LE PEUPLE EN FUT-IL COMPLICE
Le tribunal a-l-il prononcé < moins de condamnations que ne lui en demandaient les passions populaires? » Mais qu'entend-on par passions populaires? Si l'on veut parler du peuple des clubs, du peuple des tribunes, ce n'est pas une excuse ; si l'on veut dire le véritable peuple, la nation, il faudrait le prouver, et on ne le prouvera pas. Il y avait, sans doute, sur les degrés du palais, des femmes, les furies de la guillotine, qui attendaient la sortie des victimes et accompagnaient avec insulte les charrettes à l'échafaud ; il y avait sur la place de la Révolution, autour de Téchafaud, des hommes à bonnet rouge qui saluaient chaque tête abattue des cris de Vive la répubUqiie ! Mais ce n'était pas là, non ce n^était pas la nation, ce n'était même pas le vrai peuple de Paris. Le peuple, on le sait, par les observateurs de police, se détournait avec dégoût de cet odieux spectacle ^ J'ai dit que les habitants de la rue Sainl-Honoré obtinrent que les charrettes prissent un autre chemin. On dut éloigner la guillotine des Tuileries qui cessaient d'être un jardin fréquenté par le public, tant la vue et l'odeur du sang inspiraient de répulsion; et quand la guillotine fut transférée de la place de la Révolution à la place du Trône, — du Trône renversé, c'était bien le vrai mot, — le faubourg Saint-Antoine ne se montra pas jaloux de la préférence. Le 9 thermidor, lorsqu'on apprit l'arrestation de Robespierre, les gens du faubourg voulaient dételer les charrettes, et ils auraient empêché ce dernier sacrifice, si Hanriot et son étal-major n'eussent dissipé la foule et contraint les bourreaux.
Us avaient laissé faire jusque-là : faut-il en conclure