‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 86 sur 167 · SCÈNE DE LA CONDAMNATION · texte numérisé non relu

SCÈNE DE LA CONDAMNATION

fatal il a développé loule la fureur d'un caractère orgueilleux et méchant. Quand le président a prononcé ces mots : « La déclaration du jury est que Scellier est € complice, et qu'il a agi avec mauvaise intention : p — « Ils en ont menti! » a répondu Scellier. Plusieurs autres ont fait la même exclamation : « Nous pensqns « tous de même! » ont répété simultanément la plupart. Scellier était couvert: un gendarme a voulu lui ôter son chapeau ; Scellier l'a jeté par la fenêtre avec un mouvement de rage.

« Herman, nommé à son tour, a, sans proférer un seul mot, lancé un livre à la tête du président. « C'est «Herman! » ont dit plusieurs des condamnés. Scellier, dont les forces physiques étaient presque éteintes par un état continuel de maladie, a voulu déclamer quelques phrases accompagnées de gestes oratoires. Le désespoir et sa faiblesse étouffaient ga voix; il est retombé sur son gradin, épuisé et toujours plein de colère. A tout moment il proférait de nouvelles injures : « Votre tour « viendra, f .., et ça ne sera pas long. »

« Foucaultet Garnier ont crié : Vive la République !

« Renaudin a dit avec douleur : « Je péris innocent, € et pour avoir aimé ma patrie: j'atteste que jamais je i( n'ai eu aucune mauvaise intention. »

« Boyenval [Boyaval] a dit : « Je demande au peuple « qui est dans cette salle, et à toute la République, « puisque je dois périr, de me laisser expier mes faules « sans nous injurier sur notre passage, p

« Je lègue aux vrais patriotes ma femme et mes six « enfants », a dit Foucault.

ce Vilate s'est emporté comme un énergumène, gonflé de vanité autant que de colère : c< Il est bien incon-

« cevable, a-l-il dit, qu'on soit assez injuste pour me « confondre avec un individu tel qu'un Fouquier. » Celui-ci n'a point paru sensible à cet outrage. Vilate a parlé des vérités qu'il laissait à ses concitoyens : ses idées se sont brouillées ; il a parle sans pouvoir rendre ' sa pensée intelligible.

c< Pendant ce temps, le président poursuivait le prononcé de la sentence. Un murmure sourd, mêlé aux phrases incohérentes de Vilate et à quelques sorties perdues d'autres condamnés, rendait cette scène vraiment hideuse.

« L'accusateur public a procédé aux formalités réservées à son ministère. A l'article de la conflscation des biens au profit de la république : « Elle n'aura, f...., yi rien de moi », a dit Scellier.

« Fouquier a demandé la parole; elle lui a été accordée. Il a réclamé contre l'application de la peine : « Après avoir fait une procédure dans laquelle les seuls « auteurs des crimes que l'on nous imputait n'ont point « paru, on prononce contre nous la mort, quoique les € vrais coupables n'aient été que déportés! Où est la « justice? Mais la postérité jugera. Je n'ai plus qu'un « mot à dire: je demande que l'on me fasse mourir sur- « le-champ, et que vous montriez autant de courage « que j'en ai. » Il n'a plus rien dit.

«ï Girard, ex-juré, a demandé la parole à son tour. Il a dit, avec un ton pénétré, mais calme : « Je meurs à la 4 pliicc de ceux qui ont causé les maux de ma patrie. « Je souhaite que ceux qui nous survivent soient plus « heureux que nous. »

« A la suite des conclusions de l'accusateur public, un des juges, en prononçant son opinion, s'exprimait

Page 1