LE TÉMOIN D'HÉRON MIS EN JUGEMENT
II n*y en a pas un qui ne l'eût bien mérité.
tt D'héron, dit le Bulletin, a été convaincu de s'être montré dans la Société populaire avec des oreilles de brigands et des parties.... qu'il faisait baiser aux femmes ; d'avoir massacré et fait massacrer impitoyablement des enfants de treize et de quatorze ans> qui faisaient paître leurs moutons dans la campagne ^ Le témoin D'héron
i . Voici, sar ces abominations, une lettre qui honore au moins celui qu i Ta écrite.
Vue, 10 ventôse, 2* année républicaine.
Je ne peux passer sous silence, citoyen inspecteur, le fait atroce dont j*ai été témoin hier dons noire expédition. Nous marchions en colonne sur le château de la Sicaudais, repaire des brigands. La colonne rencontre à trois quarts de lieue de Vue trois enfants d'environ onxe à douze ans qui gardaient paisiblement leurs montons. Les tirailleurs et Tavant-garde ne les avaient pas inquiétés. Nous faisions pnrtie de la cavalerie qui précédait le gros de la colonne ; nous approchons. Dbéron malgré nos remontrances, massacre impitoyablement ces trois enfants qui lui deniandaient la vie à genoux. Il était aidé d'un gendarme; il les a fait achever à coups de sabre, m'a-t-on assuré. Dhéron aurait payé sur-lechamp le prix de ce forfait, si les officiers du bataillon de Dieppe n'eussent eu un reste d*égard pour le caractère public dont il était revêtu. Mais il parait qu'il n*cn est pas quitte; il est menacé et sa vie n'est pas en sûreté. Je t'engage instamment i le rappeler de suite : ni moi ni mes collègues ne voulons avoir pour coopérateur un assassin.
J'en dis autant de Pinard, que j'ai trouvé ici sans le connaître. 11 me dit qu'il a une commission. Tant pis ; il a la même réputation que Dhéron. Voilà cinq mois que je suis l'armée dans la Vendée. Je n'ai jamais vu de la part de ceux altachés à la commission de telles abominations. La commission se désho- Dorerait en tolérant ces abus. Je serais moi-même criminel et complice si je ne Ten prévenais. Je fais mon devoir et je te jure que, si ces deux hommes ne sont pas rappelés, j'abandonne le poste et je retourne à Nantes.
Je ne crois pas prudent pour moi d'en écrire oflicicllèment à la commission; to dois en sentir les raisons. Hais j'espère que ma lettre n'en aura pas moins
son effet.
M.-N. Daiuiefecille aîné.
(Archives, W 493, n* 479, 3* partie, pièce 23.)
Sur l'expédition de Vue, H. de la Sicotière, dans sa curieuse notice, a publié cet aveu d'Héron lui 'même, recueilli par Villenave, son avocat devant le tribunal révolutionnaire de Paris :
c Un jour, nous marchâmes avec une colonne pour attaquer les brigands. Chemin faisant, je me trouvai à la fm de la colonne avec des gendarmes. J'aperçus, pendant que la colonne défilait, deux personnes, dont l'une mâle et l'autre femelle, qui fuyaient. Je dis à Damin, gendarme : a Tiens, vois-tu ce b...- « là?....
c Passant près de ces enfants, je dis aux gendarmes : « Qu'en dis-tu? qu'en c ferons-nous? il faut les fusiller. » Le gendarme tire sa carabine sur eux; je
est convenu de tous ces faits ; il s^esl retranché sur ses services rendus dans les combats contre les rebelles; il a prétendu que souvent les enfants de Tâge de ceux par lui massacrés étaient porteurs de cartouches ; qu'ils servaient d'espions à leurs pères et mères*. »
Robin avait pris part aux noyades. L'aveu ^ne lui en coûtait guère.
Je conviendrai, disait-il, des noyades, qui m'ont été commandées par Carrier avec la même franchise que je les ai exécutées *.
Et il avait dit dans une autre séance :
Lamberty m'assura qu'il avoit des ordres de Carrier de noyer les brigands pris les armes à la main. Il me prévint que pendant la nuit il exécuteroit une noyade; il m'engagea à m'y trouver, je m'y rendis. J'ai assisté à deux ou trois noyades. On attachoit les brigands; on les faisoit descendre dans une gabare ; on ouvroit les soupapes, et ils étoient engloutis. J'ai parlé de ces noyades à Carrier; il disoit qu'un décret ordonnoit de mettre à mort sans jugement les brigands pris les armes à la main. J*ai diné sur la galiote hollandaise avec Carrier, Foucault, Lamberty, Sullivan et d'autres; nous y avons même chanté des chansons patriotiques'.
tire mon pistolet de ma ceinture; je fais feu sur les enfants qui me parurent avoir quatorze ans et qui gardaient les moutons. Mon pistolet creva dans ma main. Je ne sais si je les atteignis, mais mon intention était de les atteindi-e. Je n'attesterai pas des faits fourrée. Je ne me rappelle pas qu*on m'ait lue une proclamation portant que les femmes et les enfants seraient mis sur les dciTières de l'armée. Je ne me rappelle pas que ces enfants se soient mis à genoux et m'aient demandé firâce ou pardon. Je ne les ai pas fait achever par un tambour. Je ne me rappelle pas qu*on m'ait fait dans le moment aucune observation. Je me rappelle qu'un oificier vint ensuite et me moralisa. \\ me porta, je ne sais si c'est un souHlct, mais un coup fort et rude. II avait à la main un pistolet de très gros calibre, et il me dit que je méritais qu'il me brûlât la cervelle. B (L. de la Sicotière, le Patriote D'héron^ p. 47.)