‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 150 · Voyes ci-dessus, t. Vt p · texte numérisé non relu

Voyes ci-dessus, t. Vt p

GRIEFS PARTICULIERS. i07

ajournée parce qu'elle fut reconnue enceinte et comprise pourtant avec les autres dans le procès-verbal d'exécution :

Voici mon extrait mortuaire, ditrelle, il est du 21 floréal, jour de notre jugement à mort : il m*a été délivré par la police administrative de Paris.

J'ai vu là mon mari ; j*y vois aujourd'hui ses assassins et ses bourreaux ^

Z*" Amélie de Saint-Pern, veuve Gornuillier : condamnée avec son mari, sauvée aussi par son état de grossesse; mais ce n'était pas d'elle qu'elle venait parler :

Le 1^' thermidor j'ai paru ici en jugement avec mon grandpère, mon père, ma mère, mon frère, mon mari et plusieurs autres accusés. Mon frère, âgé de dix-sept ans, contre lequel il n'y avait aucun acte d*accusation, a été condamné à mort pour mon père, âgé de cinquante-cinq ans, qui, depuis le 9 thermidor, a recouvré sa liberté. Mon mari et moi nous n'avions pas reçu d'acte d'accusation : mon mari ne voulut pas monter eans l'avoir reçu. On nous en apporta un dans lequel il était dit que nous avions assassiné le peuple le 10 août*.

Et le substitut Ardenne donna lecture des pièces d'où il résultait que dans Tacle d'accusation il n'y avait que c Saint-Pern et sa femme >, le fils n'y étant pas compris : ce qui n'empêche pas que la déclaration du JU17 ne porte : /.-B. S.-Pern^ âgé de il am, ex-noblsy sans itatf né à Rennes '^.

Les juges et les jurés, continua le substitut, devaient s'apercevoir que le fils, âgé de dix-sept ans, n'avait pas pour femme

i. Proeèi Fouquier, n* 38.

S. Ihid., n* 40, p. 3.

3. /6û/m n* 40, p. 3. Voyes ci-dessus, t. V, p. 55 et suit., oà nous avont cité les pièces.

sa mère âgée de quarante-huit ans : le tribunal a condamne le fils pour le père.

D'autres témoignages à la charge de tel ou tel des accusés firent aussi une vive impression sur Tauditoire, par exemple celui de Beaulieu, artiste du théâtre du Palais, à propos de Bezard, banquier, accusé d'intelligences avec l'ennemi pour une opération de change, à laquelle d'ailleurs il avait été personnellement étranger (27 floréal*). Comme son innocence était démontrée, le juré Girard (et non Gérard), se portant accusateur lui dit : « Au surplus, tu es bien connu dans ta section pour être un mauvais citoyen, un aristocrate » — (ils étaient de la même section). — Bezard répondit qu'il avait fait tout le bien qu'il avait pu faire, satisfait à toute réquisition, et il le prouvait quand Girard l'interrompant : a Tu as un frère commandant dans la garde nationale qui est connu pour un déterminé aristocrate. — Je n'ai point de frère, reprit Bezard. » Alors Girard entrant en fureur et frappant sur la table : « Eh bien ! si ce n'est toi ni ton frère, c'est au moins ton père. >

Le récit de cette scène, tragiquement imitée de la fable, arracha à la foule un cri d'horreur. Et le témoin, prenant à partie l'accusé : « Vous ne pouvez nier ces faits, dit-il, et votre châtiment commence : par un hasard particulier vous vous trouvez assis à la même place, précisément à la même place où vous avez égorgé le meilleur de mes amis, l'homme qui n'avait d'autre crime que d'avoir de la fortune et qui l'employait à soulager les malheureux. >

Girard ne put répondre qu'en faisant remarquer aux

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