LA CHRONIQUE DE FRÉDOL D'ANDUSE
évêque Pierre de Mergoeur , prévôt de Notre-Dame , neveu d'Etienne : Nos autem sanctœ Aniciensis, seu vellavensis ecclesiœ cœtus, communi consilio, atque communi voto, clerus, populus atque milites, eligimus virum nobilem natu, nobilius educaUim* prœdicti Stephani pontificis nepotem, Petrum ecclesiœ nostrœ praepositum.
Cependant, Pierre de Mercœur n'avait point encore la prêtrise; et, pour que son élection n'éprouvât ni difficultés ni lenteurs, le Saint-Père le manda immédiatement à Rome, le ût ordonner prêtre par un cardinal, le sacra lui-même dans la ville de Rimini, le fit ensuite installer dans son évêché par les archevêques de Lyon , de Besançon , ainsi que par plusieurs autres prélats, et renouvela en sa faveur les privilèges dont , deux ans auparavant, il avait favorisé Etienne II (1). Mais si tous ces témoignages de protection assurèrent la crosse pastorale entre les mains de Pierre et éconduisirent à jamais son compétiteur, ils ne purent empêcher les intri-
(1) D'après les antécédents de ce pape , sa protection dans un tel débat était acquise à Pierre de Mercœur. En effet , il avait alors déjà assemblé plusieurs conciles pour extirper la simonie et avait, dans celui tenu à Rheims en 1049, déposé l'archevêqtB de Sens et quatre évèques coupables de n'avoir obtenu km siège qu'à prix d'argent. j -*7 JJ * M - > * J
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gués dont ses adversaires jaloux troublèrent le cours de son épiscopat. A cette époque, un évêque était un personnage tellement considérable, qu'on ne doit être en aucune façon surpris de voir les chefs des comtés convoiter ardemment et rechercher à tout prix pour eux, pour leur frère ou leur fils une position qui, eu plaçant dans leur maison, déjà forte par le glaive, la puissance de l'autorité apostolique , les rendait ainsi les véritables souverains de nos provinces. C'est là ce qui fit que Pierre de Mercœur eut à lutter contre les hostilités que lui suscitèrent l'archidiacre de Mende et les partisans de son élection . Il eut surtout à se défendre, pour ainsi dire jour par jour, des incessantes agressions du vicomte Armand , ennemi d'autant plus dangereux qu'il était à ses côtés, et qu'il voulait pour un des siens le siège épiscopal du Velay.
Il était difficile à un homme d'un caractère do.ux et craintif de marcher avec sécurité à travers tant d'écueils; en de pareilles circonstances ii aurait fallu la vigueur de Guy d'Anjou ou au moins l'habileté d'Etienne II. Plus grandissaient la force et l'audace des châtelains de ces montagnes, plus il était nécessaire qu'un bras inflexible portât la crosse. Il y avait évidemment rivalité entre l'homme d'église et l'homme d'armes; et néanmoins les ardeurs de la lutte n'affaiblissaient en rien la vivacité
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des croyances ; ce qui le prouve , c'est que peutêtre en aucun temps le sanctuaire fondé par Evodius ne fut plus universellement vénéré. Des princes, des seigneurs puissants vinrent le visiter et lui jurer foi et hommage. Bernard, comte de Bigorre, accompagné de sa femme Clémence et d'une suite nombreuse, entreprit en 1072 le solennel pèlerinage du mont Anis. Jamais chrétien n'avait montré plus d'humilité , plus de piété. Il convoqua l'évêque et le chapitre pour se recommander à leurs prières, voulut ensuite s'agenouiller au pied de l'autel, voua à la Vierge et sa personne et son comté, puis, comme témoignage de cette espèce d'inféodation mystique, prit en son nom et au nom de ses successeurs l'engagement de servir à l'église du Puy une rente annuelle de 60 sous morlanais.
Certes, de pareils hommes ne pouvaient passer pour hostiles à la foi , ils en étaient au contraire les plus énergiques défenseurs. Ce qu'ils combattaient à outrance sur leurs domaines, non pour le ruiner, mais pour s'en emparer, c'était l'immense pouvoir des évêques. Ils avaient bien compris que cette force qui déjà leur faisait un si grand ombrage finirait par les dominer s'ils ne la saisissaient au profit de leur famille. Voilà ce qui explique comment un prélat trop débonnaire devait faillir à la
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rude tâche que lui faisaient les exigences de son époque. — Pierre eut donc la douleur de voir, durant sa vie entière, les vagues agitées autour de sa barque ; mais lui qui, comme son oncle, ne voulait le succès que par de pacifiques moyens, attendit dans la prière et la résignation qu'il plût à Dieu de calmer ses ennemis. Et, quand il ne se sentit plus assez de force au cœur pour supporter les attaques qui l'entouraient, il s'en alla à Jérusalem prier sur le tombeau du Christ pour la paix de son église.
C'est au commencement de Tannée 1073 qu'il partit pour ce pieux voyage , en compagnie de plusieurs chanoines de Notre-Dame du Puy. La fatigue, le chagrin, disent les historiographes, abrégèrent les jours si tourmentés de ce vertueux prélat, qui ne devait plus revoir son diocèse. Au retour de la Terre-Sainte, Pierre de Mercœur, jeune encore quoique évoque depuis vingt ans, ne put achever sa route. Arrivé à Gênes il tomba malade , et succomba le 13 juillet, entre les bras des fidèles compagnons de son pèlerinage, qui recueillirent religieusement sa dépouille mortelle, et vinrent la déposer auprès de celle d'Etienue II de Mercœur, dans les sépultures du prieuré de la Voulte, en Auvergne (1).
(l) Prieuré qu'Etienne II de Mercœur avait fondé avec ses