INSTALLATION DU NOUVEAU TRIBUNAL
jurés, dressée en vertu du décret du 28 frimaire, fut arrêtée après une légère discussion le 15 nivôse, et le Moïiiteur la reproduit dans le compte rendu de ]t\ séance*.
Une modification y fut introduite quelques jours plus tard, quant à la présidence. Mouricault, commissaire national du troisième arrondissement de Paris, nommé à cette haute charge, ne l'ayant pas acceptée, y fut remplacé, en vertu d'un décret du 19 du même mois, par Âgier, commissaire national près le tribunal du cinquième arrondissement'.
InsUllation du tribunal révolutionnaire du 8 nivôse an HI. Discours d'Aumont;
du président Agier.
Ce fut encore Âumont, commissaire des administrations civiles, police et tribunaux, qui présida, le 8 pluviôse (27 janvier 1795), à son inauguration. IjG tribunal gardait son nom, et on a vu que Merlin, par son rapport, n'en avait pas absolument répudié le sens. Âumont, dans son discours, ne le fit pas davantage, bien qu'il cherchât aussi à tempérer ce que ce nom, même après la modération relative du tribunal du 25 thermidor, gardait de souvenirs odieux:
Le tribunal que vous allez former, citoyens, disait-il, est révolutionnaire; il est républicain. Révolutionnaire, c'est-à-dire sévère, actif, plein de vigueur et d'énergie; républicain, c'està-dire juste.
I. Moniteur i\a 46 nivôse (5 jaiiviur I70jj. 1. Moniteur du 22 (H jnnvicr 1795).
60 CHAP. LVni. - LE TRIBUNAL RÊVOL. DU 8 NIVOSE.
Le tribunal étail toujours destiné à faire la guerre aux ennemis du dedans, comme les armées aux ennemis du dehors :
La sévère justice de ses jugements, continuait-il, seront aux Tactions de Tintérieur ce que sont à la ligue impie des despotes étrangers les prodiges de nos frères d'armes, etc.
Le tout pour la félicité de la nation et le bonheur du monde !
Mais Agier, le président, ne montrait pas le même enthousiasmepour cette justice, dont il recevait le glaive ensanglanté (la balance n'avait jamais été son symbole) :
Nous montons avec effroi, dit-il, sur un tribunal de sang qui naguère, en frappant comme au Jiasard quelques têtes coupables, envoyait incessamment à la mort des milliers d'innocentes victimes. Les sièges que nous occupons, ces tristes gradins exposés à nos regards, ce fauteuil où la vertu a subi tant de fois la destinée du crime, toutes les parties de cette enceinte rappellent à chacun de nous des souvenirs déchirants, peut-être, hélas! des sujets personnels de deuil et d'amertume.
Il gloriiiait la révolution accomplie et constatait l'esprit nouveau qui devait inspirer la justice:
On nous demande non des assassinats pour lesquels sans doute on aurait mal choisi, mais la pure exécution des lois ; non le meurtre de l'innocent, encore moins de l'homme de bien, du vrai patriote, mais la juste punition de tous les scélérats, qui, sous tous les noms, sous toutes les manières et par tous les moyens possibles, ont conspiré la perte de leur pays.
Mais il n'en déplorait pas moins la mission coniice aux nouveaux juges :
UNE CONDAMNÉE : MARIE MARGIIÂL-JACUUET. 61
Prêtres de la justice, nous sommes immolés nous-mêmes au bien public ; avant d'être sacrificateurs, nous devenons, pour ainsi dire, victimes. Obéissons puisqu'il le faut, et ne pouvant avoir le mérite du refus, ayons celui de la résignation.
Et en s^engageant à appliquer la loi, il invitait le public au respect de la justice.
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Opéralions du nouveau tribunal : une condamnalion pour fabrication de faux assignais; acquittements signiHcalirs : Lacoste et Guilbert (29 pluviôse an HI, 17 février 17U5).
Une véritable révolution s'était donc opérée dans l'esprit des juges plus encore que dans le système des lois et dans les formes du tribunal. Aussi, depuis son installation en pluviôse jusqu'au 8 germinal, époque où recommence le jugement de Fouquier, le tribunal ne fit-il guère que prononcer des acquittements ou des renvois. Sur quatre-vingt-un prévenus, trente-sept furent renvoyés devant la justice ordinaire; six condamnés à la détention et vingt-deux mis en liberté par jugements rendus en chambre du conseil. Seize seulement furent réservés pour les assises du tribunal, et sur les seize, quinze furent acquitiés^
La sentence de mort ne frappa donc qu'une seule tête, une femme, Marie-Thérèse Marciial-Ja qurt : elle fut condamnée le 3 ventôse an III (21 février 1795), pour avoir « pratiqué avec des intentions conlrc-rcvolutionnaires des manœuvres cl des intelligences avec los
1. Yuyuii Cnupardon, t. If, p. 137, et ie Jouriiul pour cette période.