Voyez ci-dessus, p. 125-12S
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en parle, on peut en avoir l'assurance, avec la rigide impartialilé dont il a fait preuve en toute chose :
a Durant neuf mois, dit Daunou, depuis le 2 juin jusqu'en germinal, Paris consterné avait vu tomber environ six cents victimes sous le glaive de Tanarchie; le comité de salut public, une fois investi du pouvoir suprême, en Ht égorger plus de'deux mille en quatre mois. Un supplice inventé pour abréger les souffrances devint entre ses mains dictatoriales un moyeu d'extermination rapide ; on était tenté de regretter les anciennes tortures, parce qu'il semblait qu'elles eussent été moins dévorantes. Dans l'immensité de leurs fureurs, les décemvirs ont promené leur glaive homicide sur tous les âges, sur tous les sexes, sur toutes les fortunes, sur toutes les opinions; ils l'ont dirigé de préférence sur les talents distingués, sur les caractères énergiques ; ils ont moissonné autant qu'ils ont pu, dans un temps si court, la fleur et l'espérance de la nation. Ils ont immolé des vieillards révérés dont la vertu avait commandé en quelque sorte le respect de l'Europe entière, et qui avaient honoré leur pays par cinquante ans de travaux et de bienfaisance; ils ont égorgé des femmes vertueuses parce qu'elles n'avaient pu voir qu'on assassinait leurs époux sans donner un essor généreux à l'indignation de leurs âmes.... Les juges de Septembre avaient été plus éclairés, plus scrupuleux, souvent même moins scandaleusement expéditifs. J'ai vu arracher d'auprès de moi des infortunés que l'on traduisait soudainement au tribunal, que l'on entraînait trois heures après à la mort, avec quarante complices qu'ils n'avaient jamais vus. On taxait d'avance chaque prison à un nombre déterminé de victimes ; le sang était mis en réquisition, et il suffisait aux juges d'avoir le temps non d'interroger mais d'insulter chacun des proscrits. Les débats, la condamnation, la traversée et le supplice se consommaient au milieu des sarcasmes stupidement inhumains. Les circonstances les plus affreuses de ces aulo^da-fé avaient reçu des noms ironiques que la tyrannie et le fana-
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tisme répétaient dans leur bonne humeur, et dont les juges, les bourreaux et les assistants soudoyés fatiguaient l'agonie de leur proie quotidienne. Ce langage horrible était l'éducation de Tenfance ; les jeux de Tcnfance consistaient à imiter ces épouvantables scènes. La barbarie a été semée dans des âmes délicates; qui sait si des générations féroces ne menacent pas la patrie, ne grandissent pas pour les malheurs d'un demi-siècle? Disons touferois qu'en ces déchirants spectacles, une chose au moins consolait l'humanité en l'honorant, c'était le courage des victimes^.. »
11 n*y a pas une ligne de ces pages qui ne trouve vingt fois sa justiQcation dans l'histoire que je viens de retracer, ei c'est pour cela que j'ai tenu à la faire absolument complète. On n'alléguera plus de prétendus crimes qui puissent excuser ces immolations ; on n'accusera plus de déclamation les écrits animés de l'horreur qu'elles inspirent. Les faits sont là. Je les ai livrés dans toute leur simplicité au jugement du lecteur ; mais pour qu'il sache à qui s'en prendre, j'ai voulu aussi les remettre dans leur cadre, en les rattachant au mouvement de la Révolution : car l'histoire du tribunal ne peut se séparer de l'histoire politique. L'une tient fatalement à l'autre; non pas seulement parce que c'est au tribunal que les grandes luttes de la Révolution viennent aboutir, mais parce que c'est le tribunal qui dans sa constitution, dans ses développements, dans tous ses actes, exprime le plus fortement la ponsée du parti dominant. Ici point d'intermittence à son action, et noire journal en a fourni la preuve. Dès qu'on est entre dans la pleine domination des Jacobins, dans le régime de la Terreur, il n'y a pas
1. Mémoires écriU par Daunou^dans la prison de Port-Libre, août 1794. Documents biographiques sur Dnunou^ publiés par M. Taillandier (184i),pa^(»$ 51-52.
TRIB. RÉVOL. VI tu
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un jour où par les arrêts de Todieux tribunal et par la volonté du Comité de salut public, le sinistre instrument n'accomplisse son office. Entonnez tant que vous voudrez rhymne des Marseillais en l'honneur des gouvernants d'alors: un bruil «lourd, lugubrement rythmé, sert d'accompagnement à ces chants de triomphe. Un bruit sourd, ai-jedit : mais je ne reproduis pas les notes aiguës qui s'y mêlaient dans ces exécutions en masse, commencées par la décapitation, finissant par regorgement : « \m fatal couteau, dit Montjoie, s'émoussait,et les dernières victimes qui en étaient frappées, expiraient dans un long martyre en poussant des cris aigus ^ ]>
En présence de cette extermination réfléchie dont on trouve le dessein de plus en plus nettement exprimé dans les discours de Robespierre, discours prononcés non pas au milieu des périls de la République, mais après son triomphe, après Fleurus, en messidor, en thermidor, on comprend que Ton n'ait pas seulement rapporté le redoublement de rigueur de la justice révolutionnaire aux craintes du gouvernement et qu*on lui ait cherché d'autres mobiles.
Il y a des malfaiteurs qui assassinent pour voler; il y a un grand nombre de condamnations du tribunal qui n'ont pas d'autre motif que la confiscation. Qu'on se reporte au jugement de l'agent de change Gondier, condamné à mort parce qu'on avait trouvé de vieilles croûtes de pain dans son grenier; de Laverdy, condamné parce qu'on avait cru découvrir des grains de blé mêlés à la boue d'un bassin, dans un domaine où il n'avait pas mis les pieds depuis deux ans : l'un et l'autre « convaincus