MOBILES GEIERGHÊS : LE BESOIN D'ARGENT
d'avoir voulu affumer le peuple français... » Mais un agent de change devait être riche, el La verd y avait a voué dans son interrogatoire que sa fortune s'élevait à 1 400000 francs. Qu'on relise le jugement de la marquise de Marbeuf, celui d'Anisson Duperron, et l'on verra s'il faut se faire scrupule de prendre à la lettre le mot cynique de Barère, « l'Anacréon de la guillotine », mot prononcé par lui à la Convention et rappelé à la même tribune après le 9 thermidor : « Nous battons monnaie sur la place de la Révolution > ; on verra si Lecointre de Versailles pouvait être accusé de faux et frappé de censure quand il reproduisait dans la Convention , en nommant ses témoins et sans être démenti, ces paroles du grand financier de la république, de Cambon :
« Voulez- vous faire face à vos affaires? guillotinez. « Voulez-vous payer les dépenses immenses de vos quatorze armées? guillotinez.
.... Guillotinez, guillotinez et puis guillotinez, etc*.
Faut -il croire que ce n'est pas seulement pour assouvir des ressentiments politiques, ni par besoin d'argent que Ton pratiqua ce système, mais que Ton tua pour tuer, pour réduire le nombre des habitants de la France? Cela a été dit dans le temps même ou au lendemain du régime de la Terreur, non point par des ennemis de la Révolution, mais par des révolutionnaires des plus prononcés : témoin Gracchus Babeuf qui en a fait le sujet d'un livre: Du système de dépopulation^. Dans ce
1. Le$ Crimes des sept membres des anciens comités^ p. 120. Voyez ci-dossus. t. V, p. 200.
2. Du système de dépopulation^ ou la vie et la mort de Carrier; son procès et celui du comité révolutionnaire de Nantes^ avec des recherches et des consulérations politiques sur les vues générales du décemvirat dans l'invention de ce système ^ sur sa combinaison principale avec la guerre
temps de misère, quand le chômage laissait tant de bras inutiles, quand le paysan avait si peu d'intérêt à cultiver son champ et que, la loi du maximum décourageant Tin* dustrie, efîrayant le commerce, les choses indispensables à la vie étaient si difliciles à obtenir, les grands économistes de la Montagne s'étaient figuré qu'il y avait trop de bouches en France, que le territoire ne suffisait pas à nourrir sa population, qu'il fallait donc comme sur un navire en détresse faire la part de la nécessité, jetor à l'eau une partie de Téquipage, dépopuler : c'est ce que dil l'accusateur public dans le procès de Simon Dufraisse (2 germinal an III, 22 mars 1795), ce que soutient dans le procès de Fouquier-Tinville le substitut Ardenne, ce que répèle le Moniteur^; et le livre de Babeuf prouve que ces incroyables idées avaient crédit aloi*s auprès de certains esprits. De là à supposer qu'ils les appliquaient au moyen de la justice révolutionnaire, il n'y avait qu'un pas. Si la France comptait trop dliabitants, les Jacobins pouvaient-ils hésiter à se dire que les premiers à supprimer pour assurer la vie des autres, c'étaient tous ceux qui se rattachaient de quelque manière à l'ancien .régime ?
C'est la théorie de Carrier, un de leurs chefs les plus fameux. Il disait au rapport d'un témoin c que d'après la récapitulation de la population de la France, il y avait mille habitants par lieue carrée ; qu'il était démontré que le sol de la France ne pouvait nourrir tous ses habitants ; qu'il était nécessaire de se défaire de
de Vendée et sur le projet de $on application à toutes le$ partie» de la H/publique^ par Gracchus IUbeuf, «tcc cette épigraphe : V£rit£. — Parii, an III de la République.
1. Moniteur àa il termina] n UI (6 avril 1795) et du 20 floréal (Ornai 1705), p. 74,115.
Là FâIM : SYSTÈME DE DËPOPIXATION. flO
lexccdaQi de cette population, sans quoi il ne pouvait exister une Republique; qu'il fallait commencer par les prêtres, les nobles, les marchands, les banquiers, les négociants, etc.; qu'aucun de ces hommes-là ne pouvait aimer la République. » Et vraiment quand on voit cette rage de détruire dominer de plus en plus à mesure qu'on avance vers le 9 thermidor, on s'explique qu'on Tait pu rapporter à cet odieux système et Ton est tenté de se demander s'il n'y avait pas en eiïet dans ces massacres non pas seulement l'excitation de la haine ou l'effarement de la peur, mais la farouche inspiration de la faim.
Et maintenant que dirons-nous de cette dernière assertion de l'auteur cité : « Il est difficile de croire que la coalition eût été vaincue, sans des efforts immodérés ; que le parti contre-révolutionnaire eût été abattu sans des rigueurs extrêmes ^ »
Des écrivains qui ne passent pas pour être des ennemis de la Révolution, M. Michelet, M. Quinet, ont depuis longtemps réfuté celte pensée. La coalition a été vaincue : mais est-ce parce qu'on a envoyé au tribunal révolutionnaire, et, partant, à la mort, les généraux en chef de nos armées : Custine, Houchard, Rrunet, Biron, Luckner? Custine qui le premier avait conquis la rive gauche du Rhin ; Houchard le vainqueur d'Hondschoote; Brunet, le commandant de l'armée des Al[)es, qui pour maintenir la discipline dan« son armée n'avait pas cru devoir soumettre à ses soldats le vote de la constitution, et Biron, le commandant de l'armée des côtes de la Rochelle, qui réparait les échecs des Ronsin, des Rossignol, mais