LA CHRONIQUE DE I/ÉVÊQUE NORBERT
SOMMAIRE
I e système féodal dans le Velay. — Norbert , évdque do Pay en 880. — Comment il fut nommé. — Sa lotte avec l'abbé Vital, parent des vicomtes du Velay. — Abandon par révéqoe aox vicomtes de sa dominité sur Saint* Paulin). — Origine probable de la maison de Potignac. — . Prompte invasion do système féodal dans le Velay.
Vers la fin du IX e siècle, on commence à pouvoir constater l'extension du système féodal dans le Velay. Nous voyons dès cette époque quelques familles, activement préoccupées du soin de fonder leur puissance, exercer sur les populations de nos montagnes une influence vraiment considérable. Ces familles n'avaient pas encore adopté l'usage d'ajouter
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à leur nom propre le nom des domaines sur lesquels elles s'étaient impatronisées ; mais il est cependant facile de les reconnaître plus tard et de suivre en quelque sorte leur généalogie, soit par le récit des événements auxquels elles participent, soit par les actes revêtus de leur signature. Celle qui d'abord nous apparaît et que nous croyons être la même qui, pour la première fois au XI e siècle, prit le nom du fief de Polignac, joue déjà un rôle assez actif à partir de l'année 880, ainsi que le démontre la chronique de l'évêque Norbert.
Guy venait de mourir; le peuple et le clergé étaient divisés sur le choix du successeur à lui donner. Le clergé désignait un abbé nommé Vital, le peuple n'en voulait pas. L'agitation était vive de part et d'autre ; l'on ne pouvait s'entendre. C'est alors que Carloman, informé de cette querelle, résolut de trancher la difficulté en faisant lui-même la nomination. Les vieux manuscrits du Puy, et d'après eux le père de Gissey, disent que le roi fut miraculeusement averti par un songe du trépas du bon évoque Guy et de la nécessité de le remplacer par la personne qui viendrait, avant toutes les autres, le lendemain à sa rencontre quand il sortirait du palais. En effet, dès que le prince fut levé, il Sortit et fut immédiatement salué par le comte
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Norbert (1). Se rappelant alors l'avertissement dont le ciel l'avait favorisé la nuit précédente, Garloman en parla aux fidèles de sa cour, et tous furent d'avis que Norbert était suffisamment désigné, que c'était lui qui devait être évoque. — Norbert se présenta donc aux habitants du Velay en leur faisant connaître le titre dont il était revêtu et la manière dont le souverain avait été amené à le lui conférer. A ce miraculeux récit, tous, peuple et clergé, proclamèrent le noble seigneur seul et légitime pasteur du pays. Cependant, l'abbé Vital mit tout en œuvre pour ressaisir cette crosse qui lui échappait. Les hostilités recommencèrent, et même si rudement que Norbert se vit obligé de quitter le Velay et d'aller réclamer l'assistance du roi. Celui-ci n'hésita pas, il envoya au secours de son évêque, qu'il fit maintenir sur son siège. — Quelques années se passèrent dans une
(1) M. Robert et le R. P. Odo de Gissey ont écrit qu'il était frère de Guillaume, duc de Guyenne, fondateur de l'abbaye de Cluny. MM. de Sainte-Marthe, qui lui ont donné le surnom de Poitiers, ont un peu plus éclairci son origine, et ont dit qu'il était ûls de Bernard, comte de Poitou, de Bourges et d'Auvergne, et qu'Ermengarde était sa mère, en quoi ils se sont tant soit peu trompés, étant certain que Bernard n'a pas été comte de Poitou. Norbert fut évoque du Puy environ l'an DCCCLXXX.— Baluze, Histoire de lamaison d'Auvergne, 1. 1, p. 7.
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paix plus apparente que sincère. L'ambitieuse famille de Vital ne pouvait pardonner sa défaite ; aussi " s'agitait-elle toujours pour renverser celui qu'elle considérait comme son plus mortel ennemi. C'est alors que Norbert, fatigué de ces luttes incessantes, se décida à entamer des négociations avec ses adversaires, et finit par acheler la paisible possession de son siège en leur abandonnant la dominité absolue de Saint-Paulien, ancienne capitale de la province. Néanmoins, il ne voulut renoncer à ses .droits sur cette ville qu'à la condition d'en enlever les reliques de saint Georges et de saint Marcellin pour les transporter au mont Anis, sous l'égide protectrice de Notre-Dame; ce qu'il fit, dit la chronique, vers l'an 885.
Plus d'une circonstance digne d'attention doit nous frapper dans ce récit. En premier lieu, l'empressement que met le roi à combattre les envahissements féodaux sur les points les plus retirés de son royaume, en second lieu, la fraude pieuse dont il se sert pour contraindre le clergé à accueillir l'homme de son choix, enfin la consistance du compétiteur de Norbert, puisque celui-ci ne peut se maintenir sur son siège qu'à la condition d'abandonner au frère de Vital une des plus précieuses parts du domaine épiscopal.
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Et d'abord, quel est ce Vital dont l'influence se manifeste si énergiquement ? Un titre de 1428 le dit, il est vrai, frère d'un vicomte de Polignac ; mais cette qualification patronymique de Polignac ne saurait être exacte encore, car on ne la trouve en aucun endroit avant le XI e siècle. Antérieurement à cette date, PodempnxaGum était un château dont les possesseurs, quels qu'ils fussent, n'avaient point encore pris le nom(l). Toutefois, comme les principaux diplômes de ce temps-là portent presque tous le sceau d'un vicomte, il est probable que cette dignité existait depuis qu'il n'y avait plus de comte exclusivement attaché à la province, et que cette dignité se transmit héréditairement; il est probable en outre que le premier qui ajouta à son titre le nom de son fief était le descendant des autres, puisque les seigneurs de Polignac furent aussi seigneurs de la ville de Saint-Paulien ; fait qui, rapproché du traité conclu entre Norbert et Vital, expliquerait l'allégation de l'acte de 1428 (2). — Du reste, quelles que soient
(1) L'acte daté de 927 esl écrit au château de Podoniac, eu présence de l'évoque Gotbescalk, de l'évêque Aurèle, du vicomte Dalmace, de Sufficius, de Gérard, d'Odilon, d'Eracle, de Didier, de Reynaud, de Bernard et de Bertrand, mais il n'est point encore question d'un vicomte prenant le nom du fief.
•2) « Les noms des noble?, dans les premiers temps, n'étaient point héréditaires, dit Chateaubriand , quoique le