‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 4)Chapitre 110 sur 178 · Conspiration de Robespierre, p. i · texte numérisé non relu

Conspiration de Robespierre, p. i

MOBILES CUËRGHÊS : LE BESOIN D*ÂR6ENT. 147

d*avoir voulu alTamer le peuple français... » Mais un agent de change devait être riche, et Laverdy avait avoué dans son interrogatoire que sa fortune s'élevait à 1 400000 francs. Qu'on relise le jugement de la marquise de Marbeuf, celui dWnisson Duperron, et Ton verra s'il faut se faire scrupule de prendre à la lettre le mot cynique de Barère, « l'Anncréon de la guillotine », mot prononcé par lui à la Convention et rappelé à la même tribune après le 9 thermidor : a Nous battons monnaie sur la place de la Révolution » ; on verra si Lecointre de Versailles pouvait être accusé de faux et frappé de censure quand il reproduisait dans la Convention, en nommant ses témoins et sans être démenti, ces paroles du grand financier de la république, de Cambon :

c( Voulez-vous faire face à vos alTairesf guillotinez. « Voulez-vouï) payer les dépenses immenses de vos quatorze armées? guillotinez.

.... Guillotinez, guillotinez et puis guillotinez, etc'.

Faut -il croire que ce n'est pas seulement pour assouvir des ressentiments politiques, ni par besoin d'argent que Ton pratiqua ce système, mais que Ton tua pour tuer, pour réduire le nombre des habitants de la France? Cela a été dit dans le temps même ou au lendemain du régime de la Terreur, non point par des ennemis de la Révolution, mois par des révolutionnaires des plus prononcés : témoin Gracchus Babeuf qui en a fait le sujet d'un livre : Du système de dépopulation*. Dans ce

1. Lei Crimée des iept membres des anciens comités ^ p. 120. Voyes ci-dessus, t. Y. p. 290.

2. Du système de dépopulation^ ou la vie et la mort de Carrier; son procès et celui du comité révolutionnaire de Nantes ^ avec des recherches et dés considérations politiques sur les vues générales du décemvirat dans l'invention de ce système^ sur sa combinaison principale avec la guerre

(48 <:HAP. IA. — CONCLIiSION.

Icnips de misère, quand le chômage laissait tant de bras inutiles, quand le paysan avait si peu d'intérêt à cultiver son champ et que, la loi du maximum décourageant Tinduslrie, efrray«ant le commerce, les choses indispensables à la vie étaient si difliciles à obtenir, les grands économistes de la Montagne s'étaient figuré qu'il y avait trop de bouches en France, que le territoire ne suflisait pas à nourrir sa population, qu'il fallait donc comme sur un navire en détresse faire la part de la nécessité, jetrr à l'eau une partie de Téquipage, dépopuler : c*esl ce que dit l'accusateur public dans le procès de Simon Dufraisse (2 germinal an III, 22 mars 1795), ce que soutient dans le procès de Fouquier-Tinville le substitut Ardenne, ce que répèle le Moniteur \' et le livre de Babeuf prouve que ces incroyables idées avaient crédit alors auprès de certains esprits. De là à supposer qu'ils les appliquaient au moyen de la justice révolutionnaire, il n'y avait qu'un pas. Si la France comptait trop d*liabitants, les Jacobins pouvaient-ils hésiter à se dire que les premiers à supprimer pour assurer la vie des autres, c'étaient tous ceux qui se rattachaient de quelque manière à l'ancien régime?

C'est la théorie de Carrier, un de leurs chefs les plus fameux. Il disait au rapport d'un témoin c que d'après Ja récapitulation de la population de la France, il y avait mille habitants par lieue carrée ; qu'il était démontré que le sol de la France ne pouvait nourrir tous ses habitants ; qu'il était nécessaire de se défaire de

de Vendée et sur le projet de ion application à toutei les parliet de la République^ par Graccbus ItABEor, avec cette épigraphe : VéBirf . — Paris, an Iff de la République.

1. Moniteur àvx 17 gemnioal n UI (Gavril 170j) cl du 20 flor/^al (Omni 170n), p. 74,115.

U FAIM ; SYSTÈME DE DÉFOII'LATION. 1 &9

lexcédant de celle populalion, sans quoi il ne pouvait exister une République; qu'il fallait commencer par les prêtres, les nobles, les marchands, les banquiers, les négociants, etc.; qu'aucun de ces hommes-là ne pouvait aimer la République. » Et vraiment quand on voit cette rage de détruire dominer de plus en plus à mesure qu'on avance vers le 9 thermidor, on s'explique qu'on l'ait pu rapporter à cet odieux système et l'on est tenté dé se demander s'il n'y avait pas en effet dans ces massacres non pas seulement l'excitation de la haine ou l'effarement de la peur, mais la farouche inspiration de la faim.

Et maintenant que dirons-nous de cette dernière assertion de l'auteur cité : n II est difûcile de croire que la coalition eût été vaincue, sans des efforts immodérés ; que le parti contre-révolutionnaire eût été abattu sans des rigueurs extrêmes*. »

Des écrivains qui ne passent pas pour être des ennemis de la Révolution, M. Michelet, M. Quinet, ont depuis longtemps réfuté celte pensée. La coalition a été vaincue : mais est-ce parce qu'on a envoyé au tribunal révolutionnaire, et, partant, à la mort, les généraux en chef de nos armées : Custine, Houchard, Brunet, Biron, Luckner? Custine qui le premier avait conquis la rive gauche du Rhin; Houchard le vainqueur d'Hondschoote; Brunet, le commandant de l'armée des Alpes, qui pour maintenir la discipline dan«i son armée n'avait pas cru devoir soumettre à ses soldats le vote de h constitution, et Biron, le commandant de l'armée des côtes de la Rochelle, qui réparait les échecs des Ronsin, des Rossignol, mais

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