Bulletin, p
2. Ibid., p. 36; cf. p. 52 : « Je répète que le peuple me regardoit tellement comme son bienfaiteur, qu'à la fête de Toulon il a fait pleuvoir sur ma tête une nuée de couronnes civiques. »
3. Bulletin, p. 54, 55 et 70. Voy. sur D'héron une très intéressante brochure de M. de la Sicoticre : le Patriote D'héron, Nantes, 1879.
LE TÉVIOm D'HÉRON MIS EN JUGEMENT. 39
Il n*y en a pas un qui ne l'eût bien mérité.
Il D'héron, dit le Bulletin, a été convaincu de s'être montré dans la Société populaire avec des oreilles de brigands et des parties.... qu'il faisait baiser aux femmes ; d'avoir massacré et fait massacrer impitoyablement des enfants de treize et de quatorze ans, qui faisaient paître leurs moutons dans la campagne*. Le témoin D'héron
1 . Voici, sur ces abominations, une lettre qui honore au moins celui qu i Ta
écrite.
Vue, 10 ventôse, S*» année républicaine.
Je ne peux passer sous silence, citoyen inspecteur, le fait atroce dont j*ai été témoin hier dans notre expédition. Nous marchions en colonne sur le château de la Sicaudais, repaire des brigands. La colonne rencontre à trois quarts de lieue de Vue trois enfants d'environ onze à douze ans qui gardaient paisiblement leurs moutons. Les tirailleurs et Tavant-garde ne les avaient pas inquiétés. Nous faisions pnrtie de la cavalerie qui précédait le gros de la colonne; nous approchons. Dhéron malgré nos remontrances, massacre impitoyablement ces trois enfants qui lui demanduicnt la vie à genoux. 11 était aidé d'un gendarme; il les a fait achever à coups de sabre, m'a-t-on assuré. Dhéron aurait payé sur-lechamp le prix de ce forfait, si les officiers du bataillon de Dieppe n'eussent eu un reste d'égard pour le caractère public dont il était revêtu. Mais il parait qu'il n'en est pas quitte; il est menacé et sa vie n'est pas en sûreté. Je t'engage instamment à le rappeler de suite : ni moi ni mes collègues ne voulons avoir pour coopéra te ur un assassin.
J'en dis autant de Pinard, que j'ai trouvé ici sans le connaître. Il me dit qu'il a une commission. Tant pis; il a la même réputation que Dhéron. Voilà cinq mois que je suis l'armée dans la Vendée. Je n'ai jamais vu de la part de ceux attachés à la commission de telles abominntions. La commission se déshonorerait en tolérant ces abus. Je serais moi-même criminel et complice si je ne l'en prévenais. Je fais mon devoir et je te jure que, si ces deux hommes ne sont pas rappelés, j'abandonne le poste et je retourne à Nantes.
Je ne crois pns prudent pour moi d'en écrire officiellement à la commission ;
tu dois en sentir les raisons. Mais j'espère que ma lettre n'en aura pas moins
son effet.
M.-N. Darbefedille aîné.
(Archives, W 493, n« 479, 3« partie, pièce 23.)
Sur l'expédition de Vue, M. de la Sicotière, dans sa curieuse notice, a publié cet aveu d'Héi'on lui*même, recueilli par Villenave, son avocat devant le tribunal révolutionnaire de Paris :
« Un jour, nous marchâmes avec une colonne pour attaquer les brigands. Chemin faisant, je me trouvai à la fin de la colonne avec des gendarmes. J'aperçus, pendant que la colonne défilait, deux personnes, dont l'une mâle et l'autre femelle, qui fuyaient. Je dis à Damin, gendarme : c Tiens, vois-tu ce b...- « là?....
« Passant près de ces enfants, je dis aux gendarmes : t Qu'en dis-tu? qu'en « ferons-nous? il faut les fusiller. » Le gendarme tire sa carabine sur eux; je
est convenu de tous ces faits; il s'est retranché sur ses services rendus dans les combats contre les rebelles; il a prétendu que souvent les enfants de Tâge de ceux par lui massacrés étaient porteurs de cartouches ; qu'ils servaient d'espions à leurs pères et mères \ »
Robin avait pris part aux noyades. L'aveu ^ne lui en coûtait guère.
Je conviendrai, disait-il, des noyades, qui m'ont été commandées par Carrier avec la même franchise que je les ai exécutées *.
Et il avait dit dans une autre séance :
Lamberty m'assura qu'il avoit des ordres de Carrier de noyer les brigands pris les armes à la main. Il me prévint que pendant la nuit il exécuteroit une noyade; il m'engagea à m'y trouver, je m'y rendis. J'ai assisté à deux ou trois noyades. On attachoit les brigands; on les faisoit descendre dans une gabare ; on ouvroit les soupapes, et ils éloient engloutis. J'ai parlé de ces noyades à Carrier; il disoit qu'un décret ordonnoit de mettre à mort sans jugement les brigands pris les armes à la main. J'ai dîné sur la galiote hollandaise avec Carrier, Foucault, Lamberty, Sullivan et d'autres; nous y avons même chanté des chansons patriotiques^.
tire mon pistolet de ma ceinture; je fais feu sur les enfants qui me parurent avoir quatorze ans et qui gardaient les moutons. Mon pistolet creva dans ma main. Je ne sais si je les atteignis, mais mon intention était de les atteindre. Je n'attesterai pas des faits fourrés. Je ne me rappelle pas qu'on m'ait lue une proclamation portant que les femmes et les enfants seraient mis sur les deiTièrcs de l'armée. Je ne me rappelle pas que ces enfants se soient mis à genoux et m'aient demandé prâce ou pardon. Je ne les ai pas fait achever par un tambour. Je ne me rappelle pas qu'on m'ait fait dans le moment aucune observation. Je me rappelle qu'un oHicier vint ensuite et me moralisa. \\ me poi^, je ne sais si c'est un soufQet, mais un coup fort et rude. Il avait à la main un pistolet de très gi'os calibre, et il me dit que je méritais qu'il me brûlât la cervelle. » (L. de la Sicotière, le Patriote D'héron^ P* ^^7.)