‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 76 sur 167 · TÉMOINS MIS EN ACCUSATION · texte numérisé non relu

TÉMOINS MIS EN ACCUSATION

d'un simple transfèrement à Vincennes; et lui-même y avait pris part : il y avait ajouté des noms de sa propre main. Guyard, concierge, et Verney, porte-clef du Luxembourg, avaient secondé Lanne dans cette œuvre, Verney surtout en désignant ceux qui pouvaient le mieux s'y prêter comme dénonciateurs et les menaçant de les signaler eux-mêmes comme conspirateurs, s'ils s'y refusaient. Il avait compté sur une liste de 250 à 500, il l'avait annoncée et il s'était montré fort irrité lorsque Boyaval et Beausirene lui fournirent que 145 à 147 noms environ. Guyard cherchait à provoquer une rébellion réelle parmi les prisonniers, en les accablant de mauvais traitements. Il ne s'inquiétait pas, dans la confusion de ces boucheries, de li\rer un prévenu pour un autre : « Que m'importe, disait-il, que ce soit celui-là ou un autre, pourvu que j'aie mon nombre », ajoutant : « Qu'il passe aujourd'hui ou demain, cela n'est-il pas égal? » Boyaval, Beausire et avec eux Benoit avaient donc été les principaux auteurs de ces listes ; et ils avaient servi de témoins pour achever leurs victimes devant le tribunal. Dupaumier avait été, en particulier, l'inventeur de la conspiration de Bicêtre qui donna Tidée de toutes les autres ^

Ces différents griefs résumés dans les deux actes d'accusation et dont on a vu la justiGcation dans l'histoire qui précède, furent repris d'ensemble par le substitut Cambon à l'audience du 25 devant les nouveaux accusés et devinrent le sujet des débals. Cela ramena devant le tribunal plusieurs témoins déjà entendus, mais qu'il fallait bien entendre encore pour que leurs dépo-

1. Procès Fouquier, n" 31 et 32; cf. Archives, même dossier, pièce 11. — Sur Dupaumier diverses pièces, ibid.^ pièces 17-26.

si lions pussent être contredites par les nouveaux accusés, notamment le général Baraguey d'HilliersS Réal, défenseur officieux, et Thirriet-Grandpré, chef de division à la commission nationale des administrations civiles» police et tribunaux dont Herman était le président*. Il y eut quelques autres témoins dont la présence était accablante pour Fouquier-Tinville et pour les anciens juges : des échappés de leur tribunal et comme des revenants do Téchafaud :

1° La veuve de Maillé dont le fils âgé de 16 ans avait péri le 6 thermidor, et qui elle-même n'échappa à la condamnation ce jour-là que parce qu'une autre femme, à peu près du même nom, avait été prise pour elle :

J'ai encore appris, dit-elle, qu'on interrogea ici la citoyenne Maillet sur des faits qui pouvaient me regarder, et qu'on lui dit après son jugement : « Ce n'est pas vous qu'on vouFait juger, mais c'est autant de fait; autant vaut aujourd'hui que demain'. »

Elle-même, on se le rappelle, amenée au tribunal le 9 thermidor, perdit connaissance à la vue des gradins où son fils avait comparu trois jours auparavant, et remise au lendemain gagna ainsi le 10 thermidor — le jour de la mort de Robespierre*.

2** La veuve Mégret-Sérilly, condamnée avec son mari en même temps que Mme Elisabeth, le 21 floréal,

1. Procès Fouquier, n* 56; cf. n" 6. 11 avait été accusé déjà de complicité avec Amans, Ueausiro, elc, dans la fabrication des listes pour la conspiration des prisons, et acquitté avec Vauchelet et Jullien le 1*' frimaire an III (21 novembre 1794). Voyez au Journal. Leur procès (Archives, W 488, n* 421) fournit par leurs interrogatoires quelques renseignements de plus sur la conspiration des prisons.

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