CHAP. LVIII. — LE TRIBUNAL RÉVOL. DU 8 NIVOSE
Les témoins s'accordèrent à parler de ses discours ultra-révolutionnaires ; mais aucun ne l'accusa d'avoir abusé des pouvoirs énormes que le règlement de l'armée dont il était le chef mettait à sa disposition. Plusieurs députés, entre autres Duhem, — un témoin qui n'avait guère qualité pour le servir ici — vinrent déposer en sa faveur. — L'accusateur public, abandonnant les griefs mal justifiés, tonna contre le système de dépopulation suivi avant le 9 thermidor et contre ce plan de terreur dont Dufraisse avait été un des plus chauds partisans. — Mais Dufraisse ne paraissait rien comprendre à ce qu'on lui reprochait : « Mon cœur est pur, dit-il dans sa défense; mes mains sont vierges et je suis content. »Réal, son défenseur, fit valoir un trait qui devait loucher le tribunal : c'est que pendant les massacres de septembre, Dufraisse, étant juré dans l'affaire de Mon tmorin, avait été blessé ainsi que l'accusé, par des femmes qui avaient envahi le prétoire : ce qui ne l'empêcha pas de prononcer sa déclaration en faveur de l'accusé. Le procès dura quatre jours. Le président Agier, dans son résumé des débats, eut un mot qui devait dicter la déclaration du jury. Après avoir rappelé l'appareil de terreur dont s'entourait le farouche général : « Il a développé, dit-il, les dispositions les plus capables de terrifier les citoyens; mais il offre en même temps l'exemple unique peut-être d'avoir fait beaucoup de peur et point du tout de mal > (6 germinal) .
Dans ces acquittements, s'est manifestél'esprit des jurés. Dans les arrêts de non-lieu, on peut voir celui des juges.
déclara à l'assemblée populaire a qu'il allait faire tomber plus de têtes en huit ' jours qu'il n'y en avait dans l'assemblée », etc. i. Moniteur du 17 germinal (6 avril 1795).