AUTRES NOYEURS : LEFEBVRE ET MÀGÉ
A la liste de ceux qui, pendant les débats, vinrent grossir le nombre des accusés, il faut ajouter Tadjudant général Claude-François Lefebvre, commandant à Bourgneuf, et Pierre Macé, capitaine du bâtiment le Destin. ' Lefebvre et Macé n'étaient pas des témoins au procès de Carrier : c'étaient des hommes qui, même après son départ, avaient continué dans la Loire-Inférieure le système des noyades : l'adjudant général Lefebvre, en faisant périr ainsi cinquante femmes et enfants de briganls, amenés le 2 ventôse (20 février 1794) des marais de Saint-Cyr, et le capitaine Macé en exécutant cet ordre (5 ventôse, 23 février 1794); les pièces lues à la Convention dans la séance du 22 vendémiaire an III (13 octobre 1794) avaient provoqué un décret d'arrestation contre les deux coupables^ : c'est leur aifaire qui rappela celle des membres du comité de Nantes et fit hâler leur procès devant le tribunal révolutionnaire. Ils vinrent rejoindre les autres, avec Robin, le 14 frimaire*.
Réquisitoire de l'accusateur public. Défense des a?ocats.
Le début du réquisitoire de l'accusateur public fut simple et digne :
C'est en vain, dit-il, que certains individus veulent persuader au peuple que c'est faire le procès aux patriotes, que de poursuivre la répression de tous les actes arbitraires commis dans la Vendée. Réprimer les brigandages, les atrocités
1. Séance du 22 vendémiaire (13 octobre), Moniteur du 24 (15 octobre 1794).
2. Archives, ibid., pièce 43 (ade d'accusation) et pièce 45 (pi'ocès-verbal d'audience).
42 CILO». LVU. -^ PROCÈS DE CARRIER.
les plus révoltantes, toutes les violations faites aux lois, ce n*est pas détruire la révolution, c'est la consolider ^
Sage réflexion bien peu goûtée de certains patriotes!
Il entre ensuite dans l'examen des faits; et, sans craindre d'aller contre Timpulsion que Ton avait donnée à Topinion publique en reportant sur Carrier la responsabilité de tous ces attentats, il montre la part qui en revient aux membres du comité révolutionnaire. Il leur rapporte la première idée des fusillades et des noyades, il leur attribue la 'pensée hypocrite qui leur Gt accomplir la noyade du Bouffay, commandée par Carrier, en la masquant sous les dehors d'un ordre de déportation ; il prouve qu'ils auraient pu résister à Carrier: Boivin, le commandant temporaire de Nantes, qui refusa pour sa part d'exécuter l'ordre de fusiller en masse les détenus, leur en avait donné l'exemple. Ils auraient pu le ramener à une autre façon d'agir, s'ils n'avaient point partagé ses passions. Ils ne se sont pas d'ailleurs bornés à lui céder, ils ont souvent, de leur propre autorité, disposé des biens, de la liberté et de la vie de leurs concitoyens.
Cette part faite, avec autant de bon sens que de vigueur au comité révolutionnaire de Nantes et à chacun de ses membres en particulier, celle de Carrier restait encore assez large :
Les deux ordres écrits d'exécuter sans jugement les vingt-quatre et les ving-sept prisonniers, parmi lesquels des femmes et des enfants ;
La commission chargée de juger et de fusiller des gens de campagne qui n'avaient pas même pris les armes ;
\. Bulletin y p. 75.