‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 4)Chapitre 43 sur 178 · GO CHAP. LVIU. — LE TRIBUNAL RÉYOL. DU 8 NIVOSE · texte numérisé non relu

GO CHAP. LVIU. — LE TRIBUNAL RÉYOL. DU 8 NIVOSE

Le tribunal était toujours destiné à faire la guerre aux ennemis du dedans, comme les armées aux ennemis du dehors :

La sévère justice de ses jugements, continuait-il, seront aux factions de Tintérieur ce que sont à la ligue impie des despotes étrangers les prodiges de nos frères d^armes, etc.

Le tout pour la félicité de la nation et le bonheur du monde !

Mais Agicr, le président, ne montrait pas le même enthousiasme pour celte justice, dont il recevait le glaive ensanglanté (la balance n^avait jamais été son symbole) :

Nous montons avec effroi, dit-il, sur un tribunal de sang .qui naguère, en frappant comme au hasard quelques tètes coupables, envoyait incessamment à la mort des milliers d'innocentes victimes. Les sièges que nous occupons, ces tristes gradins exposés à nos regards, ce fauteuil où la vertu a subi tant de fois la destinée du crime, toutes les parties de cette enceinte rappellent à chacun de nous des souvenirs déchirants, peut-être, hélas! des sujets personnels de deuil et d'amertume.

Il glorifiait la révolution accomplie et constatait l'esprit nouveau qui devait inspirer la justice :

On nous demande non des assassinats pour lesquels sans doute on aurait mal choisi, mais la pure exécution des lois ; non le meurtre de l'innocent, encore moins de l'homme de bien, du vrai patriote, mais la juste punition de tous les scélérats, qui, sous tous les noms, sous toutes les manières et par tous les moyens possibles, ont conspiré la perte de leur pays.

Mais il n'en déplorait pas moins la mission confiée aux nouveaux juges :

UNE CONDAMNÉE : MARIE MARGUAL-JACUUET. 61

Prêtres de la justice, nous sommes immolés nous-mêmes au bien public ; avant d'être sacriBcaieurs, nous devenons, pour ainsi dire, victimes. Obéissons puisqu'il le faut, et ne pouvant avoir le mérite du refus, ayons celui de la résignation.

Et en s'engageant à appliquer la loi, il invitait le public au respect de la justice.

Opéniioos du nouveau tribunal : une condamnation pour fabrication de faux assignats; acquittements significalirs : Lacoste et Guilbert (29 pluviôse an UI, 17 février 17t)5).

Une véritable révolution s*était donc opérée dans l'esprit des juges plus encore que dans le système des lois et dans les formes du tribunal. Aussi, depuis son installation en pluviôse jusqu'au 8 germinal, époque où recommence le jugement de Fouquier, le tribunal ne fit-il guère que prononcer des acquittements ou des renvois. Sur quatre-vingt-un prévenus, trente-sept furent renvoyés devant la justice ordinaire; six condamnés à la détention et vingt-deux mis en liberté par jugements rendus en chambre du conseil. Seize seulement furent réservés pour les assises du tribunal, et sur les seize, quinze furent acquit(és^

La sentence de mort ne frappa donc qu'une seule tête, une femme, Marie-Thérèse Margiiâl-Ja quet : elle fut condamnée le 3 ventôse an III (21 février 1795), pour avoir « pratiqué avec des intentions contre-révolutionnaires des manœuvres et des intelligences avec les

1. Yuyuz Gdujpardon, t. II, p. 137, et le Journal pour cette périodet

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