat de civisme et une attestation qu'il avait défendu au maçon de faire une cheminée dans la chambre de la femme Charry, comme une preuve qu'il s'opposait à ce qu'elle restât plus longtemps dans sa maison1.
Mais le 20,apprenant à quel point son frère se trouvait compromis, et lui-même du même coup, il jette son frère à l'eau. Il écrit au comité de la section Mucius Scévola :