‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 26 sur 167 · LE JEUNE JULLÏEN DEVANT CARRIER · texte numérisé non relu

LE JEUNE JULLÏEN DEVANT CARRIER

Ce n'est pas tout : le jeune Jullien avait osé, à Nantes même, tenir tête à Carrier et provoquer dans la Société populaire, où le proconsul menaçait de son sabre ceux qui n'étaient pas de son avis, une réunion des bons citoyens pour résister à sa tyrannie. Carrier, instruit de son audace, le lit enlever la nuit par le général Yimeux, et se le fit amener chez lui :

Connoissant, ajoute Jullien, toute la férocité de ce représentant, et bien persuadé que je touchois à ma dernière heure, je recueille toutes mes forces pour faire face au tyran; et comme j'avois souvent entendu parler des accès de fureur de Carrier, et de son arme redoutable dont il menaçoit tous les citoyens, j'eus soin de me placer à une très grande distance de Carrier : « C'est donc toi, sacré gueux, qui te permets de me dénoncer au comité de salut public; c'est donc toi qui ose blâmer mes travaux? Sais-tu qu'en un instant je puis trancher le fil de les jours? et comme il importe quelquefois au bien général de se défaire de certaines gens en secret, je ne me donnerai même pas la peine de t'envoyer à la guillotine, je serai moi-même ton bourreau et celui de tous les scélérats qui peuvent te ressembler. » Je fais tous mes efforts pour être entendu de Carrier, pour lui donner des explications sur les reproches qu'il m'adressoit; enfin convaincu du refus du représentant à admettre ma justification, j'eus assez d'énergie pour terminer mes observations en ces termes : « Tu es le maître de mon sort, tu peux faire de moi ce que bon te semblera; mais souviens-loi que si tu me fais périr aujourd'hui, dans huit jours lu seras guillotiné; j'ai des patriotes qui vengeront ma mort, et qui sauront dévoiler les grands coupables^ » ,

Carrier avait pu savoir que derrière ce jeune homme il y avait en effet Robespierre. Il appela le général Vils liulleliny p. ce.

meux,lui parla bas; et Jullien fut ramené où il avait été pris. Cette capitulation du despote dissipait tout son prestige. Le lendemain, le jeune commissaire reparut devant la Société populaire, raconta la mesure arbitraire dont il avait été l'objet et retraça « toutes les cruautés, toutes les injustices de Carrier ». On les savait mieux que Jullien, mais on venait d'apprendre qu'on pouvait les braver avec lui. Jullien n'eut donc point de peine à faire signer une adresse qui fut envoyée à la Convention.

« Elle eut, continue-t-il, tout le succès qu'on en pouvait désirer. La Convention, toujours juste, toujours sage dans ses décisions, prononça le rappel de Carrier\))

Et Carrier prétendait que, quinze jours avant son départ, le peuple, rassemblé sur la place de l'Égalité, vint lui décerner des couronnes*! — Et cela était vrai, peutêtre !

Nouveaux témoins mis en accusation : D'héron et Robin ; l'adjudanl-général

Lefebvre et le capitaine Macé.

Dans le cours de cette seconde période des débats, plusieurs témoins furent encore, séance tenante, arrêtés et mis en accusation : les 13 et 14 frimaire, D'héron, inspecteur des vivres militaires, et Pi erre Robin, ci-devant aide de camp de Lamberty ; le 18, Forget, concierge du Bouffay, qui avait aidé à la confection des listes'.

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